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V. Un monast&re de saint Amand dans 1'Aisne : Barisis

Barisis-au-Bois est aujourd'hui un village du departement de 1'Aisne, arrondissement de Laon, situe a 8 kilometres, vers le Sud, de Coucy-le-Chateau, dans une vallee etroite de la foret de Saint-Gobain. Get endroit est done loin de la Belgique actuelle, mais il appartenait a la Belgica secunda des Remains, comme les autres monasteres enumeres jusqu'ici. C'est de toutes les fondations monastiques de saint Amand celle dont nous connaissons le mieux les

(1) Voir encore LEVISON, dans SRM, t. VI, p. 91 et 92, et les etudes d'ensemble, a. consulter avec prudence, .de L. SPRIET, Mavchienne, son abbaye. Orchies, 1898 ; A. FAIDHERBE, Notice historique et critiqiie stir I'abbaye de Marcliienne, de 630-10-2.4, dans la Revue du Nord de la France. Lille, i856.

(2) Pour Leuze, voir DOM BERLIERE, dans le Monasticon lelge, p. 3n- 3i2. Pour Renaix, Gallia clirisiiana, t. V, col. 29.

(3) Gesta episcoporum Cameracensium (i e moitie du xi e siecle), II, 43 et 44, MGH, SS, t. VII, p. 464.

origines, grace a deux actes diplomatiques qui nous ont etc conserves (i).

Le premier emane du roi Childeric II. On salt qu'en 656, le maire du palais de Neustrie, Ebrom, parvint a s'imposer a 1'Austrasie et a la Bourgogne, tombees en anarchie. Cependant, il consentit, en 663, a donner, pour roi, a 1'Austrasie, Childeric II, avec un maire du palais nomme Wulfoald. Childeric II regnera egalement sur la Neustrie, de 673 a 6/5. Comme il n'avait encore que onze ans, en 663, la regence fut confiee a sa tante, Innechilde, la veuve du roi Sigebert III (t 656). Cette malheureuse princesse devait, dans la suite, connaitre bien des epreuves. Son fils, Dagobert II (t 679), sa fille, Blichilde, qui epousa le roi Childeric II, ce dernier lui-meme et enfin le fils ne de leur mariage, perirent assassines (2).

L'acte de Childeric II en faveur de saint Amand n'a pas ete souscrit par le roi, a cause de son age encore tendre , mais par la regente. II est adresse au comte Bertuin et a son vicaire (3), Bertelandus. II annonce a ces fonctionnaires que, pour le nom du Seigneur et 1'amour du ciel , les souverains ont remis a leur apostolique pere, Amand, 1'eveque, une villa, c'est-a-dire un domaine, appartenant jusqu'alors au fisc, avec toutes ses dependances, en terres, maisons, vignes, forets, pres, paturages et hommes nonlibres (mancipia). Cette largesse est faite au saint eveque pour ses moines ad opus monackorumsuorumv.Ama.nd obtient, notamment, dans cette villa, le droit d'y exiger des compositions ou amendes (freda exigendi) et d'y prendre gite partout (mansiones faciendi) (4).

(1) Le premier de ces actes se trouve dans MGH, Diplomats,, t. I, p. s5, et dans PARDESSUS, Diplomata, t. II, p. 118-119. Le second dans PARDESSUS, op. clt., t. II, p. i33-i34-

(2) LAVISSE, Histoiyg de France, t. II, i c partie, p. i65-i66 ; GUISE, Saint Sigisbert, voi d'Austmsie, p. 114 ss.

(3) Sur les vicaires, cfr WAITZ, Deutsclte Verfassuttgsgesckichte, t. II, 2, p. 41 ss.

(4) Cfr WAITZ. op. oil., t. II, 2. p. 2g5 ss. et 335 ss.

En 666, un autre document, emane, cette fois, d'Amand lui-meme, qui s'y intitule miserrimus ac peccator , est encore relatif a ce monastere. Apres les considerations pieuses et banales usitees dans ce genre d'actes, Amand declare que, pour le remede de son ame et la recompense de la vie eternelle , il a remis aux moines divers biens. Et d'abord, la villa de Barisis elle-meme, qu'il tenait de Ghilderic II et d'lnnechilde. Nous trouvons ici, dans les incidentes, certains details precieux. C'etait au lieu dit Faveroles qu'on avait commence a batir le monastere ; il avait re9U pour patrons principaux saint Pierre et saint Paul ; on y observait a la fois les regies de saint Benoit et de saint Colomban ; 1'abbe constitue par saint Amand portait le nom d'Andre. L'acte enumere encore quelques autres biens, situes dans le pagus laudunensis, et que saint Amand avait recus de diverses personnes, ainsi une vigne avec son vigneron et un manse de terre, au bas des murs de.la ville de Laon, donnes au Saint par un archidiacre. Ces deux actes nous presentent done quelques-uns des bienfaiteurs de saint Amand : un roi, qui continue la tradition de Dagobert et de Sigebert III ; un archidiacre de Laon ; trois inhistres mri, dont un due (i).

La seconde piece se termine, comme beaucoup de documents diplomatiques de 1'epoque, par des anathemes. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet. Elle est datee de Laon, le 18 des Kalendes de septembre' (i5 aout), la cinquieme annee du regne de Childeric, et a ete ecrite et souscrite, a la demande de saint Amand, par un diacre, Radebert. Puis, le vieil eveque a appose sa propre signature, en ces termes : Moi, Amand, pecheur, j'ai souscrit cette lettre faite par moi, et j'ai demande a d'autres de la souscrire . Viennent ensuite, en effet, les noms de divers personnages ecclesiastiques, en tete desquels on remarque 1'eveque de Laon, Attola (2).

(1) Cfr WAITZ, op. cit., t. II, i, p. 35g-36o.

(2) DUCHESNE, Pastes, t. III, p. i3g.

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