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IV. Le paganisme dans le diocese de Tongres-Maastricht

Un des chapitres precedents nous a fourni quelques details authentiques sur la situation du paganisme en Belgique occidentale. Pour la Belgique orientale, c'est-a-dire, pour une partie de 1'ancienne province de Germanic seconde, nos renseignements portent principalement sur 1'epoque qui a suivi saint Amand.

Saint Lambert, eveque de Maastricht, de 670 environ a 7o5 environ, dut, d'apres sa Vita, detruire en Toxandrie plusieurs temples et idoles (2). On ne peut rien retenir d'autre du chapitre dixieme de cette composition litteraire, car, si elle ne manque pas de valeur, et fut ecrite, d'apres G. KURTH, peu apres 718 (3), elle se contente de transcrire ici, pour le detail de 1'apostolat de saint Lambert chez les pai'ens, la Vie de saint Eloi.

II n'en est pas de meme de la Vita Hugberti. Ce saint eveque occupa le siege de saint Servais, de 7o5 environ a 727. Or son biographe avait appartenu au clerge de Liege, du vivant du saint eveque, et il redigea son travail, peu apres 743 (4). Voici ce que nous y lisons, au chapitre troisieme :

(1) D'apres 1'expose, si interessant et si documente, de Mgr LESNE, op. cii., t. I. p. 70-78.

(2) Viia, LandilcrU, i a , c. 10. SRM, t. VI, p. 363-364-

(3) Or. KURTH, Etudes franqites, t. II, p. 3ao et 332-336. Centre M. KRUSCH, SRM, t. VI, p. 299 ss. Cfr VAN DER ESSEV, Etude critique, p. 23-29.

(4) LEVISON, dans SRM, t. VI, p. 472 ss. Cfr sufra, p. 26 et 27.

II parvint a en detacher un bon nombre de 1'erreur des Gentils, a leur faire renoncer (a leur culte superstitieux) ; il confirmait par la grace septiforme, apres les avoir laves dans les eaux baptismales, ceux qui accouraient a ltd... Plusieurs idoles et statues qui etaient adorees en Ardenne furent detruites et brulees par son ordre. Comme certains fanatiques veneraient d'une maniere sacrilege les cendres de ces fausses divinites, il les condamna a une penitence de trois ans. Et de meme, en Toxandrie et en Brabant, il detruisit beaucoup d'idoles et de statues, et il construisit, en divers endroits, beaucoup de sanctuaires en 1'honneur des saints martyrs (i).

Parmi les regions citees dans ces textes figure, d'abord, la Toxandrie. Elle correspondait a peu pres a la Campine actuelle, mais sa partie occidentale, qui forma plus tard 1'archidiacone d'Anvers, relevait du diocese de Cambrai, et non de celui de Maastricht (2). En second lieu vient V Ardenne, plus vaste que la contree qui porte ce nom aujourd'hui, car elle englobait encore une partie du Lttihgau, au Nord, de la Woevre, au Sud, et, peut-etre, de VEifclgau, a 1'Est (3). Enfin les deux Vitae mentionnent le Brabant. Ce dernier terme n'est pas tres clair. En effet, le pagus Bracbatensis tout entier ou presque tout en tier relevera dans la suite de 1'eveche de Cambrai, et Ton ne voit pas, des lors, comment 1'eveque de Maastricht y exerce sa juridiction. Nous pensons qu'il faut entendre ici, par Brabant, la region frontiere des deux dioceses, le pays entre la Senne et la Dyle, occupe par une partie de la Foret Charbonniere (4).

(1) SRM, t. VI, p. 484-480.

(2) VANUERIUNDKRU, La formation ieri'itoriak, t. II, p. 119.

(3) Ibidem, p. 228 ss. Cfr plus haut, p. 174.

(4) PIOT, Les pagi de I'ancienne Belgique, p. S8-io3, et VANDERKINDERE, op. cit., p. 102, comprennent cette region intermediaire entre la Senne et la Dyle dans le pagus Bracbatensis ; M. le CHANOINE ROLAND en rattache le Sud (Wavre, Nivelles, etc.) au petit pagus de Darnau et au grand

de Lomme (Lespngus de Lomme et du Condros, etude citee plus haut.

EPISCOPAT DE TON ORES-MAASTRICHT iSl

On le voit : les contrees du diocese ou les biographies de saint Lambert et de saint Hubert nous signalent encore des paiens, sont precisement celles qui sont couvertes de forets, de marais, de landes steriles. Un demi siecle plus tot, 1'idolatrie devait encore y dominer davantage.

Les fouilles archeologiques ont fait decouvrir en Belgique, en particulier dans les provinces de Brabant et de Namur, des milliers de tombes merovingiennes. II est difficile de tirer de ces decouvertes des conclusions bien nettes au point de vue religieux. La plupart de ces necropbles bnt servi pendant des siecles et ne peuvent etre datees que tres approximativement. Puis, dans la majorite d'entreelles, le mobilier funeraire barbare, armes, boucles de ceinture, fibules, colliers, bagues, ceramique ou verrerie, ne porte pas plus de signes paiens que de signes chretiens. A partir de la fin du vn e et du commencement du vm e siecle, apparaissent, quoique timidement, les croix pattees, les chainettes terminees par de petites croix, les bagues a monogramme chretien, les boucles de ceinturon representant, d'une maniere tres grossiere, Daniel dans la fosse aux lions. Un bon nombre de ces objets ont ete trouves dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, par exemple a Franchimont, a Pondrome, a Florennes, a Wancenne, a Revogne-Honnay,

p. 174). II est certain que le Sud (Nivelles, Wavre) relevera toujours dans la suite du diocese de Liege. Mais, m'ecrivait M. le CHANOIXE ROLAND, il me semble que le ministere de saint Hubert au Brabant ne s'est pas borne a cette minime fraction. De la deux hypotheses : ou bien la mission apostolique du Saint s'est etendue sur une autre partie du Brabant, qtii futrattachee au diocese de Cambrai et peut-on conjecturer qu'iln'avait pas une notion exacte des limites de soneveclie,a 1'exemple de 1'eveque Falcon... ? ou bien les limites du Brabant au temps de saint Hubert etaient, a 1'Est, plus etendues que plus tard et pouvaient se prolonger jusque Louvain . La question est fort obscure. Voir les frontieres entre les anciens dioceses de Cambrai et de Liege, dans J. LA.ENEK, Notes sur I' organisation ecclesiastique du Brabant, d Fepoque de V erection des nouveanx eveches (i55g), p. 7 ; cartes de SPRUKER- MENCKE, n. 3a, 42, 53 ; DESMA.REZ, Le probleme de la colonisation franque, p, 20 et la carte a la fin de ee volume.

a Stave (i). Si les tombes merovingiennes nous donnent bien peu d'elements pour juger de 1'etat du christianisme en Belgique au vu e siecle, elles permettent au moins de se representer quelque peu les auditeurs ordinaires de saint Amand : des hommes rudes, peu cultives et prompts a courir aux arrnes.

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