L' AUTEUR DE LA PLUS ANCIENNE BIOGRAPHIE
Deux noms ont ete prononces : celui de Baudemond, scribe du testament de saint Amand, par les partisans de 1'ancienne theorie; celui de Gislebert d'Elnone ("}" 782), par
(1) SRM, t. V, p. 408 et t. VI, p. 474. Anahcta Bollandiana, 1910, t. XXIX, p. 449. M. LEVISON (SRM, t. VI, p. 474) ajoute plus bas ; Neque dubito quin opusculum baud adeo multo post (elevationem) compositum atque saeculo VIII si non iam medio, at certe posteriori attribuendum sit, atque convenit, quod, monente Br. KRUSCH v. c., auctor in prologo verba nonnulla e prooemio Viiae Amandi mutuatus est, ita ut ante medium saeculum scripsisse nequeat .. On le votty si M. LEVISON retarde la Vila Hugberti jusqu'apres 760, c'est qu'il croit, d'apres M. KRUSCH, que la VA 1 ne pent avoir paru avant cette date.
(2) W. LEVISON dans SRM, t. VI, p. 473. Le biographe de saint Hubert s'est servi de la Vie de saint Lambert. Celle-ci fut composee entre 718 et 743-750, sans doute beaucoup p'.us pres de 718 que de 743, d'apres G. KURTH (Etudes franques, t. II, p. 3a8 ss.) M. KRUSCH (SRM, t. VI, p. 648 s.), au contraire, retarde la Vita la de saint Lambert jusqu'au regne de Pepin le Bref, commence en 75 1, a cause surtout de la dependance ou elle se troxive vis-a-vis de la Vita Eligii.
M. KRUSCH. II nous semble qu'on ne peut retenir ni 1'un ni 1'autre. Commengons par la conjecture de KRUSCH.
A. Gishberi d'Elnone ?
D'apres le chapitre i3 de la VAi, Amand, alors evequemissionnaire, aurait demande al'eveque de Noyon-Tournai, Acharius (t 640), d'obtenir du roi des lettres 1'autorisant a conferer de force le bapteme aux habitants du pagus de Gand ; il aurait sollicite de plus la benediction de cet eveque de diocese avant de commencer le ministere apostolique dans ces regions (i). M. KRUSCH conclut de ces affirmations que 1'auteur doit appartenir au clerge du diocese de Noyon plutot qu'a 1'abbaye d'Elnone. Gislebert, qui fut abbe d'Elnone et puis eveque de Noyon-Tournai, lui parait avoir des chances d'etre 1'auteur en question (2).
II est probable en effet, comme nous le prouverons plus loin, que 1'auteur de la VAi fut un membre du clerge de Noyon. Mais il est tres improbable que ce fut Gislebert, eveque de No3^on apres avoir ete moine d'Elnone.
Remarquons d'abord que le prologue de la VA*, adresse a une Beatitude, c'est-a-dire a un eveque (3), se sert vis-avis de celui-ci de termes qui sont d'un inferieur et non d'un egal.
On ne sait a peu pres rien de ce Gislebert, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme du xi e siecle (t iog5), auteur d'un Carmen de incendio sancti Amandi Elnonensis (4). Le premier Gislebert, abbe de Saint-Amand ou Elnone, est deja signale comme eveque de Noyon-Tournai lors du concile remain de 769, auquel il assista (5). II mourut le
23 mai 782 et fut enterre a Elnone dans 1'Eglise Saint- Pierre
(1) SRM, t. V, p. 487 s.
(2) Quod si recte coniectari licet (Ibidem, p. 406). Voir aussi, p. 404.
(3) Ibidem, p. 428.
(4) Cfr infra, 2 e partie, I.
(5) Liber Pontificates, ed. L. DUCHESNE, t. I, p. 474.
sub arcu (i). Alcuin compos a son epitaphe. II nous y apprend que ce prelat pieux, humble, modeste, honnete, construisit 1'eglise consacree a saint Amand et renouvela les claustra monasterii (2). II semble bien invraisemblable que ce personnage-la ait ecrit la VA 1 que nous possedons. En effet, c'est a peine s'il y est question d'Elnone, dont Gislebert avait ete abbe ; la premiere fois que le biographe en parle, au ch. 22, sur 26 que comporte son osuvre, il ne donne pas meme le nom du monastere, et 1'on conjecture simplement, d'ailleurs avec une quasi-certitude, qu'il veut parler de lui ; bien plus, il commet une erreur au sujet du monastere en rattachant sa fondation a Childeric (662-675), alors qu'elle remonte a Dagobert I (622-63g) ; il ne connait qu'un episode de la vie de saint Amand a Elnone, a savoir la guerison par le saint du prieur du monastere, nomme Chrodobaldus (ch. 26) ; il mentionne tres rapidement au ch. 26 sa mort a Elnone ; il ne fait pas meme allusion au testament qui fut signe et etait conserve a Elnone ; lui qui parle de deux voyages a Rome, il ne nomme meme pas le pape saint Martin, dont cependant on conservait aussi a Elnone la lettre authentique envoyee a I'eveque-missionnaire. Ne sont-ce pas la des indices qui nous permettent d'ecarter I'hypothese de 1' attribution de la a un ancien moine et abbe d'Elnone?
(1) Annales sancti Amandi Irevcs (MGH, SS. t. [I, p. i83). Anndles Elnonenscs mat-ores (Ibidem, t. V, p. n). Annales S. Amandi. Continuatio alter a (Ibidem, t. I, p. 12).
(2) Epitaphe de Gislebert par Alcuin (MGH, Poeiae Mini aevi car olini, ed. E. DiiMMLER, t. I, p. 3o5.
Hie Gislebertus praesul requiescit humatus
Corpus terra tegit, spiritus astra petit.
Vir pietate potens, humilisque, modestus, honestus
Devotus nimium pastor honore Dei.
Hie pius ecclesiam Sancti construxit Amandi,
Cunctaque iam renovans claustra monasterii.
B. Baudemond?
Comme le fait remarquer M. KRUSCH, le nom de ce pretendu biographe d'Amand n'est mentionne par aucun manuscrit de la Vita, par aucun des plus anciens documents . Dans un martyrologe d'Elnone, au 6 fevrier, le P. HENSCHENIUS, bollandiste, avait trouve cette annotation : Baudemundus, qui vitam sancti Amandi scripsit, dicit quemdam Boimm presbyterum sibi narrasse, quod praesens erat quando Amandus Tornaci a iudice non obtinebat furis liberationem, quern suspensum ad vitam revocavit. Ainsi 1'auteur du martyrologe, racontant ce miracle, rapporte a Bonus comme informateur (ch. 14), ajoute qu'il a eu lieu a Tournai. II s'est done send, continue toujours M. KRUSCH, d'un codex interpole de la classe B... et je n'ai pas besoin d'ajouter qii'il a vecu a une epoque plus recente (aevo recentiore) (i) . En effet le passage en question doit avoir ete pris d'un martyrologe etendu, peu ancien, aujourd'hui perdu.
A cet argument externe, d'ailleurs excellent, on pourrait en aj outer un autre, interne. L'auteur de cette biographic, nous 1'avons dit, ne trahit aucune relation personnelle avec saint Amand et il raconte sa mort en termes tres generaux. Sans doute ne se serait-il pas contente de si peu de chose, alors que d'autres passages sont etendus et precis, ce Baudemond, pretre, que saint Amand appelle notre frere et auquel il demande d'ecrire son testament.