L'ALBION
GAPRIGB HÉHOI-COMIQUE FRAGMENT
Certes, ce peuple insulaire Est un étrange animal ; Mais, s'il m'a fait quelque mal, Il en aura le salaire :
Je le dépeindrai si bien Qu'il ne lui manquera rien Des pieds jusques à la tête, Et déjà ma main s'apprête A lui faire un nez de chien.
Non, je serais un vrai buffle, Commençant mon œuvre ainsi, D'honorer ce peuple-ci
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Des traits d'un si digne mufle :
Le dogue est pourvu d'appôs ; Il est jusques au trépas Doux et fidèle à son mattre ; Et le barbare, le traître, Montre assez qu'il ne Test pas.
Donnons-lui donc l'air farouche, En cette rébellion.
Non d'un généreux lion. Mais d'un cheval fort en bouche ; Qu'il ait un peu du pourceau ; Et, réclamant le rousseau * Qu'en Parnasse l'on adore> Pour en faire une hydre encore Ebranlons notre pinceau.
La sottise et l'arrogance Composant toutes ses mœurs.
Ses moins ineptes humeurs Sont pleines d'extravagance ; Sa fantaisie est sa loi.
Son cœur abhorre la foi Dont il a chéri le culte ; Il se plaît dans le tumulte.
Et fait la nique à son roi...
Cependant, encor il ose.
Sous ses destins avilis,
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Brailler qu'autrefois nos lys Ont fait homma^ à sa rose ; Le coq qui de toutes parts, Et hors et dans les remparts, Le fier lion épouvante.
Fit la poule, à ce qu'il chante, Devant ses trois léopards.
Ces sornettes me font rire.
Et j'y réponds en un mot :
Du temps du roi Guillemot Le cas était bon à dire ; Tout se pouvait dire alors :
La France, en d'âpres discors, Avait la France à combattre. Et soulevait pour s'abattre Ses membres contre son corps. , .
Une Jeanne, au gré du trône, D'un Jean la prise vengea, Sitôt qu'elle s'érigea De bergère en amazone ; Les milords furent rossés, Les chasseurs furent chassés, Et Henry, dans cette guerre, Comme un autre Jean-sans-terre, En paya les pots cassés.
Cette terrible poulette,
Pour Charles faisant le coq, Fît bien sentir en ce choc D'autres coups que de houlette ; Ses bras jeunes mais puissants, Ses bras toujours agissants Dans la belliqueuse presse Montrèrent bien leur adresse Contre les loups ravissants.
J'en dirais bien davantage, Traitant la matière à plein ; Mais le grave Chapelain Se l'est choisie en partage.
Son style laborieux, Ses vers grands et sérieux En font revivre la gloire.
Et nous rendent par l'histoire Doublement victorieux.
La pucelle magnanime
Y comble encor tout d'effroi.
Et sur un fier palefroi Encor du glaive s'escrime :
Elle y fend les bataillons,
Et, de tragiques bouillons Enflant son noble courage,
Y fait ce qu'un rude orage Fait aux trésors des sillons.
Sa main y lance la foudre Dont son œil forme l'éclair.
Son bel œil qui perce Tair Dans des nuages de poudre ; L'ire y devance ses pas ; Sa valeur et ses appas Y blessent le corps et l'âme, Et par le fer et la flamme Elle y donne le trépas.
D (1) n'a garde d'y répondre, Avec son sot baragouin ; Sa muse au front de sagouin* Se verrait bientôt confondre ; U est bien assez matois Pour juger que ce patois Bourru, vilain et frivole Est un oiseau qui ne vole Qu'aux environs de ses toits.
Il a néanmoins Taudace De vanter ses rimailleurs ; A son goût ils sont meilleurs ; Que Virgile ni qu'Horace.
Senèque aux prix d*un Janson * Pour la force et pour le son
(i) L'Anglais.
N*est qu'un poète iu^pide, Et le fameux Euripide N*a ni grâce ni façoft.
Bon Dieu I qu'elle impef tineuce I Qui la pourrait support ?
Cela ferait chevrota La plus sage contenante.
Anglois, d'opprobres aolrci^i Apollon t'apprête ici Une grêle de na^ardes.
Si jamais tu te hasardes A me reparler ainsi.
Notre admirable Corneille Et mon rare Colletet Mettront au jour un^motet Qui t'estrillera l'oreille ; Les chers L'Estoile et Bar^ Feront ensemble un haro Sur tes plates comédies.
Et cent autres voix hardies T'accoutreront çn zéro .
On n'a que faire d'enteadre Tes carmes * durs et glac^ :
C'est de l'anglois, c'est assez.
Ils seront réduits en cendre ;
Mais laissons là te^ s^\i\iQnx§y Laissons là tou9 (^ y^nt^urs, Dignes du même suplÎQ^, Et, rentrant dans notre Hçe, Bernons un peu tes acteurs.
Nos moindres joueurs de farces Valent tous ces histrions ; Par pitié nous en rions Entre des sots et des garces ; Ces Landores, ces benêts, Parlant en vrai sansonnets Qui ne savent ce qu*fls chantent, Les amoureux représentent Chapeaux entés sur bonnets.
Un roy pétune * en sa chaise Tandis qu'un bègue discourt ; L'un est borgne, l'autre est sourd Et n*a ni rabat ni fraise ; L'autre, atteint du mal de dents.
Etonne les regardants De sa joue enveloppée, Et l'autre fait la poupée.
Au gré des yeux impudents...
Quelquefois, pour intermède ; Leurs plats et maigres bouffons
Osent, dessous des chi£FoQS^ Jouer la pauvre Andromède ; Quelquefois, venus des cieux.
Ils dansent droits comme pieux Des moralités muettes, Où de sottes pirouettes Ils éblouissent les yeux.
Entrechats et caprioles * (Dieu sait combien à propos) Répondent d*un pied dispos Tant aux sistres qu'aux violes, El le roi des instruments, DiflFamé de tremblements Dont le cliquetis me tue, En rebec se prostitue A ses gofiFes * mouvements.
Tantôt Ton revoit au monde^ Faits comme des bandoliers *, Arthus et ses chevaliers, Gloire de la Table-Ronde ; Tantôt Tantique Merlin, Enfant d'un esprit malin.
Hurle en ombre vaine et pâle, Et tantôt s'exhibe en mâle La Reine au nez aquilin.
Tôt après le tambour sonne ; Tout retentit de clameurs.
LVn crie en saignant : Je meurs I Et si *, Ton n'occit personne.
Les feintes, les faux combats Font trembler, et haut et bas, Le cœur du sexe imbécile, Qui laisse œuvre et domicile Pour jouir de ces ébats.
L'une, voyant l'escarmouche.
En redoute le progrès ; L'autre, oyant de beaux regrets.
Pleure, s'essuie et se mouche ; L'autre à l'aise sur le cul, Gabant * vainqueur et vaincu Gruge quelque friandise.
Et l'autre avec mignardise Rit auprès de son cocu.
Mère, fille, tante et nièce, Bourgeois, nobles, artisans.
Voudraient que de deux cents ans Ne s'achevât une pièce; Ces nigauds de citadins Applaudissent aux badins De cris, de mains et de têtes.
Et se montrent aussi bêtes Que leurs brusques guilledins *.
Au sortir de leurs théâtres.
Qui font la figue à Bandel *, Leurs femmes vont au bordel*, Dont elles sont idolâtres ; Les facpiins le savent bien, Mais ils n'osent dire rien De peur d'avoir sur la mine ; Car la biche ici domine ; Et traite le cerf de chien.
Là, moins sujettes au lucre Qu'à rimpudique plaisir, Elles arment leur désir De vin d'Espagne et de sucre ; Là, les ruffians enivrés, Après les assauts livrés A table et dessus la couche, Encor la douceur en bouche Souvent se trouvent poivrés *.
Les plus modestes d'entre elles Entrent où Bacchus reluit ; Elles y sont jour et nuit, Vieilles, jeunes, laides, belles :
Vous diriez, à voir leur bec Donner au verre un échec, Qu'à contre-c(Bur il se lave; Et cependant il n'est cave Qu'elles ne missent k sec.
Aussi leur fâcheuse haleine Se fait-elle bien sentir, Quant un rot tonne au partir De leur râtelier d'ébène; L'air même en est infecté :
Car, et Thiver et Tété, Trinquer sans eau, c'est leur gloire, Et ces impures au boire N'aiment que la pureté.
Enfin leur charbon de terre Put * bien moins qu'elles ne font; Enfin ma main se morfond, S'échauffant sur l'Angleterre.
C'est le pire des climats ; La nue y fait un amas D'objets tristes et funèbres; Je n'y mange qu'en ténèbres Et n'y boit que des frimas.
On n'y marche dans les villes Que sur des cailloux pointus ; On n'y voit que pas tortua Et que morgues inciviles.
Là, pour le haut du pavé, L'un est atteint et grevé Par le choc d'un coude rogue, Et l'autre avec un french dogue * Est entrepris et;bravé...
Non, je n'ai rien vu de rude Comme l'abord d'un Anglois ; Il triomphe sous les lois De la noire ingratitude.
Ayez fait pour lui cent pas, Ayez gorgé de repas Sa bedaine à toute épreuve, Si dans la rue il vous treuve.
Il ne vous connaîtra paâ...
Pour moi, laissant leur mangeaille, Je dis et redis: Fi d'eux!
Et voudrais voir deux à deux Noyer toute la canaille.
Je voudrais qu'à son retour Charles les fît quelque jour.
Pour leurs injures atroces.
Donner aux bêtes féroces Qui rugissent dans leur tour. , •