PREMIER EPISODE
moïse exposé sur le NIL
S 'étant doncque levés (2) qu'encore les étoiles De la nuit taciturne illuminaient les voiles. Et qu'une sombre horreur couvrait paisiblement L'air, le vague liquide et le ferme élément,
(») Cet épisode correspond à la première partie du poème. La seconde partie raconte l'histoire de Jacob. Les parties suivantes sont consacrées à la vie de Moïse, telle que vue en songe par sa mère, Jocahel. Avec la dixième partie commence le dénouement : Moïse sauvé par la princesse. Il y a douze parties.
(a) Amram et Jocabel, parents de Moïse.
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Ils s'habillent soudain, s'en vont à la fenêtre Pour savoir si le jour s'apprêtait à renaître ; Et furent étonnés qu'en regardant les cieux Un clair et beau prodige apparut à leurs yeux. Ge fut un trait de feu qui, comme une fusée, Commençant sur leur toit une ligne embrasée.
Avec sa pointe d'or les ténèbres perça.
D'un cours bruyant et prompt vers le Nil se glissa, Fit loin étinceler sa flamme pétillante, Et, laissant en la nue une trace brillante, S'en alla dans cette onde éteindre son ardeur. Et remplir l'air d'autour d'une agréable odeur.
Vois, cria lors Amram, vois ce que nous figure Le lumineux sillon que forme cet augure ; Mon soin est confirmé ; ce chemin noble et droit De l'asile choisi marque le bel endroit ; C'est entre nos roseaux qu'aboutit sa carrière : Jette donc à ce coup tes vains doutes arrière, Mettons la main à l'œuvre et louons rËtek*nel, Qui nous daigne montrer un souci paternel.
En achevant ces mots, jusqu'à terre ils se plient» Adorent le grand Dieu, l'exaltent, le supplient De bénir leur dessein, et rendre leur enfant Des périls redoutés vainqueur et triomphant ; Puis, dès que, par le temps, la belle aube argentée Fut du sein de la nuit comme ressuscitée.
Sitôt que sa lueur reblanchit l'horizon.
Que le jour s'échappa de sa noire prison,
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Que le bruit réveillé vint de «a violeDce Effrayer le repos, la paix, et le silence.
Et que le roi des feux, d'un rayon vif et pur. Eut refait le matin d'or, de poupre et d'azur, La faucille à la main, de leur cabane ils sortent^ Vont au premier fossé, sur leur tête en rapportent L'émail tremblant et vert de deux faisceaux de joncs. En prennent les plus forts, en joignent les plus longs, Et de leurs vites doigts en dressent un ouvrage, Qui de bitume enduit, pour tromper le naufrage. Ne sait s'il doit au vrai s'appeler un .vaisseau, Ou plutôt un cercueil, ou plutôt un berceau ; Puis, après maint baiser accompagné de larmes Que versait Jocabel sur l'enfant plein de charmes, Après maint dur sanglot et maint soupir aigu, Elle le couche enfin dans ce lit ambigu ; Et, voyant qu'il riait d'une douce manière I Las ! di^-elle, tu ris, ô ma gloire dernière. Tu ris, mon seul espoir, et tu ne connais pas Que peut-être ta vie est proche du trépas ; Tu fais sur ton beau front éclater l'allégresse^ Et tu ne ressens point le péril qui te presse ; Ah ! chétif , ah 1 chétif , qu'il te serait bien mieux De lâcher maintenant les sources de tes yeux 1 douleur I ô remède I ô lit 1 ô sépulture !
Fut- il jamais au monde une telle aventure ?
J'égare exprès un bien afin de le trouver ; Je l'expose aux hasards afin de l'en sauver.
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Et^ par une pitié sinistre et dangereuse,
Même avant le malheur me rendant malheureuse^
Je cherche ma ruine, y cours aveuglément,
Et du sort que je crains hâte Tévénement.
Amram, qui la regarde et qui voit en sa peioe Le sensible pouvoir de la faiblesse humaine.
D'une âme plus constante et plus raide au souci, Tout d*un temps la rassure et la reprend ainsi:
Qu'est-ce là, Jocabel ? quelle crainte frivole Se glisse en ton esprit, d'où la raison s'envole ? QuVs-tu fait de ton cœur ? Qu'as-tu fait de ta foi. Ou plutôt de toi-même, au trouble où je te voi f Sont-ce là les trésors, les fruits de la sagesse Dont le ciel t'a douée avec tant de largesse? Faut-il que ton ennui trahise ta vertu ?
Parle, chère moitié, pourquoi t'affliges-tu ? Ah ! je vois ce que c'est : tu te fais trop entendre ; Aux promesses d'en -haut on ne doit point s'attendre; Je t'ai dit une fable, et l'incrédulité Te fait croire menteur le Dieu de vérité I
Si jadis hardiment le saint reste du monde Entra sur sa parole en l'arche vagabonde, Quand la terre insolente osa heurter les cieux. Quand l'œuvre de ses mains déplut même à ses yeux, Quand il se repentit d'avoir fait son image.
Quand son vassal ingrat lui refusa l'hommage, Quand, dis-je, son courroux, aussi juste qu'amer, De tous cet univers ne fit rien qu'une mer,
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Craindras-tu de commettre à sa puissante garde Cet enfant que sur Tonde il faut que l'on hasarde ? Et pourras-tu douter, après le signe vu, Qu'à ses tendres besoins sa grâce n'ait pourvu ?...
D'un si grave discours enfin persuadée, Jocabel se résout à la foi demandée.
Surmonte ses douleurs, étouffe ses regrets, Retient de ses soupirs les mouvements secrets. Et, commandant soudain à la jeune Marie Qu'elle mît son troupeau hors de la bergerie, Tandis qu'à les guider Amram se disposait, Prend le doux lit de jonc où l'enfant reposait ; Et de peur que cet astre, à force de reluire, Ne se trahît chez eux, et ne les fît détruire. Sortent tous trois ensemble, et, tirant vers les eaux. Vont en fier l'éclat à l'ombre des roseaux .
Dans la verte épaisseur de ces fragiles plantes Qui poussaient hors du Nil leurs têtes chancelantes, S'entr'ouvrait par contours une espèce de sein. Qu'un favorable sort offrait comme à dessein De recevoir l'enfant, et garder que sur l'onde Le courant ne rendît sa barque vagabonde; ( De joncs et de glaïeuls il était renfermé, \
Et l'art même à propos semblait l'avoir formé.
Sitôt qu'en cet asile on eut mis la nacelle, Amram dresse ses pas où le travail l'appelle ; Et l'aimable bergère, errant à l'environ.
Laisse aller Jocabel revoir le tendre Aaron.
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Telle que dans ThoiTeur d'une forêt épaisse Une biche craintive, et que la soif oppresse, Quitte à regret son faon, depuis peu mis au jour, Quand pour chercher à boire aux fosses d'alentour, Ayant au moindre bruit les oreilles tendues, On la voit s'avancer à jambes suspendues.
Faire un pas, et puis deux, et soudain revenir, Et de l'objet aimé montrant le souvenir.
Montrer en même temps, par ses timides gestes, Le soupçon et l'effroi des images funestes Qui semblent l'agiter pour autrui seulement : Telle fut Jocabel en son éloignement.
Ile ÉPISODE