‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 25 sur 46 · CAPRICE FRAGMENT · texte numérisé non relu

CAPRICE FRAGMENT

11 vous sied bien, monsieur Je Tibre, De faire ainsi tant de façon, Vous dans qui le moindre poisson A peine a le mouvement libre ; n vous sied bien de vous vanter D'avoir que quoi le disputer A tous les fleuves de la terre,

Vous qui, combla d« troi» mouliu^i N'oseriez défier en gueirci La rivière des Gobelins .

Vraiment, ce monstre qu'on habille D'oreilles, de langues et d'yeu;c, Cet oiseau qui vole en tous lieojc Et de tout à son gr^ babille, Le Renom, qui se patt d« vent.

M'en avait donné bien souyent, Chantant l'état de votre empira, Je vous tenais plus grand cen^ foL|, Et croyais qu'en vous un navire Ne fût qu'une coque de noix.

Je m'étais figuré le Gange Plus gueula qu'un rat aup«*4s de vous; Diamants m'étaient vos cailloux.

Et pur gravier d'or votre fange ; Le sucre empliss^t vos rpseaux, Le saumon brillait dans vos eaux Avec dea écailles de nacre, L'ambre se trouvait en voi bords.

Bt tout ce qu'à Flore on consacre Vous couronnait de sea trésors.

Vous aviez deux ooraes superbes»

Comme le mouton préoieiuc.

Dans un beau gHe spacieux Vous fouliez les plus molles herbes; Votre long poil était onde, Vous me sembliez accoucié Sur un vase de porcelaine, Et ce qui de son creux natal Sortait pour arroser la plaine Etait pour le moina de cristal.

Rien que Nymphes jeunes et belle»

N*en fendait l'agréable cours.

Sinon parfois quand les Amours S'y venaient baigner avec elles ; Votre gloire au ciel s'élevait, Amphitrite vous recevait Moins dans son sein que dans son àme ; Bref, imbu de maint faux plaisir»

Votre onde était toute ma flamme Et votre aspect tout mou désir,

Cependant rieu de plus sauvage Ne se montra jamais à moi.

Jamais mortel n'eut plus d'e£Broi Que m'en donna votre rivage, En venant à vous aborder, Je fus tout prêt de demander Où vous étiez, voire à vous»même i Je crus qu'au Ut> couché saus draps,

1 58 sainï-amant

Vestiges d^orgueîUeux trophées, Sous qui les sanglantes fureurs De tant de cruels empereurs Ne sont pas encor étouffées ; Murs démolis, arcs triomphaux.

Théâtres, cirques, échafauds.

Monuments dé pompes funestes.

Ma Muse à la fin du souper Fait un ragoût de tous vos restes, Qu'elle baille au Temps à friper.

C'est trop parler de choses mortes (i); Glion, prends des objets vivants.

Et fais voir aux âges suivants Quelle est la verve où tu t'emportes^ Ce cours vaut biea le ehapitrer ; Tu ne pouvais, mieux rentontrer Dans ton humeur de pesterie *, Ni faire plus digue Choix Pour dresser tîûe batterie De serbatanes * et de pois.

Que vois-je là dans ce carrosse?

Quoi, moine, vous venez ici ?

Eh quoi, vous saluez aussi

(i;Nous avons cofisidërablement abrégé tout ce qui concerne la Home antifpw.

iBg

Ces chiennes qu*îl faut que je rosse?

Ha 1 c'est trop, vous en sibnÈtt, Nous sommes tous scandalisés De vos œillades libertines.

Retirez-vous, Pères en Dieu *, Ni les vêpres ni les matines Ne se chantent point en tt Iteu.

Oh I que ces guenuches oeififéeg.

Avec leur poil lauve par art^ Leur taille de vache et leur fard, Sont à mes j«ux d'étranges fiées I Qu'après ce plat de Jaeohins Le sot garbe * de ces Zerbinà A ma rate donne de joie 1 Et qu'ils se font bien remarquer Ces faux galants en bas de soie Dessus des selltô à piquer * I

D'un : Serviteur 1 — Et moi le vôtre.

Qu'ils se dardent en grimaçant.

Ils semblent vouloir en passant

Jeter leur tête l'un à l'autre ;

Le bord flottant et rabattu

Du feutre mince et sans vertu

Qui couvre leur vaine cervelle.

Pour être ainsi qu'eux lâche et mou.

Ondoie au trot et bat de Taile

Comme un choucas qui prend son vol.

l6o SAINT-AMANT

Ferme, cocher, de peur du crime Qui provient d'incivilité 1 Nous devons toute humilité A la pourpre éminentissime.

quel régiment d'estafiers !

Que ces chevaux sont gais et fiers D'avoir des houppes cramoisies 1 Rome étincelle sous leurs pas^ Et devant eux les jalousies Font éclater tous leurs appas.

Maint trait d'œil glissant en fusée

De bas en haut est décoché^

Afin de couvrir un péché

Dont rhumeur noire est accusée;

Mais en vain par cette action

A Torde réputation

Veut-on apporter des remèdes.

Les sens par les sens sont trahis,

Et Ton sait que les Ganîmèdes

Supplantent ici les Laïs.

La preuve n'en est que trop claire, On a beau le dissimuler, L'efiFet ne cesse d'en parler Lorsque la bouche le veut taire I Même je puis dire à ce coup Qu'on ne s'en cache pas beaucoup

CAPRICES i6i

Du voisin ni de la voisine ; Tout y vise au sale guichet, Témoin la chaise Borghésine^ Qui prend les culs au trébuchet.

Que ces soutanes de Castille, Dans qui s'engoncent ces magots Plus mal bâtis que des fagots^ Bouffent d'une audace gentille I Qu'il fait bon voir ces ca{>elans * Trancher à pied des fiolants * Sous une gueuserie énorme^ Et qu'on dit bien à leur façon Que de LazarUle de Torme Us ont autrefois pris leçon.

Retournons à l'hôtellerie,

Ou dans l'enfer, pour dire mieux,

Enfer dont un ours grand et vieux

Est le Cerbère en sa furie;

Il est temps de se retirer.

Il est plutôt temps de pleurer.

Puisque la nuit est revenue :

Je crains et la table et le lit,

Et dans une horreur continue

Ma volupté s'ensevelit.

Moi qui me plais sur toute chose A brifer* bien et promptement.

l62 SAINT- AMANT

Moi qui suis daps mon élémmt Quand je siffle * ou quand je repose, Faut-il me yW ici réduit A n^avoir Hen, ni pru ni QvdU Que la menestre * et la salade, Et, qui pis est, que du vin noir Ou du vin jaune, doux et fade, Qui fait rechigner Tentonnoir 9

Faut-il après que, pour litière, A boyau vide et piteux train, Je m'en aille ronger mon ^in Dans un vrai grabat de l'hostière * 9 Les matelas en «ont pourris ; Maints grisons * secs et mal nourris M'y font la guerre à toute outrance ; J'en gronde comme un vieux limier :

Bref, je gite, en melon de France^ Sur une couche de fumier.

Quels tyrans de leurs propres ai^es.

Quels assez rudes champions, Y soutiendraient les scorpions, Les fiers cousins et les punaises ?

Qui pourrait s'y parer des maux Causés par certains animaux Qui font vraiment mourir de rirfi ?

Je meurs de peur en y pensaq^ ;

lôâ

Mais je ressuscite pour di^e Que Ton en guépit en dansant.

A tel chinfreneau * tel emplâtre, Si tôt que vous êtes mordu, Et qu'on voit qu'à gFoin poupfendu Vous riez en verrat qu'on ofeàtre.

On fait danger avecque vous, Des gens qui trépignent en fous Pour chasser ce tourment rjsiblç ; Si qu'à voir et remède et waU On dirait d'un sahat yisûble Où le diable donne le bçil.

Portière à bas, voici la grange Où le bon destin m'a hutte ; Bonsoir, patron, bonne santé 1 C'est-à-dire un chancre vous mange I Laquais, le souper est-il prêt 9 Apporte vite, tel qu'il est.

Soit cavial *, boutargue* ou sardBne 5 Courage, enfants, nous voilà bien l Donnons dessus à la sourdine :

Grand appétit n'épargne rien.

Ouais, l'hôte se met en dépense I Une fritate * d'œufs couvés.

Et d'huile puante abreuvés.

Se vient offrir à notre panse :

Un morceau de serpent rôti, De menthe et d*hyssope assorti, L'accompagne avec une rave ; Et barrette * sur le genouil *, Baptiste, d'un pas lent et grave, Fait marcher trois brins de fenouil.

Quels jolis racleursde guiterre * Entends-je passer là-dehors?

Sans mentir, voilà des accords A mener la musique en terre ; Aux lamentables hurlements.

Aux syncopes, aux roulements.

Dont leur gorge est si bien munie, Sauf rhonneur de G-re-sol-ut, Je me figure l'harmonie D'un concert de matous en rut.

Allons faire une promenade, Thyrsis, des cieux le favori, Et laissons ce charivari, Qui contrefait la sérénade; Nous verrons des plus haut hupés.

Travestis et mal équipés,

En tapinois gagner la poste ; Et rirons d'ouïr en voix d'ours.

Les rimeurs prompts à la riposte, Improviser aux 'carrefours.

CAPRICRS l65

Quant à des Lesbins* misérables, Nous n'en découvrirons que trop ; Ces marauds vont le grand galop A rhôpital des Incurables ; C'est du gibier à ladres verts.

On les voit marcher entr'ouverts, Sans qu'en rien leur jeu se pallie; crève- cœur, ô marisson * I Priape grefiFe en Italie Moins en fente qu'en écusson.

Nous rencontrerons quelque garce En équipage masculin.

Qui, suivant quelque prestolin *, Nous donnera sujet de farce ; Ils seront possible attrapés.

Faisant les chevaux échappés.

Par les sbires delà patrouille ; Et la jument et l'étalon Verront si c'est à la citrouille A vouloir faire le melon.

Nous ferons un tour chez la Grecque, Qui nous dira quelqu'un des siens; A son hôtel vont les Ruffiens, Comme les Turcs vont à la Mecque .

Nous passerons de mieux en mieux Chez la Dorothée aux beaux yeux.

l66 SAINT-AMANT

yui fut revendeuse de tripes, Et saurons, en jaugeant le maîd.

S'il est vrai que dessous ses nippes Elle en vende encore aujourd'hui.

De là, nous nous en irons boire (Ayant pris Nicandre en chemin) L'aigre * de cèdre * et le jasmin.

Où la fraîcheur est en sa gloire.

Ha 1 que dira le roi des pots Quand il entendra ces propos ?

Et moi, de même, que dirai-je?

Ma raison a bien un bandeau De suivre des plaisirs de neige Et d'aimer un breuvage d'eau.

Qu'y ferait-on? c'est la coutume, On est forcé de vivre ainsi ; Le plus saint s'y corrompt ici, Et tout s'y change en apostume.

Mais sortons, sans tant deviser; Si je voulais moraliser.

Je n'aurais pas besogne faite; Jamais Tobjet ne manquerait.

Et dans une si longue traite Pégase enfin se lasserait...

D'impertinentes simagrées Ils fardent la dévotion ;

CAPKIGB9 167

Par leur gauche înclination

Les bonnes mœurs sont dénigrées ;

Pourvu qu'un autel soit orné

De maint ex-voto griffonné.

Un saint leur en doit bien de reste;

Et cependant à ces tableaux

La piété la plus modeste

Rit sous cape et dit mots nouveaux.

Ils donnent tout aux apparences, Et l'amitié qui- règne entre eux N'est qu'un fantôme vain et creux Que l'on repaît de révérences ; Leur courtoisie à l'étranger Ne gît qu'en éclat mensonger De quelque grimace bouffbnne ; Et leurs discours, faits au compas Montrent qu'en la place Navonne Tous les charlatans ne sont pas*

L'assassin de glaive ou de balle Ici se loue à peu de frais ; Le boucon * traître en ses apprêts, S'y vend comme herbe en pleine halle Le jaque* de maille* fringant Avec la secrète et le gant Y sont haut étalés sans crime Le masque de fer s'y produit.

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Et Ton n'y pratique rescrime

Que pour quelque bon coup de nuit.

Toutefois, hors de leurs querelles.

Qui durent à Téternité, L'on y peut vivre en sûreté Et voir putains et maquerelles :

Car Tentretien chaste et bénin .

Du gentil sexe féminin Ne s'y permet en nulle sorte ; Et les hommes sots et jaloux.

Sous Tavertin * qui les transporte, Y sont autant de loups-garous.

D'un brayer * que Martel-en-tête De ses propres mains a forgé Leurs femmes ont le bas * chargé, De peur qu'il ne fasse la bête ; Au moins on sait qu'en la plupart Leurs maris usent de cet art.

Tant l'âpre soupçon les dévore; Mais ce fer, à deux fins servant, Les fait voir plus jaloux encore .

Du derrière q^e du devant.

En cette contrainte inhumaine Du pénil et du croupion.

Un pauvre chétif morpion

CAPRICES 169

Ne saurait respirer qu'à peine.

Toutes les raisons furetant.

Je ne m'étonne pas pourtant, Dônes* aux démarches si graves, Qu'en ces lieux, qui sont vos enfers.

Puisqu'on vous y tient comme esclaves On vous fasse porter des fers...

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