AUX FORTES DE LA FRISE IQ
Des la fin du vi e siecle ou le debut du vn e , il existait, a Utrecht, une eglise dediee a saint Martin. Deux rois, Clotaire et Theodebert, vraisemblablement Clotaire II (584-629) et Theodebert II (5o,5-6i2) (i) lui avaient accorde rimmunite.
Au temps de saint Boniface, 1'eveque de Cologne pretendait que 1'antique roi des Francs, Dagobert , c'est-a-dire Dagobert I, avait donne le castelhim Traiectum avec 1'eglise de saint Martin, au diocese de Cologne, a la condition que 1'eveque de cette ville convertirait la race des Prisons et serait leur predicateur . Ce qu'il ne fit pas, ajoute saint Boniface, dans sa lettre de y55 au pape Etienne III. II ne precha pas. II ne convertit pas les Prisons a la foi du Christ. Mais cette race demeura paienne jusqu'a ce que le venerable pontife romain, Sergius (687-701), eut envoye le serviteur de Dieu Willibrord, eveque, pour precher a la dite nation (2).
Apres ce premier essai d'evangelisation venu de Cologne, il faut mentionner immediatement saint Amand et saint
Eloi. Pour parler d'abord du dernier de ces eveques, on peut admettrele temoignage de sa biographic, d'apres lequel il repandit la doctrine du Christ chez les habitants de la Flandre, les Anversois et les Prisons (3). Eloi occupa la chaire episcopale de Noyon, de 641 a 660. Bien avant la premiere de ces dates, Amand travaillait en Flandre (4), et son apostolat dans le pagus de Gand dut le mettre, ainsi que nous le dirons bientot, en relation avec des Prisons. Ce n'est cependant qu'apres avoir abandonne le siege de Maestricht, done vers 65o, qu'il nous est represente par 1'auteur anonyme de sa Vita, comme s'etablissant non loin d' An vers.
(1) M. LEVISON, dans SRM, t. VII, p. 81.
(2) Boniface au pape Etienne III, MGH, Epistohe inerov. et Karolini aevi, t. I, p. 3g5-3g6.
(3) Vita Eligii, II, 3. Cfr c. 8 (SRM, t. IV, p. 696 et 700).
(4) Voir plus haut. p. ia5 s.
ig8 SAINT AMAND
Les predecesseurs immediats de saint Willibrord furent des Anglo-Saxons. Wilfrid, eveque d'York, chasse de son siege en 678, partit pour Rome; mais, afin d'eviter certaines hostilites en Gaule, il debarqua en Frise, qu'il fat ainsi amene a evangeliser. II y travailla, un hiver, protege par le roi Aldgislus et, nous assure-t-on, avec tres grand succes. Apres avoir quitte ce dernier pays, il ne le perdit pas de vue. Ainsi, lors de son troisieme voyage a Rome, en 704, il fit encore escale en Frise pour y passer quelque temps aupres de 1'archeveque d' Utrecht, alors en pleine activite apostolique (i).
Egbert, anglais lui aussi, mais forme dans un monastere irlandais, quitta 1'Irlande, en 686 ou 687, afin d' evangeliser les Prisons, les Danois et les Saxons. Des visions et une tempete I'empecherent de realiser son pieux dessein. Un de ses disciples, Wicbert, partit sans lui, mais n'eut que peu de succes pendant les deux annees qu'il passa en Frise. Le roi Radbod redoutait la domination etrangere et son peuple restait farouchement attache aux dieux de la nation (2).
Apres avoir situe de la sorte saint Amand parmi les evangelisateurs de la Frise, voyons s'il merite veritablement de figurer dans cette galerie de heros.
Son sejour dans le pagus de Gand, disions-nous plus haut, le mit deja en contact avec les peuplades frisonnes. Voici le fondement de cette affirmation, qui depasse la simple conjecture.
D'apres M. le CHANOINE WARICHEZ, les plus anciennes frontieres du diocese d'Utrecht, au Sud partaient vraisemblablement de 1'Escaut, en aval d'Anvers, suivaient le Moervaart et le Torrent des Chdtelains ou Burggrcwenstroom, se dirigeaient de la sur le territoire de Bruges et la mer du Nord, suivant un des nombreux canaux naturels dont
(1) SRM, t. Vf, p. i63-i83, t. VII., p. Si-83 ; HAUCK, KirchengescJiichfe DeutsMands, t. I, p. 402-403.
(2) HAUCK, op. cit., 1. 1, p. 403-404.