AVANT-PROPOS VII
elle devra se bonier a faire valoir que leur nature ou leur role exposent certains faits ou certains hommes, plus que d'autres, a la deformation populaire. Nous en serous done reduit parfois a traduire, presque sans comraentaire, dans notre expose, les anciens textes. II sort encore de ces lignes, comme de vieux meubles, un peu de parfum discret : 1'odeur des vertus du Saint. Car elles nous viennent des contrees qu'il a parcourues et qu'il a cheries, des temps qui lui adresserent leurs premieres venerations et qui lui eleverent leurs premiers autels. Mais le lecteur averti ne cherchera, pas plus que nous-meme, dans ces recits naifs 1'expression de 1'integrale verite.
II ne s'attendra pas 11011 plus a rencontrer dans la biographic d'un Saint antique ce qui fait le charme des Vies de Saints modernes.
Pour faire revivre aujourd'hui un. heros des premiers siecles du Christianisme, quel n'est pas 1'embarras de 1'ecrivain ! La plupart des personnages de ces temps lointains, remarquables par leur vertus, ne trouverent de biographe qu'un siecle, ou deux, ou trois apres leur mort. Le souci d'etre vrai se subordonne, chez ces panegyristes, au souci d'edifier, et le souci d'etre complet parait absent de leur ceuvre. Ces morceaux sont composes presque sans documents. Leurs auteurs empruntent aux Vies qu'ils ont sous la main des enumerations de vertus et parfois des faits precis, mais, de preference, des faits prodigieux. Que tirer de si miserables compilations? Quelques Saints, il est vrai, tenterent la plume d'un contemporain. Mais, sauf de rares exceptions, celle-ci trahit alors une pitoyable gaucherie. Elle ne nous donne qu'une prose essoufflee qui se trame enbanalites. Meme les traits vecus sont jetes, comme par hasard, dans 1'expose. Us peuvent bien nous enchanter, un instant. Mais nous quittons ces ceuvres, d' ordinaire courtes, avec un sentiment de tristesse profonde : tant