Le lari valait deux carlins
LA LUTTE POUR LA VIE
circonstances présentes, il ne faut pas compter sur l'autorisation de faire une fondation réelle avec maison et chapelle. Si Ton ne peut vous chasser sans un ordre du roi, ce sera déjà beaucoup parce que vos missions, si fécondes en fruits de salut, vous susciteront toujours beaucoup d’ennemis.
« Je n’ai qu’une crainte, c’est que ma supplique ne fasse soupçonner au marquis Tanucci que vous fondez à Girgenti depuis des années un établissement de l’institut, car il abhorre jusqu’à l’ombre d’une fondation nouvelle. S'il ne vous a pas inquiétés jusqu’ici, c'est qu’il ignore votre situation en Sicile. Pensez à tout cela devant Dieu, et faites-moi connaître votre manière de voir, car je n’ose plus me fier à mes propres lumières. Je ne vous dis rien de nos affaires de Naples, qui empirent de jour en jour. Mais Dieu est tout-puissant, laissons agir sa Providence *. »
Deux mois ne s’étaient pas écoulés que les prévisions du saint se réalisaient. Les ennemis de la congrégation revendiquaient des biens que Msr Lucchesi avait légués aux missionnaires pour leur entretien, et intentaient de ce chef un procès à l’évêque Lanza. Les jansénistes criaient de nouveau au jésuitisme. Blasucci accourut à Naples pour s’occuper du procès. Cannella l’y suivit afin de souffler sa haine aux ministres. Bientôt on accusa les pères du Très Saint- Rédempteur de dissimuler leur véritable situation à Girgenti et d’y avoir établi sans autorisation une fondation en règle. Ce grief, plus grave que tous les autres, faisait grande impression sur la cour et fortifiait singulièrement les accusations de Maffei et de Sarnelli. Il était nécessaire d’aviser au plus tôt si l’on voulait éviter un embrasement général.
Alphonse prit alors une grave détermination. Il écrivit à ses missionnaires : « Je vous ai envoyés à Girgenti pour prêcher les missions et autres exercices spirituels. Votre présence en Sicile produit une telle agitation que votre séjour en ce pays occasionnerait plus de mal que de bien. Revenez donc au plus tôt. Si Dieu nous veut en Sicile, il nous ménagera les moyens d’y rentrer. » Les pères obéirent et s’embarquèrent nuitamment, sans même avertir l’évêque, dont ils auraient brisé le cœur. Mais le peuple avait deviné leur secret : une grande multitude les accompagna jusqu’au rivage, réclamant leur bénédiction et maudissant les auteurs de leur exil.
Quant à l’évêque Lanza, il fut inconsolable de leur départ. « L’enfer, dit- il, a remporté la victoire, mais son triomphe ne sera