‹ Saint Amand [microform]Chapitre 47 sur 136 · VIII. Saint Amand a Rebais · texte numérisé non relu

VIII. Saint Amand a Rebais

Rebais est une localite situee dans le departement actuel de Seine-et-Marne, bien loin par consequent de la Belgique. Amand s'y rendit, un jour, en qualite d'eveque et non pas en qualite de missionnaire.

Avant meme de renoncer a la cour, le referendaire Dadon, plus connu dans I'histoire sous le nom de saint Ouen, fonda le monastere de Rebais. II voulait ainsi faciliter a d'aatres le choix d'un genre de vie que le roi ne 1'autorisait pas a embrasser personnellement (i).

La consecration de 1'eglise de Rebais eut lieu en fevrier 636. Elle nous est racontee de la facon suivante, dans la biographie du premier abbe, saint Aile. Cette dernier e ne date que du ix e siecle.

Deja etait tout proche le jour solennel de la dedicace de ce temple. Le venerable Ouen desirait vivement qu'il fut consacre, en la fete de la chaire de saint Pierre a

a saint Eloi ou a saint Ouen, et a trouve son destinataire en Clovis II. Le CARDINAL PITRA, qui se rallie a 1'avis de son collegue sur ce dernier point, designe plutot saint Ouen comme auteur de ce morceau. M. I'ABBE VACANDARD doute de 1'authenticite de ce discours et surtout de sa composition par saint Ouen (Voir VACANDARD, Vie de saint Ouen, p. a5o ss.). L'ABBE GUISE, dans sa Vie de saint Sigislert (III), roi d'Anstrasie (63o-656), p. 64 ss., designe ce jeune roi comme destinataire du sermon et propose d'en attribuer la paternite a saint Amand. Le texte en question se trouve public dans MGH, Epistolae merov. et Karol. aevi, t. I, p. 467-460, sous le titre suivant : E-piscopus quidam iuvenem regntm (aitt CModoveum II ant Sigeberium III) David et Sakmonem reges exemplaproponens et aiamim Childelertum I et Clilotarium I avum pios reges imprimis laudans, rectam regendi rationem docet (c. 645). CH. ZEUJIER, Neues Archiv, t. XIII, p. 664-660, voit, dans cet acte, la formule d'une lettre ertvo} r ee a un jeune roi carolingien et que E. DUMMLER avait publiee pen auparavant (Neues Archiv, t. XIII, p. 191-196). Avec les editeurs des Monumenta, il nous parait impossible de determiner 1'auteur de ce discours, con9u en termes fort generaiix. Etant donne les relations de saint Amand avec Sigebert III, il est possible qu'il soit de lui. C'est tout ce qu'onpeut dire.

(i) VACANDARD, Vie de saint Ouen, p. 61

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Antioche, c'est-a-dire le 22 fevrier, parce que c'etait la premiere eglise qu'il edifiait en 1'honneur du bienheureux Pierre, le prince des apotres. II invita done les eveques cites plus haut, a savoir Amand et Faron de Meaux, et en outre saint Eloi. Les eveques, de la maniere fixee par la coutume, firent leur entree dans le temple, pour le consacrer. A cette fete, assistaient aussi Adon, la gloire des moines (i), et Aile, le modeste. Les eveques consecrateurs remarquerent que la pierre d'autel en marbre de Paros, polie avec beaucoup de soin, n'etait pas d'aplomb sur 1'autel. Et comme Amand, Faron, Eloi et Adon, ces quatre colonnes et vrais luminaires du monde, voulaient la deplacer, elle s'echappa de leurs mains, tomba par terre et se cassa en deux, de telle fagon qu'on eut pu la croirecoupee au fer. Chose etonnante et admirable ! Cependant les prelats et les hauts fonctionnaires restent, d'abord, quelque temps surpris ; puis, tout a coup, ils se prosternent a terre, se mettent en prieres, frappent de leurs mains leurs poitrines, mouillent leurs faces de larmes, si bien que les paves en deviennent humides. Or, une stupeur subite avait envahi les assistants. Apres une longue priere, les prelats se leverent, avec force soupirs, et commencerent a tracer sur la pierre le signe de la croix. Et voici que, par la vertu du Chi'ist, les deux morceaux se rejoignirent, et, avec une telle solidite, que la pierre paraissait ne jamais avoir ete brisee. Car ceci est admirable, jusqu'a ce jour, que, dans cette pierre reste, en guise de signe et de souvenir pour la posterite, ainsi qu'il est permis de le croire, un trace grele, semblable a un fil. Et puisque saint Amand avait celebre 1'office solennel de la dedicace et avait chante, ce jour-la, la sainte messe a 1'autel, il plut au venerable Ouen de faire graver son nom sur la menie pierre en grandes lettres... (2).

(i) Saint Adon. frerc de saint Ouen, et fondateur de Jouarre.

(a) Vita, Agili, c. XVIII, dans MABILLON. Ada sanctorum or dinisS. Benedicti, t. II, p. 322-3a3. Une histoire assez semblable se serait -passee, beauccmp plus tard, a Premontre (Voir H. LAIIY, Hugues de Fosses, premier able de Premontre (f 1164), p. 5j. Charleroi, 1925).

APOSTOLAT DES VALLEES DE L'ESCAUT ET DE LA LYS l5l

Ce recit est d'epoque tres tardive et, vraisemblablement, mele de legendes. Mais on peut, semble-t-il, en retenir, comme le fait M. 1'abbe VACANDARD, le temoignage du biographe en faveur de la consecration de 1'eglise de Rebais par saint Amand. L'hagiographe parait bien avoir vu cette dalle, sur laquelle se trouvait grave, en capitales, le nom d' Amand. La veine qui la traversait donna sans doute naissance a la legende de sa chute pendant la ceremonie. D'ailleurs, un privilege tres authentique, concede par 1'eveque Faron au nouveau monastere et signe par un grand nombre d'eveques, reunis a Clichy en 687 ou 638, conserve, parmi ceux-ci, le nom de saint Amand : Amcmdus episcopus subscripsi (i).

II y aura lieu de revenir plus tard sur ce privilege si important au point de vue monastique. Mais comment ne ne pas remarquer qu'ici, une fois de plus, Amand nous apparait en contact etroit avec les disciples de saint Colomban. Dadon, pour la formation de Rebais, s'est adresse a Luxeuil. Aile, envoye comme abbe par Waldebert (629-660), second successeur de saint Colomban, appartenait a Luxeuil, ainsi que ses premiers compagnons a Rebais. II s'y etait forme sous 1'abbe Eusthasius (614-629), a cote d'un autre ami de saint Amand, Acharius, dont il a ete question plus haut.

Le culte de saint Amand se conserva a Rebais. Cependant, son office n'y fut celebre, d'abord, qu'avec trois Ie9ons. Mais, auxi e siecle, 1'abbe Solion, averti, pretend-on, d'une maniere surnaturelle, representa a ses moines combien cet effacement liturgique etait indigne d'un si saint prelat, consecrateur de 1'eglise du convent, et qui meritait presque le nom de Pasteur de 1'abbaye . La communaute gouta fort ces paroles et, depuis ce jour, saint Amand re9ut les hommages cultuels qui lui convenaient (2).

(1) PARDESSUS, Diflomaia, L II, p. 41.

(2) Ce fait est raconte dans les Miracula S. Agili, 1. 1, 7 et 8 (

Ada Sanctorum ordinis S, Bcnedidi, p. 327-328), composes au xi e siecle,

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