AGE DE LA PLUS ANCIENNE BIOGRAPHIE
Pour tacher de 1'etablir, il faudra rechercher de quand date la VA* et quel est son auteur. Travail des plus laborieux et qui, en outre, ne sera pas couronne d'un plein succes. On dirait que le biographe, de parti pris, dissimule sa personnalite et il n'a pas plus tot commence a s'inspirer d'un autre ecrivain, qu'il se sent deja tout honteux de para'itre a sa remorque.
A. Age des manuscrits et latin de la VA r .
Nous ne pouvons recourir au premier rnoyen de fixer 1'age de 1'ancienne biographie, a savoir par 1'age des manuscrits qui nous 1'ont conservee. Ceux-ci ont ete reunis, classes, decrits, avec la maitrise qui le distingue dans ce genre de travail, par M. Br. KRUSCH (i). Mais les plus anciens ne remontent qu'au ix e siecle, alors que les erudits ne depassent jamais les dernieres annees du vui e comme terme extreme assigne a la composition de la VA 1 .
L'examen de la langue pourra-t-il nous aider davantage?
Le latin de 1'ancienne biographie est le latin barbare anterieur a la renaissance carolingienne. Pour nous borner a quelques exemples, le nominatif et 1'accusatif remplacent parfois Pablatif absolu, 1'accusatif etl'ablatif sont employes 1'un a la place de 1'autre, le masculin se rencontre la ou grammaticalement il faudrait le feminin, les verbes passifs et actifs sont confondus et les deponents se conjuguent comme les actifs, etc. (2). Mais est-il besoin de rappeler que la renaissance carolingienne ne coincide pas avec 1'avenement des carolingiens ni meme avec celui de Charlemagne, et qu'elle s'est produite plus ou moins rapidement d'apres les endroits ? Une lecture meme superficielle des differentes Vitae editees dans les Scriptores rerum Merovingicarnm prouve que, jusqu'a la fin du vm e siecle, et plus tard encore, beaucoup d'auteurs transgressent les regies les plus elementaires de la grammaire. Alors ce n'est pas non plus le style de 1'ancienne biographie, qui nous permettra de choisir entre les opinions divergentes relativement a 1'age de la VA*.
B. Examen de certaines formules.
Quelques formules meritent de retenir notre attention. Au moins si elles sont veridiques, elles ne nous autorisent
(1) SRM, t. V, p. 411-423.
(2) SRM, t. V, p. 405 s. ; 420 ss.
pas a retarder jusqu'a 1'epoque carolingienne la composition de 1'ancienne biographic.
Transcrivons ces formules :
Au ch. 2, le biographe rapporte qu'a 1'ile d'Yeu, ou il se fit moine, le saint rencontra un jour \m serpent mirae magnitudinis, sicut hisdem vir Dei narrare cons^leverat. Et, plus bas, a propos du miracle qui suivit cette rencontre, il ecrit: ((Hoc initium signorum eius apud nos multorum fama volitante perlatum est .
Au ch. 14, au debut d'une histoire qu'il raconte, le biographe s'exprime ainsi :
Illud etiam operae praetium huic scedulae adnectendum putavimus, quod viro venerabili praesbj'tero, nomine Bono narrante, didicimus, qui testabatur se presens fuisse quando haec gesta res est .
II s'agit d'un fait qui doit se passer sous Dagobert (t 63g).
Au ch. 22, se servant d'une expression de la Vita Martini, X, 8, il affirme que plusieurs des compagnons d'apostolat d'Amand, sont devenus dans la suite abbes :
Atque ex eisdem fratribus plures postea abbates vel honorificos vidimus viros .
Le chapitre 24, relatant un fait de la fin de la vie d'Amand, debute ainsi :
Nee illud quoque praetereundum putavi, quod, presbytero quodam nomen Erchengisilo, venerabili atque fideli viro narrante, didici .
Au ch. 26, se rapprochant dans la forme des Dialogues de saint Gregoire le Grand, il ecrit :
Quantum ad nostras, fidelibus narrantibus viris, perlatum est aures, si omnia cupiam persequi, dies, ut opinor, antequam sermo cessabit .
D'autres fois, il rapporte des paroles du saint en ajoutant : irespondissefertur* (ch. 3), -dixissefertur (ch. 26) (i).
Aucun de ces passages, que nous supposons ici conformes a la verite, ne revele chez le biographe une connaissance personnelle de son heros. Le commencement du premier recit, celui du serpent, pourrait faire croire le
(i) SRM, t. V, p. 4 3 2 , 4 3S, 4+ 5, 447, 449.
contraire (sicut hisdem vir Dei narrare consueverat). Mais, a la fin du meme chapitre, nous apprenons que ce miracle est parvenu aux oreilles du biographe et de son entourage, multorum fama volitante.
Cependant certaines de ces formules denotent au moins un biographe assez proche de 1'epoque d'Amand. La tradition orale qui, comme nous le verrons, est la source unique discernable en son ceuvre et qui y reste le plus souvent indeterminee, se precise deux fois par 1'addition du nom de l'informateur. Dans le premier cas c'est Bonus. Or, Bonus a ete temoin oculaire d'un fait rapporte au regne de Dagobert I r (622-63g) (i). Ajoutons que 1'auteur de la VA 1 a connu plusieurs compagnoiis d'Amand dans les courses apostoliques de celui-ci, qui devinrent ensuite abbes ou honorifici viri. Ces formules ne peuvent aucunement avoir ete employees apres y5o.
A supposer toutefois qu'elles soient conformes a la verite... En effet, bien des hagiographes feignent d'avoir ete contemporains de tel saint ou de se servir de donnees fournies par des contemporains (2). Nous n'ajouterons done pleinement confiance a ces declarations que si d'autres indices nous permettent d'avancer l'age de la VA* jusqu'a 1'epoque merovingienne et de faire fond sur la sincerite de son auteur.
C. Sources. Emprunts faits par la VA 1 et a la VA 1 . Par sources (ecrites) nous entendons ici les pieces litteraires ou diplomatiques qui ont ou auraient, d'apres certains auteurs, fourni au biographe des renseignements sur saint Amand ou en general sur des faits racontes dans la VAi. Nous les distinguons des simples emprunts, c'est-a-dire des passages plus ou moins longs que 1'auteur a pris a d'autres ecrits, uniquement pour agrementer son style.
(1) Dans le second cas c'est Erchangesile. Mais sa presence a Ressons-sur-Matz (Oise), quand s'y produisit la guerison longuement racontee au ch. 24, n'est pas attestee formellement.
(2) Voir par exemple 1'etude de M. L. VAN DER ESSEN, Hucbald de Saint- Amand (c. 840-930), p.