‹ Saint Amand [microform]Chapitre 71 sur 136 · II. EInone du vivant de saint Amand · texte numérisé non relu

II. EInone du vivant de saint Amand

L'abbaye d'Elnone existait deja sous Dagobert (~\~63g)(i). Mais, tandis que le saint dut y resider tres irregulierement pendant ses annees d'activite fievreuse, il semble 1'avoir quittee plus rarement et avec plus de peine dans la derniere periode de sa vie. Son testament sera redige, en 674-675, en ce lieu appele EInone , dans lequel Dieu a daigne nous conduire et ou nous avons bati un monastere sur un terrain obtenu de la largesse royale (2).

Sa biographie precise : c'est apres la mission chez les Vascons, qu'il se retire a EInone. II revint dans le royaume franc, y lisons-nous, et se choisit un endroit convenable pour la predication ; avec les freres qui avaient supporte beaucoup de soufifrances pour le nom du Christ a travers des pays varies, il se mit a y batir un monastere (3). Ce

(1) Cfr supra, p. 118-119.

(2) SRM, t. V, p. 484.

(3) VAS c. 22, SRM, t. V, p. 44 5.

texte nous marque assez qu'il ne peut etre question d'une retraite complete. L'apotre continue a precher ; il continue meme a voyager ; en effet, 1'ancienne biographic nous le montre encore une fois dans le Sud de la Gaule, en Aquitaine, et une fois egalement a Beauvais. Mais, comme nous 1'avons dit, il renonce aux grandes expeditions. II croit que saint Martin a sumsamment exauce sa priere par laquelle il avait demande de passer tout le cours de sa vie en peregrination (i). II s'occupe davantage d'Elnone. Peut-etre, comme le raconte sa biographic, batit-il alors le monastere proprement dit.

Car, au debut, les moines durent, vraisemblablement, se contenter d'un logement fort rudimentaire. Des restes d'anciennes constructions romaiiies, villas, thermes et autres edifices ; des excavations naturelles ou artificielles ; parfois meme de simples cellules en branchages ou en troncs d'arbres equarris : telles sont, en general, ecrit DOM LECLERCQ (2), les premieres habitations des moines. Et pour les monasteres qui n'en sont pas a leur toute premiere origine, la description de Lindisfarne par Bede pourrait sans doute etre appliquee a pen pres a beaucoup d'autres abbayes de la meme epoque : L'enceinte du monastere est a peu pres circulaire, d'un diametre de quatre ou cinq perches. Le mur de cette enceinte s'eleve a 1'exterieur un peu au dessus de la taille d'un homme ; mais le Saint (Cuthbert) le fit descendre beaucoup plus bas a 1'interieur, afin d'ecarter tout danger de tentation, en ne laissant aux'pieux habitants d'echappee de vue que sur le ciel. Ce mur n'etait pas fait de pierres taillees ou de briques reunies par du ciment, mais de pierres non degrossies et de mottes de gazon prises dans le sol qxi'on creusa profondement a 1'interieur. Quelques pierres de 1'enceinte etaient de telle

(1) Cfr supra, p. 89.

(2) Article : Gallicaiie (Eglise) dans le Diciionnaive d'arclieologie et de Uiurgie, fasc. LVI, LVII (1924), colonnes 424-425. Dans le meme sens, BESSE, Les moines de 1'ancienne France, p. 3i3 ss.

dimension, que quatre homines auraient pu a peine les lever. L'enceinte contenait cleux batiments. L'un devait servir d'oratoire, 1'autre etait destine aux usages de la vie commune. Les murs de ces deux batiments etaient iaits, comme celui de 1'enceinte, de pierres ct de terre enlevees au sol, et les toits, de pieces de bois non faconnees et d'herbes seches .

Pour ces annees heureuses, les dernieres de la vie du vieux missionnaire, son biographe ne raconte qu'une anecdote. Le prieur du monastere s'appelait alors Chrodebaldus (i). Comme celui-ci ne se trouvait pas a 1' abb aye, le Saint lui fit dire, un jour, de louer quelques chariots qui transporteraient a Elnone le vin necessaire aux moin.es. Chrodebaldus, n'ayant pas de chariots a sa disposition, se mit en route pour rejoindre le monastere et s'expliquer avec son superieur. Or, la vengeance de Dieu 1'atteignit pendant son voyage. La paralysie 1'empecha de faire un pas de plus. Ses freres le coucherent dans une barque, pour le ramener a Elnone. Lui, ne cessait cle battre sa coulpe, de reconnaitre la justice du chatiment divin. Le soir, apres vepres, on vint raconter au Saint, qui s'etait dej a retire pour prendre son repos, 1'aventure de son prieur. II sourit legerement et repondit : Chrodebaldus courra encore de plus graves dangers, car il s'abandonne vraiment trop a la jactance et a la desobeissance. II fit alors appeler un pretre et lui demanda de porter au malade une coupe de vin avec un peu de pain . Tu lui diras de ma part, ajouta-t-il, que, quand, demain, j'irai le voir, il doit venir a ma rencontre et ne peut me recevoir dans son lit. A peine avait-il recu ce message, accompagne de la benediction abbatiale, le moine desobeissant se trouva gueri. Le lendemain, il s'avanca au devant du Saint et lui aclressa la parole. Naturellement le superieur,' en presence de tous les freres, 1'exhorta a

(i) Sur le prieur ou prevot cles monasteres. cfr BESSH, op. cit., p.

s'amender et a observer avec plus de ponctualite le devoir de 1'obeissance (i).

En vertu de 1'immunite, accordee au monastere parDagobert et confirmee par ses successeurs, il etait interdit aux oiiiciers royaux, par exemple au comte, de penetrer dans le domaine d'Elnone, d'y prendre gite, d'} r percevoir des redevances on des impots, d'y rendre la justice. L'abbaye dependait directement du roi.

Nous possedons quelques renseignements sur les eglises d'Elnone du temps de saint Am and.

En eliet, comme 1'ecrit DOM BESSE (2), rares sont alors les monasteres qui ne possedeiit qu'une eglise. On les multiplie, a cette epoque, avec une certaine prodigalitc, moins pour les besoins du culte que pour 1'honneur des Saints auxquels elles sont dediees . Ainsi, on comptait, a l'abba}'e de Saint-Wandrille, j usque trois basiliques et un oratoire, consacres respectivement a saint Pierre, a saint Paul, a saint Laurent et a saint Pancrace (3).

La premiere eglise d'Elnone existait avant la construction du monastere et sans doute meme avant 1'arrivee de saint Amand dans ces parages. Elle etait dediee a saint Martin. Alcuin (1804) a compose, pour elle, une inscription metrique d'ou Ton peut tirer quelques details historiques. En voici les principaux passages :

Martiuus meritis Domini condigmis ainore,

Qui sibi sacratam lianc rcgit ecclesiam...

Haec dornus alma Deo prima est fun 'data tonanti,

Ante alia et sacri septa monasterii.

Crevit honor horum, domino donante, locorum,

Et maior domino est aedificata domus,

Dnm sanctus praesnl hie inJiabitavit Amandus,

Crevit honor pair is, crevit et iste locus (4).

(1) C. 25, SRM. t. V, p. 448.

(2) Op. cii., p. 324-325.

(3) VACAXDARD, Vie de Saint Ouen, p. 167 et 171.

(4) MGH, Poeiae, t. I. p. 3o;. Cfr L.-C. BETHMAXX, MGH, SS, t. XI, p. 409.

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L'eglise Saint-Martin, batie sur la rive droite de la vieille Scarpe, relevait du diocese d'Arras ; pour elle, 1'abbaye, construite sur la rive gauche, etait comprise dans le diocese de Tournai-Noyon. Mais un catalogue des abbes de Saint- Amand, compose au xm e siecle (i), nous rapporte que Gislebert, devenu eveque de Tournai-Noyon, apres avoir ete abbe d'Elnone (2), acquit par echange les droits paroissiaux sur 1'eglise Saint-Martin. L'existence d'une eglise a Elnone, dans le premier tiers du vn e siecle, prouve que le christianisme etait deja repandu dans cette contree avant 1'apostolat de saint Amand. Cela, d'ailleurs, ne surprendra personne.

Au xn e siecle, Philippe de I'Aumone affirme que saint Amand construisit deux eglises dans le monastere : celle de Saint-Pierre d'abord, puis, plus tard, quand 1'abbaye eut pris quelque developpement, celle de Saint-Andre. Le Saint passa ses derniers moments dans la seconde. In oratorio B. Andreae... ante altar e beatae Virginis (3). Ces attestations d'un auteur du xn e siecle n'ont pas ete assez remarquees. Elle paraissent cependant exactes.

En consacrant la principale eglise du monastere au prince des apotres, saint Amand suivait sa ligne de conduite ordinaire. Milon nous parle d'elle et nous affirme meme que le Saint y fat enterre avant d'etre transporter ailleurs, comme nous 1'indiquerons plus loin (4). L'eglise Saint- Pierre d'El-

(1) MGH, SS, t. XIII, p. 86, n. 16. Cfr. KRUSCH dans SRM, t. V, p. 3g6 et WARICHEZ, dans Collaiiones dioecesis Tornacensis, 1924, t. XIX, p. 68.

(2) Cfr supra, p. 28 et 29.

(3) VA 3 , c. 64 et c. 72, AA. SS., Februarii t. I, p. 870-872. Dans un manuscrit d'Elnone, du xi e siecle, conserve a la Bibliotheque publique de Valenciennes, n. 169, fol. IV, se lisent les vers suivants (Versus in gradn marmoreo ante altars S. Andres apostoli) :

Sanctus Amandus in hac hera de carne triumphans, Atque malum superans preciosa morte quievit.

(4) VA, c. VI, SRM, t. V, p. 472.

ET LA VIE MONASTIOUE 2IQ

none, est mentionnee aussi par Alcuin, dans une inscription plus courte que celle qu'il destinait a Saint-Martin.

Petrus apostolicus princeps. . .

Cuius honor e sacro praesens haec aula dicata est (i).

Pour 1'eglise Saint-Andre, elle n'est pas signalee par Milon, mais par le sacramentaire d'Elnone, datant du ix e siecle, et qui est conserve a Stockholm.

CXLIII Oratio in basilica sancti Andrte.

CXLIIII Oratio in ecclesia sancti Petri (2).

Elle par ait aussi visee dans une inscription d' Alcuin, qui a pris rang au milieu des pieces composees par le grand poete en faveur d'Elnone, entre les deux inscriptions en partie transcrites plus haut.

Primus apostolicos Christum qui agnoverat inter Andreas, fratrem convocat atque suum, Ista suis meritis iam tecta sacrata tuetur Ut procnl effiigiat Jiostis ab aede sua (3).

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