‹ Saint Amand [microform]Chapitre 72 sur 136 · III. Les abbayes gantoises · texte numérisé non relu

III. Les abbayes gantoises

A Gand s'elevaient jadis deux tres anciennes abbayes, 1'une au confluent de 1'Escaut et la Lys, Saint-Bavon, 1'autre, un peu plus au Sud, sur la rive gauche de 1'Escaut, Saint- Pierre-du-Mont-Blandin. Toutes deux s'etaient trouvees d'abord sous le patronage du prince des Apotres. La seconde subsista jusqu'a la Revolution francaise ; il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines bien connues. La premiere fut changee, des i5^.o, en une citadelle^que Charles- Quint jugeait necessaire pour mater les Gantois (4).

(1) MGH, Poetae, t. !, p. 807.

(2) L. DELISLE, Memoire sur d'ancicns sacrameniaires, p. no.

(3) MGH, Poeiae, t. I, p. 807. M. KRUSCH, SRM, t. V, p. 3g6 et 400, ne parle pas de cette eglise. Voir, au contraire, MABILLON, Ada sanctorum ordinis S. Benedicii, t. IV, p. 65 ; BETHMANN, dans MGH, SS, t. IX, p. 409 ; DESILVE, De scliola Elnonensi, p. 5.

(4) CH. DE SMEDT, Commentarius firaevius in vilam S. Florlerii, dans AA. SS., Novemlris t. I, p. 356.

Les origines de ces deux monasteres sont fort controversies. Les textes utilisables manquant de clarte, les Bavoniens, d'une part, les Blandiniens, de 1'autre, dans leurs intcrminables querelles, s'appliquerent a les interpreter en leur faveur. Us allerent malheureusement beaucoup plus loin, jusqu'a forger de toute piece des actes diplomatiques, en particulier des bulles pontificales. Laquelle des deux abbayes avait-elle ete fondee la premiere par saint Amand ? A laquelle celui-ci avait-il donne Florbert pour abbe ? Telle etait la grande question. Nous renoncons a traiter ici ce probleme critique qui a fait 1'objet de la dissertation remarquable d'un savant allemand (i). Son examen ne nous conduirait d'ailleurs a aucun resultat, au point de vue qui nous occupe.

Passons rapidement en revue, d'apres leur ordre chronologique, les principaux temoignages sur la fondation des deux abbayes, anterieurs a 1'epoque des grandes falsifications, c'est-a-dire aux x e et xi e siecles.

Dans un passage cite deja plus d'une fois, la premiere biographic de saint Amand atteste que celui-ci, ay ant reussi a convertir les Gantois, construisit dans leur pagns des monasteres ou des eglises , a la place des temples pa'iens detruits (2).

Alcuin composa, a 1'intention d'une egltse inconnue, deux vers dans lesquels, pour la premiere ibis, se lit le nom de saint Bavon :

Haec loca sanctificet venerandns Bavo sacerdos Discipnlus vita patris condignns Amandi (3).

Au ix c siecle, tandis que plusieurs mart3Tologes le mentionnent (4), une biographic lui est consacree. Elle recourt

(1) O. HoLni^K-EGGKR. Zu den Heih'ffeiigescJifcJifcii des Gciiicr Si-Bavos Klosfer.

(2) VA^, c. i5, SR\L t. V. p. 439. Cfr supra, p. i3i.

(3) MGH, Poehu, t. I. p. 333.

(4) KRUSCH dans SRM, t. IV, p. 529. Cfr VAX DHR ESSEX. Etude critique, p. 35i. n. 7.

a la tradition orale et date vraisemblablement de 1'abbatiat d'Eginhard, abbe des deux monasteres gantois et historien de Charlemagne (i). L'auteur anonyme s'est servi de la premiere Vie de saint Amand, par exemple, pour decrire le paganisme a Gand (2). Son ceuvre est longue, peu attrayante et ne contient sur Bavon qu'un petit nombre de details precis. Encore est-il souvent fort difficile de juger de leur caractere historique.

Allowinus (3), nomme vulgairement Bavon, serait ne de race noble en Hesbaye. II epousa la lille d'un comte, Adilio, et il en eat lui-meme tine fille, Agglethrudis (4).

De moeurs dissolues, pendant sa jeunesse. il se rangea, dans la suite ; niais sa femme ne profita pas longtemps de cet heureux changement et fut rappelee a Dieu.

Decide a ne pas se remarier, Bavon s'en alia trouver saint Amand et lui fit 1'aveu de ses fautes. Amand lui repondit par un beau sermon, tel qu'on en tient d'ordinaire en de semblables circonstances. Bavon touche, se decida a renoncer a ses biens. Plus tard encore, il retourna aupres de son pere en Dieu. Celui-ci residait alors au castrwn qui a pour nom Gand , y avait edifie une basilique en 1'hoiineur de saint Pierre (5) et y avait joint un monastere pour des clercs ; lisez : pour des moines (6). C'est dans cette

(1) VAN DKR ESSKX, op. cit., p. 35i-355.

(2) Vita Bavonis, c. 4, SRM, t. IV, p. 53/. Cfr J. DEMARTEAU, Saint Bavon et son premier biographe, dans le Bulletin de la SooieleffartetffJiistoire an diocese de Liege, t. XIII, i, p. 121-122.

(3) Un poete de la fin chi x c siecle interprete ainsi ce nom : Allo- \vintis, id est cunctorum earns (VAN HER ESSKN. op. cit., p. 356).

(4.) Nous resumons la Vita, Bavonis i a . SRM. t. IV, p. 535-546.

(5) Pour HOLUER-EGGER, op. cit.. p. 635, n. 6, il ii'est pas douteux que, par cette eglise, la Vita Bavonis vent indiquer 1'eglise du monastere appele plus tard Saint-Bavon.

(6) Au vn e siecle, il n'existait pas de monasteres de clercs. L'auteur decrit ici la situation telle qu'elle existait de son temps, sous 1'abbe Eginhard, qui, devenu abbe-lai'que des deux abbayes gantoises, les reorganisa et y installa des clercs, c'est-a-dire des chanoines reguliers. Cfr VAN DER ESSEN, op. cit., p. 35a. KRUSCII. SRM. t. IV, p. 528.

fondatioii nouvelle que le convert! recut la tonsure des mains du venerable pontife >> .

Bavon suivit d'abord le missionnaire qui continuait ses vo} r ages apostoliques. Mais il s'attardait surtout dans les monasteres, afin de sV edifier et de s'y instruire des coutumes de la vie religieuse. Rentre a Gand, Allowinus demanda a 1'abbe Florbert (i), que saint Amand avait constitue comme chef du troupeau des moines, une cellule pour y prier. L'abbe, apres avoir, conformement a la regie de saint Benoit, pris 1'avis de sa communaute, acceda au desir du penitent. Les freres du monastere lui construisirent, pres du chevet de 1'eglise, un abri dans lequel il put mener la vie eremitique. II s'y livra a de tres grandes austerites. L'une des principales etait de se charger d'une pierre enorme pour assister aux offices. Les demons ne purent naturellement supporter un tel exercice. Us lui rendirent sa cellule inhabitable et firent passer devant son esprit d'horribles imaginations.

Bavon ne resta pas tout a fait trois annees dans cette reclusion. Sentant sa fin approcher, il fit chercher, dans le monastere de Thourout, un bon pretre, iiomme Domlinus, qui, malgre la longueur et la difficulte du voyage, par un pays convert de forets, put encore arriver a temps. Bavon lui recommanda ses fimerailles et puis s'endormit dans le Seigneur, le I octobre. >S''il est permis d'ajouter foi au temoignage de ce biographe du ix c siecle, d'apres lequel sainte Gertrude etait encore en vie lors du deces de Bavon, celui-ci serait mort avant 65g (2).

Entre 845 et 855, Milon, dans son Carmen de sancto Amando, utilise deja la biographic que nous venons de resumer. II consacre une trentaine de vers a Bavon, mais sans toucher mot des deux abbayes de Gand (3). Plus tard, quand il ecrit la Snppletio Milonis, il cite parmi les

(1) Voir plus haut p. 220.

(2) Annee de la inort de sainte Gertrude, cfr SRM, t. II, p. 448.

(3) CA, 1. II, v. 35i-3S4 ; Poctae, t. III. p. 586-587.

fondations de saint Amand, le monastere qui s'appelle Blandigmr, situe dans le castrum de Gand (i). II ne parle pas de 1'autre.

En face de ces textes, les auteurs du xx e siecle se trouvent aussi embarrasses que ceux du x e . Us n'ont heureusement pas les memes raisons qu'eux de les torturer.

L'opinion qui rencontre aujourd'hui le plus de faveur, attribue la priorite a la fondation de 1'abbaye de Blandigny. Florbert en aura ete le premier abbe. Mais son autorite s'etendit peut-etre a la seconde abbaye, quand celle-ci eut ete fondee. On a fait remarquer, avec beaucoup de raison, que, a cette epoque, des abbayes s'elevaient parfois presque simultanement 1'une a cote de 1'autre ; ainsi a Stavelot et Malmedy (2).

d) VA 2 , I, SRM, t. V, p. 400.

(2) Voir A. DE VLAMINCK, Etude sur les origines de la ville de Gand, p. 04 ss. , dans les Memoir es couronnes et autves memoir zs d& I'Academie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-arts de Belgique, 1891, t. XLV ; WARICHEZ, Les origines de I'eglise de Tournai, p. iSa-iSS ; KRUSCH, dans SRM, t. IV, p. 52g ; VAN DER ESSEN, op. cit., p. 35o, n. 5. D'apres la biographic de saint Amand par Philippe de 1'Aumone, c. 3o (AA. SS., Februarii t. I, p. 863), une eglise fut batie d'abord en I'honneur des saints Pierre et Paul. Une autre fut construite, dans la suite, a Blandigny et Amand y constitua des clercs, avec Florbert pour abbe. Saint Bavon y mena la vie de reclus. Sauf la mention des chanoines, il est tres possible que les choses se soient passees dc la sorte. Philippe parait ici bien informe et salt que 1'ejjlise qui, dans la suite, prit le nom de saint Bavon, fut d'abord consacree a saint Pierre. Un fragment du x e siecle, conserve dans le Liber traditionum S. Pdri Blandiniensis, enumere des donations faites a Blandigny, du temps de saint Amand et de 1'abbe Florbert. Clovis II, en 63g le texte porte 65g aurait confirme 1'une de ces donations. Ce diplome, que nous n'avons plus, etait-il authentique ? (Liber traditiomim S. Petri Blandiniensis, publie par A. FAYEN, p. 47. Cartulaire de la ville de Gand, 2 e serie, Chartes et documents, t. I. Gand, 1906). Cfr KRUSCH, SRM, t. IV, p. 027.

Page 1