LE TOMBEAU DE MARMOUSETTE
Il faut que ma triste musette^ O noble et divine catin I Soupire le cruel destin De votre pauvre Marmousette ; Il faut que sous ce vieux cyprès.
Qui fournit la Parque de traits, Je déplore sa fin étrange.
Et que le deuil en soit si beau, Que de la Seine jusqu'au Gange L'on puisse envier son tombeau.
Sus, venez donc en cette place.
Non les chiens vilains et hargneux, Mais bien les gentils épagneux *, Plaindre Thonneur de votre race ; Venez pousser autour de moi L'éclat d'un si funeste aboi, Que rimpiteuse * canicule.
Avec un long ressentiment.
PIÈCES VARléfiS l33
Pour hurler comme vous, s'accule Contre Tazur du firmament.
Qu'elle ne soit pas toute seule A vous répondre en cet ennui.
Mais qu'à même e£Pet aujourd'hui Cerbère ouvre sa triple fçueule.
Las ! ce noir portier des enfers.
Au col chargé d'horribles fers, A déjà vu là-bas son ombre.
Elle a déjà foulé le bord Où vont, dans cet empire sombre.
Les chiens heureux après la mort,
O trop lamentable aventure !
A peine six fois le croissant L'avait éclairée en naissant.
Qu'elle a trouvé sa sépulture ; Ses yeux si gais et si jolis.
Son corps qui faisait honte aux lys, Ses longues oreilles tannées.
Et la beauté de son maintien.
Contre les fieras destinées, A ses jours n'ont servi de rien.
Il est bien vrai que, quand on pense A la main qui fit son trépas, On y rencontre tant d^appas,
l34 SAINT- AMANT
Que son malheup 8*eii pëeompeiise ; Un coup de mail inopiné Fatalement lui fut donné Par sa chère maîtresse même ; Hé ! pouvaitHsIle périr mieux Que par oe miracle suprême.
De qui Tœil fait mourir les dieux !
Non^ non, ô la rMoe di»s chtrines i Sa gloire est sgns eompartison, Et c'est avec juste raifon, Que je veux t«pminar mei iarams ; Aussi bien» après la pitié Qu'en témoigne votre amitié, La mienne aurait mauvais grâfie.
Tais-toi donc, ma musette, îei.
Et dis seulement à voix basse Que je voudrais finiv ainsi.