VI. Saint Amand et le Monothlisme
Saint Amand avait pose au pape saint Martin plus d'une question. II nous reste, continue, en effet, le souverain pontife, a donner a votre Fraternite des solutions sur les autfes points au sujet desquels elle a recouru a nos conseils .
Nous ne suivrons pas le pape dans I'expose qu'il fait ensuite de la querelle monothelite.
Sous 1'empereur d'Orient, Heraclius (610-641), le patfiarche de Constantinople, Sergius, inventa une formule de foi qui avait pour but de ramenef les monophysites a 1'unite catholique. On ne nierait pas la dualite des natures dans le Christ apres 1'incarnation, puisque le concile de Chalcedoine 1'avait affirmee, mais seulement la dualite de volonte. Le pape Honorius (625-638) neparvint pas a demasquer les ruses byzantines et ne combattit point, cbrrirne il 1'aurait du, cette nouvelle heresie, appelee le monothelisme. Parmi ses successeurs, Martin I, au contraire, se montra le plus energique a la denoncer et a 1'anathematiser. L'empereur Constant II venait, en 648, de faire publier le Type, imposant le silence sur une ou deiix volontes ou energies)). Martin I, 1'annee meme de son elevation au souverain pontifical, en octobre 649, reimit uri concile dans la basilique du Latran. Cent-cinq eveques (i), y condamriefent le monothelisme.
L'encyclique, envoyee ensuite, au nom du pape et du synode, aux eveques, pretres, diacres, abbes de monas-
(i) MGR DUCHESNE (op. cit., p. 442) fait une erreur de ciuffre en dcrivant : Cinq cents eveqxies . Voir le Liber Potitificalis, 1. 1, p. 336.
teres, moines, ascetes et a 1'Eglise universelle prie ses destinataires de montrer par ecrit leur accord avec les Peres et le concile dans la foi orthodoxe (i). Outre cette lettre synodale et les actes du concile romain, il nous reste encore quelques lettres du pape au sujet de cette assemblee. Ainsi, il ecrivit a 1'Eglise de Carthage, a Jean, eveque de Philadelphie, qu'il nommait son vicaire pour une partie de 1'Orient, et a Georges, archimandrite du monastere de saint Theodose (2). Toutes ces lettres different fort de celle qui fut expediee a saint Amand. D'abord, aucune d'entre elles ne presente ce caractere intime qui s'est manifeste a nous, dans le paragraphe precedent. Ensuite, elles ne chargent pas leurs destinataires d'une mission semblable a celle qui est confiee a 1'eveque de Maastricht.
Celui-ci doit, en effet, pour obeir aux ordres du pape, reunir, d'abord, en synode nos freres co-eveques de ces regions , c'est-a-dire, semble-t-il, de 1'Austrasie. En effet, le roi Sigebert d'Austrasie est nomme un peu plus bas ; c'est a ce royaume d'ailleurs qu'appartient le diocese de Maastricht. Le fait que le pape s'adresse a saint Amand semble confirmer qu'a cette epoque, ainsi que nous 1'avons suppose plus haut, la circonscription metropolitaine, dans des provinces comme Cologne, Treves, etc., n'avait encore aucune signification reelle pour 1'administration ecclesiastique (3).
Le pape confia, sans doute, cette mission si delicate au saint eveque, d'abord, parce que celui-ci lui avait ecrit, le premier, au sujet du monothelisme, ensuite, parce que les relations d'intimite entre saint Amand et le roi Sigebert devaient etre connues jusqu'a Rome, enfin, parce que le prestige du grand missionnaire serait une garantie de succes pour le concile a tenir dans le Nord.
(1) MAXSI, Concilia,, t. X, col. 1176-1178.
(2) Ibidem, col. 798-804 ; 806-814 ; 819; 827-831. Cfr HKFELE-LECLEKCQ, Histoirc des conciles. t. Ill, i e partie, p. 461 et 426. Paris, igio. Cfr VACAN- DATO, Vie de saint Oucn, p. 73-70.
(3) Cfr plus haut, p. 169.
En effet, pour reunir en concile les eveques du royaume d'Austrasie, le consentement du roi Sigebert etait indispensable. Nous savons que ce monarque ou ses ministres voulaient sauvegarder 1'autorite royale. Une lettre de Sigebert III a Didier de Cahors, ecrite entre 647 et 655, lui interdit precisement de se rendre a un synode de la province de Bourges, parce que les eveques avaient neglige de sollicker a temps Tautorisation du monarque, pour le tenir (i).
Apres le concile d'Austrasie, Amand, pour se conformer toujours aux ordres de Martin, devait encore obtenir du
roi Sigebert 1'envoi dans la Ville Eternelle de quelques eveques francs, qui, joints a d'autres prelats, partiraient ensuite pour Constantinople, afin de faire constater au Basileus, 1'accord de tout 1'Occident contrele monothelisme.
Qu'advint-il alors ? Amand reunit-il ce synode austrasien? Dans raffirmative, Sigebert consentit-il a envoyer a Rome, et de la a Byzance, quelques eveques de son royaume ? Nous n'en savons absolument rien. On ne voit pas, ecrit MGR DUCHESNE, qu'il soit sorti de la quelque chose d'important. Cependant le concile, convoque en 65o, a Chalonsur-Saone, par Clovis II, roi de Neustrie-Bourgogne, rappelle, dans son premier canon, le respect qui est du aux conciles de Nicee et de Chalcedoine. II semble que les eveques francs aient eu vent de quelques dangers du cote de la foi (2).
Peut-etre, Amand avait-il deja resigne ses fonctions d'eveque diocesain quand lui fut remise la lettre du pape. Mais ceci n'est qu'une supposition.
Meme si la lettre de Martin I a saint Amand n'a obtenu aucun resultat, ni celui de retenir 1'eveque de Maastricht a la tete de son diocese, ni celui de grouper les forces catholiques de 1'Austrasie centre le monothelisme, elle reste infiniment precieuse. Elle nous depeint d'une maniere
(i) MGH, Epistolae, t. Ill, p. 212.
(3) Op. cit., p. 445. Cfr VACANDARP, Vie de saint Ouen, p. 222-224.
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vivante, le caractere du grand missionnaire et confirme, sous ce rapport, ce que nous savons par une source moms sure, sa biographie. Elle nous montre le credit dont il jouissait aupres du pape, aupres duroi Sigebert, aupres de ses collegues dans 1'episcopat.
La reponse du souverain pontife se termine ainsi : Quant aux reliques des saints, dont nous a parle le porteur des presentes lettres, nous avons ordonne qu'on les lui donne, mais pour les livres que tu demandes, il n'yen a plus d'exemplaires dans notre bibliotheque, et nous n' avons rien a lui remettre. II n'a pas pu les transcrire, car il a du quitter rapidement cette ville .
Un des principaux buts des voyages a Rome aux temps merovingiens etait, comme nous 1'avons dit plus haut (i), de s'y procurer des reliques. Amand lui-meme revient de la Ville Eternelle avec des Patrocinia . Mais il n'en avait pas assez pour toutes les eglises qu'il fondait (2). Aussi s'adressa-t-il directement au Saint-Siege. Celui-ci envoyait souvent, de lui-meme, ou sur demande, non pas des corps ou des morceaux de corps des Saints, mais des objets ayant servi a ceux-ci pendant leur vie ou simplement mis en contact avec leurs restes ou leur tombeau : fleurs, huile de lampes, branded ou morceaux d'etoffe (3).
Le Saint-Siege recevait aussi frequemment des demandes de livres, de codices. C'etaient, notamment, des manuscrits de la Bible, des osuvres de saints Peres et des compilations liturgiques (4).
(1) Cfr supra, p. 98.
(2) Saint Willibrord ira personnellement a Rome cliercher des reliques pour les eglises a construire apres la destruction des idoles (BEDE, Historia anglicana, V, XI, ed. PLUMMEK, t. I. p. 3oi).
(3) ZETTINGER, Dta Bericltte iiber Rompilger. p. 10 ss. ; S. BEISSEL, Die . Verekrung der HeiUgcn und Hirer Reliquien in Deutschland, bis zum Beginne des XIIl ten Jalirh., p. 11-19 dans les Stimmen aus Maria-Laach, Erganzungshefte 47, Fribourg, e. B., 1890.
(4) ZETTINGER, op. cit., p. 3y. Cfr supra, p. 106. Voir aussi Vita Gevctrudis, c. 2, SRM, t. VI, p. 457.
EPISCOPAT DE TONGRES-MAASTRICHT ig3