IV. Trois autres fondations de saint Amand
dans 1'ancienne Belgique :
Marchienne, Leuze et Renaix
En dehors d'Elnoneet de Saint-Pierre-du-Mont-Blandin, Milon attribue encore a saint Amand la fondation de quatre monasteres, trois au Nord, Marchienne, Leuze et Renaix, un, plus au Sud, dans le departement actuel de 1'Aisne (i).
Ce temoignage, bien que posterieur a 855, parait serieux. Milon a voulu preciser 1'ancienne biographic qui, a diverses reprises, parle de monasteres fondes par le Saint, inais sans les nommer. II a su resister a la tentation de dresser une longue liste et s'est contente de citer ceux que, de son temps, on attribuait d'une maniere general e au missionnaire aquitain. Pour deux des abbayes, sur six qu'il enumere, a savoir pour Elnone et pour Barisis-au-Bois, nous avons la preuve de 1'exactitude de ses renseignements.
Lemonastere de Marchienne etait situe dansl'Ostrevant, sur la Scarpe, a trois lieues environ. d'Elnone, en remontant ce cours d'eau, et de Douai, en le descendant. Comme a Elnone, la region environnante etait marecageuse. Le Nord etait convert par une grande foret, dont le bois, tres apprecie, servait pour toutes sortes d'usages . DCS deux cotes de la Scarpe, s'etendaient de larges paturages (2).
La fondation de Marchienne se trouve narree dans la vie de sainte Rictrude, par Hucbald de Saint-Amand. II a deja ete question plus haut de cette piece hagiographique, ecrite par un homme consciencieux, mais sans documents qui se rapportassent directement a son sujet. II utilise surtout les souvenirs de la communaute de Marchienne, laquelle pretendait avoir retenu certains faits consignes
(1) VAs, c. i, SRM, t. V, p. 450-401.
(2) Extraits d'une his-toire els Marchienne. coraposee entve 1199 et 1202. et s'arrctiini avec iY-puque iJieruvir.^icniic. publics i^ar E.. SAC;;UK, dans le I\ r cues Arclriv. 1890. t. XV. p. 455. Voir iuideni. p. 447 ss., la dissertation de ce savant sur 1'auteur de cette chronique. sans doute Andre de Marchiennc.
dans les sources detruites par les Normands, en 887 (i). II ne faut done se servir qu'avec beaucoup de reserve de cette biographic.
D'apres le recit d'Hucbald, Rictrude serait nee de parents nobles, d'origine gasconne, Ernoldus et Lichia. Au xn e siecle, Ernoldus fut identifie avec Ernaud de Gironde, dont il est question dans la geste francaise de Guillaume d'Aquitaine (2).
La jeune fille epousa un franc, Adalbaldus, et en eut quatre enfants : un fils, saint Mauronte, plus tard abbe de Bruel-sur-Lys, et trois filles : Clotsinde, qui succeda a sa mere comme abbesse de Marchienne ; sainte Eusebie, future abbesse de Hamaye ; et enfin Adalsinde. Saint Amand, parrain de la premiere, prit un soin tout special de sa formation spirituelle (3).
Adalbaldus, proprietaire a la fois dans 1'Ostrevant et dans la Gascogne, s'etant rendu en ce dernier pays, fut assassine en route. Sur le conseil de saint Amand, Rictrude se decida a renoncer au monde. Un jour, dans un grand banquet auquel elle avait convie un roi des Francs, elle lui demanda 1'autorisation de suivre son attrait pour la vie religieuse. Puis, a la stupefaction generale, elle se couvrit la tete du voile qu'avait beni pour elle le pontife saint Amand. Le roi, irrite, quitta la salle du festin (4).
Apres avoir regie 1'emploi de ses biens, la veuve, suivant toujours le conseil de saint Amand, se retira a Marchienne, monastere qu'il avait construit sur la Scarpe, et auquel il avait d'abord prepare pour abbe son disciple, saint Jonas, dont le corps repose dans le dit monastere (5). On n'y
(1) Cfr supra, p. 145.
(2) Vita Rictntdis, c. 5, dans les AA. SS. Belgii, t. IV, p. 490 et VAN DKR ESSEX, Etude critique, p. 260, n. 2.
(3) Vita Rictrudis, c. 9 et 10, Ibidem, p. 492-493.
(4) Ibidem, c. 11-14, Ibidem, p. 493-496.
(5) Sur Jonas de Marchienne, cfr VAN DER ESSEN, Etude critique, p. 270-273. Get auteur expose les raisons pour lesquelles, contrairement a 1'avis de DESILVE et de MALNORY, il n'identifie pas Jonas de Mar-
avait d'abord admis que des moines; mais, dans la suite, Jonas leur adjoignit des moniales. Tel fut 1'asile sacre dans lequel Rictrude, apres avoir enfin obtenu 1'autorisation du roi, s'enferma avec ses trois filles (i). Nous aurons a parler plus tard de celles-ci et de leur pere, Mauronte.
Andre de Marchienne rapporte quel'eglise fut consacree par saint Amand et par saint Aubert, eveque de Cambrai, en 1'honneur des saints Pierre et Paul, le 6 des kalendes de novembre (2). Les renseignements relatifs a la date de cette ceremonie et au patron de 1'eglise sont, selon toute vraisemblance, exacts. Quant a la participation de saint Amand et de saint Aubert a la consecration, elle se comprendrait fort aisement et elle ne rencontre aucune objection d'ordre chronologique. Aubert est mentionne comme eveque de Cambrai, de 645 environ a 667 (3).
On a essaye de determiner 1'annee de la fondation de Marchienne. La plupart des auteurs la fixent aux environs de 648. Mais ces precisions ne reposent pas sur des donnees bien sures (4).
Au temps d'Hucbald, le monastere etait certainement mixte. L'auteur de la Vita Rictrudis a entrepris son travail, a la demande des clercs et des moniales de la congregation de la bienheureuse Rictrude (5). II semble bien que
chienne avec Jonas de Bobbie, compagnon de saint Amand a Elnone, vers 640. Nous sommes pleinement d'accord avec lui.
(1) Vita Rictrudis, c. i5-ig, AA. SS. Belgii, t. I\". p. 4.96-498.
(2) SACKUR, dans le Neucs Avchiv, t. XV. p. 456. Voir J, BUXKLI.M:.S. s. j. , Gallo-Flandria sacra ei fir of ana. p. 334. Douai, 1620. Ce dernier autenr a consacre a la fondation de Marchienne une dissertation detaillee et bien conduite, pour 1'epoque ou il ecrivait. Cfr p. 333-357.
(3) Voir DUCHESNE, Pastes, t. Ill, p. no-ni ; VAN DER ESSEN, Etude critique, p. 273-276.
(4) Cfr Gallia Christiana, t. Ill, col. 3g3 ; LE GLAY, Cameracum Chrislianum, p. 2o3 ; BUZELINUS, op. cit., p. 334-336. D'apres une addition du xm e siecle aux annales de Marchienne (MGH, SS, t. XVI, p. 610), cette fondation remonterait jusqu'a 610.
(5) Cfr VAN DER ESSEN, Etude critique, p. 270-272. En 877, le roi Charles declare vouloir venir en aide sororibxis ac fratribus in coenobio sanctae Rictrudis degentibus .
ce dedoublement remonte, comme a Nivelles, jusqu'a 1'epoque de saint Amand (i).
Nous avons encore moins de renseignements sur la fondation des deux monasteres de Leuze et de Renaix. Leur importance est, d'ailleurs, moins grande. Us se trouvaient situes dans le pagus Bracbatensis et relevaient du diocese de Cambrai-Arras. Au Xi e siecle, on y rencontre des chanoines, mais il est impossible de savoir depuis combien de temps ils s'y trouvent (2). Ces details nous sont donnes par les Gesta pontificium Cameracensium, oeuvre d'un chanoine de Cambrai. Get auteur ajoute que les deux monasteres ont ete fondes par saint Amand, en 1'honneur des saints Pierre et Paul et qu'on y venere, a Renaix, les. reliques du martyr, saint Hermes, a Leuze, celles d'un abbe del'endroit, Badilon (3).