‹ Saint Amand [microform]Chapitre 19 sur 136 · C. Un clerc dtt diocese de Noyon-Tournai · texte numérisé non relu

C. Un clerc dtt diocese de Noyon-Tournai

Nous croyons pouvoir retenir cette hypothese de M. KRUSCH. Mais tandis qu'il n'y insiste pas, nous aliens au contraire tacher de 1'etayer.

Le lecteur se souviendra que, d'apres les pages precedentes, la VAi n'est pas 1'ceuvre d'un moine d'Elnone. Cependant, il ressort du prologue, que le biographe,

(i) SRM, t. v, p. 403.

comme d'ailleurs ses destinataires, s'interesse particulierement a saint Amand. II s'assignera pour but dans son ceuvre de montrer que 1'apotre de la Belgique fut un grand saint. Nulli est secundus in meritis eorum quorum agnovimus virtutes. Les chapitres les plus developpes et les plus precis raconteront des miracles (i). La plupart des autres seront tres courts et ne formeront pour ainsi dire que. des traits d'union. Faire connaitre une partie aumoins des vertus d'un tel homme et des prodiges realises, par lui c'est un devoir de reconnaissance.

Indigiium est enim ut de tanto viro silere quis audeat, dum plus rerum arbiter talem in ecclesiasticae culturae campo cultorem instituit, per quern agrum ipsius intenta operatione fidei rastro colenti ad centeni numeri redditum Christi seges excresceret. Satis enim sunt sollicita circa humanum genus immensae divinitatis provisura remedia, dum talem ad illuminationern patriae dignatus est dirigere... .

Ce biographe qui n'est pas moine, qui veut glorifier saint Amand, semble de plus appartenir a une collectivite. Tandis qu'il parle, en general, a la premiere personne du singulier, il emploie dans quelques cas la premiere personne du pluriel. Ainsi le miracle du serpent est arrive dans son milieu apud nos grace a la renommee. D'autre part, nous savons deja qu'il adresse son ecrit a un eveque.

... Quatenus et caritati vestrae debitum servitutis impendam officium... maximeque vestris fretus suffragiis, ut quod meis meritis obtinere non valeo, orantem pro me Beatitudinem vestram, opus tam arduum... possim adgredere .

La collectivite qu'il suppose dans quelques passages et 1'eveque auquel il s'adresse pourraient bien etre le clerge et 1'eveque de Noyon-Tournai, deux cites episcopates reunies pour des siecles dans la main d'un meme eveque. Au ch. i3, comme nous 1'avons dit plus haut, le biographe nous represente le saint allant trouver 1'eveque de Noyon- Tournai avant de se rendre dans le pagus de Gand qui relevait de la juridiction de celui-ci.

(i) Ch. 2, 7, 10, u, 12, i3, 14, 17, 20, 21, 23, 24, 25.

Quo audito, vir sanctus... ad Aicharium episcopum, qui tune Noviomensi urbi cathedram praesedebat sacerdotalem, adiit eique humiliter postulavit, ut ad regem Dagobertum quantotius pergeret, epistolasque ex iussu illius acciperet, ut si quis non sponte per baptism! lavacrum regenerare voluisset, coactusa rege sacro ablueretur baptismate. Quod ita factum est. Perceptaque a rege potestate vel benedictione a pontifice, illuc vir Domini Amandus perrexit intrepide .

Ce soin a mentionner la deference d'Aniand vis-a-vis de 1'eveque diocesain et la benediction avec laquelle il commenca ses travaux apostoliques dans une contree soumise a la juridiction de celui-ci, denote un clerc de Noyon- Tournai. On sait d'ailleurs que 1'abbaye d'Elnone se trouvait elle aussi dans ce diocese, qu'elle fat le centre de 1'apostolat d'Amand, et que les regions voisines de ce monastere formerent son principal champ d'apostolat.

Pour confirmer cette hypothese, ajoutons que 1'auteur connait bien le nord-est de la Gaule, la Neustrie, tandis qu'il est beaucoup moins an fait relativement aux autres parties de 1'empire franc. Les deux episodes pour lesquels il cite les norns de ses temoins se passent 1'un dans le pagus de Gand, 1'autre dans un pagus immediatement voisin de I'eveche de No}^!!, le pagus de Beauvais. Son recit dans ces deux cas est tres circonstancie. II sait que le miracle arrive dans la region de Beauvais s'est passe en un endroit cui vocabulum est Rosonto, secus Oronnan fluvium , c'est-a-dire a Ressons-sur-Matz, sur 1'Aronde, affluent de 1'Oise, localite qui n'est eloignee de Noyon que de quelque vingt kilometres (i). Et 1'expression qu'il emploie a propos de 1'activite d'Amand dans le pagus de Gand, praeter fluenta Scaldi fluvii (2) est fort exacte. Cette contree en effet etait limitee au sud par la Lys et 1'Escaut entre les villes actuelles de Wetteren, a 1'Est, et de Deynze a 1'Ouest (3). Cependant, pour lui, ces regions

d) Ch. 24 (SRM, t. V, P . 447 ).

(2) Ch. i3 (Ibidem, p. 406).

(3) L. VANDERKIXDERE, La formation icrritoriah des principatdes beiges ait noyen age, t. I, p. 279 s. A. LOXGXON, Atlas, Planches, n. 5 et Texts explicatif, p. 12 5 s.

de la Flandre et Calloo, non loin d'Anvers (i), paraissent tres eloignees, et il y a lieu de croire qu'il residait plutot dans le diocese de Noyon que dans celui de Tournai.

Au contraitre, lorsqu'il parle des autres champs d'apostolat de saint Amand, sa geographic reste dans le vague, ou bien et il s'agit cependant dans ce cas de 1'empire franc, elle ne parait guere sure. Au ch. 23, il nous raconte que le saint obtint du roi Childeric II, qui regna depuis 663 sur 1'Austrasie, et de 6y3 a 6y5 sur tout le royaume, un endroit appele Nanio pour y construire un monastere. L'eveque d'Uzes, Mummolus, fut irrite a ce point de cette donation qu'il chercha a faire disparaitre 1'apotre. Or la seule localite appelee Nantum qui puisse convenir ici, sans etre tres eloignee du diocece d'Uzes, se trouvait cependant dans 1'ancien diocese de Rodez (2).

Le biographe de la VA* est done un clerc du diocese de Noyon. II habitait ce diocese proprement dit et non pas 1'ancien diocese de Tournai, uni alors a celui de Noyon. Saint Amand etait a ses yeux un personnage illustre du diocese qui ne pouvait tomber dans 1'oubli. Aussi lui consacre-t-il une biographie qu'il dedie tout naturellement a son eveque, le successeur d'Acharius et cl'Eloi, et qui est surtout destinee aux pretres, au clerge de Noyon. Mais a Noyon, le biographe ne disposait sans doute d'aucune source ecrite sur saint Amand. II recueillit done oralement le plus de recits possible, en s'adressant surtout a des personnes qui avaient connu le grand apotre. Grace a ces renseignements, assez abondants, parce que le souvenir du saint etait encore vivace dans ces regions, il arriva a reconstituer a peu pres la carriere mouvementee de son heros et surtout a emailler son expose de miracles qui edifieraient les clercs et les convairicraient du grand pouvoir surnaturel d' Amand.

(1) VA', c. 19, SRM, t. V, p. 44 3.

(2) II sera question plus has de ce passage si controverse de la (ch.VI).

Page 1