CHAPITRE II
Voyage de saint Amand a Rome Sa vocation apostolique
SOMMA1RE
Saint Servais a Rome. Les pelerinages au tombeau de S. Pierre, a 1'epoque merovingienne. Saint Ouen. Lettres de recommandation. Le sejoura Rome. Vocation apostolique de saint Amand. Son attachement au Siege remain. Rome et les missionnaires irlandais et anglo-saxons. Eglises dediees a S. Pierre par saint Amand. Ses relations cordiales avec le pape saint Martin. Saint Pierre on le pape ? Le second voyage a Rome. Legendes rapportees par Heriger. Amand et Humbert de Maroilles. Amand, bibliothecairc de la cour pontificale.
L'histoire ecclesiastique de la Belgique s'ouvre, pour ainsi dire, par le voyage a Rome d'un eveque. Elle nous le raconte, d'apres Gregoire de Tours, qui ecrivait trois siecles plus tard et empruntait son recit a la tradition orale (i).
Un bruit inquietant se repand en Gaule. Les Huns preparent une formidable expedition dans ce pays. Aravatius de Tongres se met alors en route pour Rome. II va demander au Prince des apotres, pour lui-meme et pour ses ouailles, 1'eloignement du fleau. Ses larmes, ses prieres, ses austerites ne lui obtiennent qu'a moitie la faveur imploree. Un jour, saint Pierre lui apparait et lui reveie que Dieu, dans sa sagesse, sanctionne les projets des Huns, mais que, dans sa misericorde, il lui epargnera le spectacle de leurs depredations.
(i) GREGOIRE DE TOURS, Hist. Franc., II, 5, SRM, t. V, p. 66 et 67.
Aravatius n'est autre que saint Servais, le premier eveque de Tongres (i). A la place des Huns, il faudrait, sans doute, des Vandales, dans le recit de Gregoire de Tours. Ces deux corrections faites, 1'anecdote vaut d'etre retenue, malgre son caractere fort legendaire.
Vers 620, saint Amand, a son tour, part pour la Ville Eternelle, mais dans des circonstances bien differentes. II n'a encore aucun lien avec son futur champ d'apostolat, celui qu'ensemenca saint Servais, au iv c siecle, c'est-a-dire les regions qui forment aujourd'hui la Belgique. II ne connait pas encore, comme les connait Servais, les sollicitudes du pasteur pour son troupeau en peril. II n'est qu'un simple moine. Dans ce voyage au-dela des monts, il n'a en vue que la satisfaction de sa piete personnelle.
Et cependant, c'est ce pelerinage qui va decider de son avenir. Aussi bien occupe-t-il une place autrement importante que celui de saint Servais dans 1'histoire religieuse de la Belgique.
Assez rares, aux deux premiers siecles de 1'ere merovingienne, les voyages a Rome se multiplierent apres la conversion de 1'Angleterre et, plus specialement, a partir des vingt dernieres annees du vn e siecle, sous 1'influence des moines anglo-saxons. Les fideles, les pretres, les eveques ne vont pas, en general, demander des directions au pape, mais des graces ou des miracles a saint Pierre, et des reliques aux eglises de la Ville Eternelle (2). Saint Gregoire de Tours expedie a Rome son diacre, Agiulfus, pour qu'il s'y pourvoie de reliques (3). Un eveque contemporaiii de saint Amand, saint Ouen, quoique epuise par la vieillesse, nous dit son biographe, affronte les hauteurs neigeuses des
(1) G. KURTH, Le pseudo-Aravatius, dans les Etudes franqites, t. I, p. iSg-iSg (surtout p. 147).
(2) J. ZETTINGER, Die Bcrichte iibev Rompilger aus dem Fvankenreiche bis zum Jalirc Soo. II arrive a cet auteur, dont 1'etude est cependant fort bien conduite. d'utiliser des biographies pen sures.
(3) Hist. Franc., X, i et Vitac Patrum, VIII, 6. SRM, t. I. p. 406 et 696.