SAINT AMAND CHEZ LES SLAVES DU SUD
Herules, Alemans, Bavarois, le Norique avait conserve sa civilation chretienne et son organisation ecclesiastique. II gardait aussi un souvenir reconnaissant a son grand apdtre, saint Severin (i" 482), qui dut prendre la defense des Remains, opprimes par les peuplades germaniques triomphantes. Malheureusement les Slaves, eux, sont encore paiens. Le culte des faux dieux, un culte au sujet duquel nous n'avons, d'ailleurs, que fort peu de renseignements, se substitue ainsi, dans ces regions, aux anciennes croyances chretiennes.
Or, la chronique du pseudo-Fredegaire nous raconte que, la quarantieme annee du regne de Clotaire II, c'est-a-dire, en 623, un certain Samo de race franque, originaire du pagus Senonago (i), etant parti avec d'autres marchands chez les Slaves pour s'y livrer au commerce, rendit a ce peuple des services signales (2). II les delivra du joug des Awars qui les dominaient depuis quelques annees (3). Aussi fut-il el eve a la dignite royale. Son regne dura trentecinq ans, a savoir jusqu'en 658. Ses relations ne resterent pas toujours cordiales avec les souverains de son pays d'origine. En 63i/632, des marchands des etats de Dagobert ayant ete mis a mort, le monarque franc demanda satisfaction au roi slave. II ne 1'obtint pas et fut battu.
On n'a pu fixer les limites du royaume de Samo. Mais il parait indubitable que la Slovenie en fit partie (4).
(1) La signification de ce terme n'est pas nxee. Certains y ont vu, a tort, sernble-t-il, la localite beige de Soignies. Cfr a ce sujet la Bibliographie nationals (de Bclgique), t. XXI, col. 270-272 (au mot Samo, par M. H. PIRENNE).
(2) FREDEGAIRE, IV, 48 et 68, SRM, t. II, p. 144 et i54-i55.
(3) NlEDERLE, Op. tit., p. 79.
(4) J. GOLL, Samo und die Karantkanisclien Slaven dans les Mitteilungen, citees plus haut, p. i53, n. 3, 1890, t. XI, p. 443-446, et surtoutL.HAUPT- PMANN, Politisclie UmwaJzungen unter den Slovenen, vom Ende des 6 ten Jahrh. bis znr Mitte der p ten , dans la meme revue, t. XXXVI, p. 245-259. Ce dernier auteur refute 1'opinion d'historiens qui, comme PEISKER (art. cit., p, 461), placent le debut du regne de Samo et la liberation des Slovenes du joug Awar, vers 6o3. Voir aussi NIEDERLE, op. cit., p. 78,
Devenu roi des Slaves, Samo avait sans doute renonce au christianisme. II epousa, dans son pays d'adoption, douze femmes qui lui donnerent vingt-deux fils et quinze filles.
Saint Amand devait etre au courant des conquetes slaves au Sud du Danube, de 1'aneantissement de la civilisation chretienne dans ces regions, de la fortune de son compatriote, Samo, de la defaite de son protecteur, le roi Dagobert.
Son ardeur apostolique se surexcitait a entendre de tels recits.
II n'etait, d'ailleurs, pas le premier missionnaire de 1'Occident a penser aux Slaves. Voici que, de nouveau, nous rencontrons, dans sa vie, Colomban. En 612, ce Saint songeait tres serieusement a partir pour evangeliser le pays des Winedi, c'est a dire, probablement, des Slaves de Slovenie (i). Mais il crut voir un ange qui le detournait de son projet, parce que ces peuples pa'iens n'etaient pas encore disposes a recevoir la foi. Tel est 1'episode, vraisemblablement historique, que nous rapporte le biographe de Colomban (2).
Mais, precisement, la raison qui avait detourne Colomban de ce voyage, etait de nature a y pousser Amand. N'avait-il pas triomphe, dans le pagus de Gand, de tons les obstacles, sous la conspiration desquels tant de missionnaires avaient succombe. Et ne convenait-il pas de prendre en mains, vers 63o, 1'execution d'une entreprise qui n'avait pas encore eu chance de reussir en 612 ?
II partit done. Le Danube passe (3), 1'apotre commenca
(1) HAUCK, op. cit., t. II, p. 467, n. 7 Da Col(umban) von den Wenden nacli Italian geht, so scheint mir die Beziehung auf die Slawen jn der Alpen sicher . Cfr NIEDERLE, op. cit., p. 85.
(2) Vita Columbam, I, 27, SRM, t. IV. p. 104.
(3) C'est le seul renseignement que le VA r nous donne au sujet de la region habitee par les Slaves que saint Amand tenta d'evangeliser. Presque tous les auteurs precisent, avec raison, semble-t-il, en parlant de la Slovenie. Voir, outre les auteurs deja cites, G. vox ANKITRSHOFEN,