‹ Saint Amand [microform]Chapitre 33 sur 136 · VOYAGE A ROME ET VOCATION APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

VOYAGE A ROME ET VOCATION APOSTOLIQUE

Alpes, rassasie sa devotion et rentre enfin en Gaule avec les reliques de beaucoup de saints (i).

Les pelerins ont soin de se munir, pour le voyage, d'une lettre de recommandation.

Le poete Venantius Fortunatus en a meme compose en vers (2). Le recueil des formules.de Marculf nous a conserve un type de sauf-conduit royal adresse au pape, aux eveques, abbes, rois, patrices, dues, comtes et a tous les fideles. On confiait a leur piete et a leur generosite un pelerin que Ton declarait n'etre pas guide, comme le plus grand nombre, par le gout des aventures, mais par F amour de Dieu et le desir de faire ses devotions aux Lieux-Saints (3). Amand ne partit probablement pas sans un texte de ce genre.

II se mit en route avec un seul compagnon.

On nous le represente cheminant par des sentiers affreux. II arriva enfin a Rome, et la, rassasiant son saint desir, baisant avec ardeur les seuils des eglises des saints apotres, il visitait, pendant le jour, les eglises de la ville, et, la nuit, il revenait a la basilique Saint-Pierre.

Voici maintenant la vision d'Amand.

Un jour, comme le soir approchait, bien que les gardiens n'aient point manque a leur office et aient fait sortir du sanctuaire tous les fideles, 1'homme de Dieu, Amand, parvint a y rester seul. II voulait, par devotion, y veiller toute la nuit. Mais un des marguilliers 1'y decouvrit. II alia jusqu'a le jeter hors de 1'eglise, apres 1'avoir traite avec mepris et insulte. Amand s'assit sur les degres, aux portes de la basilique. Tandis qu'il s'y trouvait , perdu dans son

(1) Vila Audoini, 6-10, SRM, t. V, p. 55g et 56o ; VACANDARD, Vie de S. Ouen, p. 243-245.

(2) ZETTINGER, op. cit., p. 17.

(3) Formula Marculfi, II, 49, MGH, Formulae, (ed. K. ZEUMER, p. 104 et io5). Cfr ZETTINGER, op. cit., p. 44; sur cette source, voir L. LEVILLAIN, Leformulaire de Marculf et la critique moderne, dans la Bibliotkeque de I'Ecole des Chartes, igaS, t. LXXXIV, p. 21 s.

extase, saint Pierre lui apparut tout a coup. II lui adressa la parole avec bonte et douceur et lui donna 1'ordre de retourner en Gaule pour y exercer la predication. Cette vision remplit le pelerin de joie. Apres avoir recu la benediction de 1'apotre et s'etre pourvu de reliques, il regagna heureusement son pays (i) .

Plusieurs details de ce recit sont discutables et negligeables. Un fait nous y parait admissible et important. La vocation missionnaire d'Amand est nee sur le tombeau de saint Pierre.

On a voulu contester cela meme. On a traite de sornettes tout ce recit. On a denonce ses emprunts a des recits de voyages a Rome composes par les biographes de saint Ouen et de saint Boniface (2). Ces objections ne paraissent pas aussi serieuses qu'on 1'a pretendu (3).

Une simple imitation verbale, reduite,d'ailleurs, aseptou huit mots empruntes a la Vie de Saint Ouen, n'empecherait pas 1'exactitude fonciere du passage transcrit plus haut. Mais nous pouvons faire valoir, en sa faveur, des indices positifs.

Un des traits caracteristiques de saint Amand, ce fut son attachement au siege romain. M. KRUSCH, 1'editeur de 1'ancienne biographic du saint, le reconnait. Et cependant, il ne voit dans cette piece qu'une composition de 1'epoque carolingienne ; il rejette les voyages de saint Amand a Rome, comme des vulgaires imitations de voyages de saint Boniface, dans la premiere moitie du vm e siecle.

Amand, ecrit M. KRUSCH, aima le Siege romain avec une ardeur telle qu'on rencontre a peine un seul homme,. a cette epoque, qui lui soit comparable sous ce rapport (4) . L'appreciation est juste. Elle merite d'etre epinglee.

(1) VAi, c. 6, 7, SRM, t. V, p. 433- 4 3 4 .

(2) SRM, t. V, p. 4 o3.

(3) II faut completer ce que nous disons ici par ce que nous avons 'deja dit sur le meme sujet dans 1'introduction critique, p. 12, i3, 20-23.

"(4) SRM. t. V, p. 3g5 ; et A. HAUCK : Ce qui le distingue de ceux qui ont la meme maniere de voir que lui, ce fut sa veneration pour Rome . (Kircliengescliichtc Deutsclilands, t. I. p. 302).

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