M0I8B SAUVÉ
Mais, 6 quelle merveille ! à peine Tangélique Sur le neveu mordu l'oncle pieux applique, À peine du seul linge sent-il Tattouchement, Qu'il se voit hors de mal, de fièvre et de tourment. Aussitôt il se lève, et d'une belle audace, Regardant le reptile étendu sur la place, Semble ne demander qu'un ennemi nouveau Pour refaire un combat plus sanglant et plus beau. Ses esprits recouverts, ses forces revenues S'élèvent en son cœur jusqu'au-dessus des nues. Et dans le haut désir dont son bras est touché. De sa propre victoire il est presque fâché.
Après ces mouvements qu'en son âme suggère L'honorable dessein d'obliger la bergère, D'acquérir son estime, et d'un voeu solennel Servir de plus en plus au salut fraternel, D passe au monstre mort, l'horrible tête en coupe, Et, formant de gazon une petite croupe*, Y dresse un fier trophée auprès du saint enfant, Qui dans le berceau même est rendu triomphant ; Puis sous le gré de l'oncle et de l'œil qu'il adore, De l'œil qu'à son sujet il voit humide encore, Et dont pourtant la joie enflamme les appas, U songe pour eux tous au simple et gai repas.
La figue au jus de miel, prise sur l'arbre même. Corsant * le noble tronc, il ose aller cueillir, Non sans faire de peur la belle tressaillir.
Qui, pâle du danger où Tamant se hasarde.
Suit le pied, suit la main, crie en bas, le regarde. Monte avec lui des yeux, et, d'un cœur suspendu, N'a ni bien ni repos qu'il ne soit descendu ; Le pain rustique et noir, qui dans la panetière Est du bon appétit la friande matière ; Le poisson mis au vent et grillé tant soit peu Sur le brasier nouveau d'un admirable feu, Tiré, non des cailloux, comme est tiré le nôtre, Mais de deux roseaux secs battus l'un contre l'autre; L'amande et le raisin déjà cuit au soleil, Font de leur doux banquet l'innocent appareil.
nie EPISODE
COMBAT DK MOISE ET DE l'ÉGYPTIEN
Le barbare insolent, armé d'une zagaie Humide et rouge encor du sang de mainte plaie, S'avance le premier, et, de son bras nerveux La dardant à Moïse, effleure ses cheveux ; Le bois en vain jeté passe comme un tonnerre, Et se fiche en tremblant plus d'un pied dans la terre; De la faute du coup l'Egyptien pâlit, Et la rage déçue en sa pâleur se lit.
Moïse, agile et raide, en même temps l'enfonce, Et d'un acier qui brille et qui le meurtre annonce L'éblouit et lui porte un horrible fendant.
Qu'il oit, non sans e£Froi, siffler en descendant; Il esquive, il recule, et, montrant son adresse^
moïse SAUvé igS
Saute, l'épée au poin^, vers l'Hébreu qui le presse. L'un charge, Tautre pare, et du glaive soutient Le tranchant furieux qui contre lui revient ; Des fers entre-heurtés il sort mainte étincelle. Ici l'un se tient ferme, et là Fautre chancelle, Et,quoiqu'en ce combat leurs corps soient désarmés, Ils n'en sont pas pourtant au choc moins animés. Tous deux grands, tous deux forts, à la palme ils
[prétendent ; Le pied, l'œil et la main se suivent et s'entendent ; Le bras s'accorde au cœur, l'art répond au désir, Et de reprendre haleine ils n'ont pas le loisir; Les ruses, les détours, les surprises, les feintes. Et tout ce que l'escrime en ses vives atteintes A de hardi, d'affreux, de brusque et de cruel. Se mettent en pratique en cet âpre duel.
Mais, quoique le païen vaillamment se comporte. Quoiqu'il paraisse adroit, il ne l'est point en sorte Que du glaive ennemi, formidable à ses yeux, Le ravage mortel ne l'offense en maints lieux. De douleur et de honte il forcené, il blasphème. Il se renfrogne, il hurle, et, d'un dépit extrême, Décrochant à Moïse un regard de travers.
Lui lâche sur la tête un rapide revers. Moïse, qui l'observe et qui voit qu'il s'allonge. Loin à l'écart du fer à chef baissé se plonge ; Le fer rencontre un pin, y marque son erreur. Et l'arbre atteint du coup tonne et remit d'horreur
Iq4 aAINT-AMANT
Le païen, confondu de voir que son épée S'est en ce grand effort à son poing échappée, Tourne vite à Moïse, et, sur lui se jetant, De jambes et de bras le saisit à l'instant.
Moïse le reçoit : à la lutte ils se nouent.
Ramassent leur vigueur, des mains s'entre-qeooqent, Soufflent, grincent les dents, déchirent leurs habits, De leurs yeux enflammés font d'étranges rubis, Tentent mille desseins, et, redoublant leurs forces, Se donnent l'un à l'autre entorses sur entorses; Ils changent de posture, ils brûlent d'action. Et l'eau que rend leur corps en cette oppression Montre qu'ils n'ont en eux muscle, artère, ni veine, Ni nerf, qui ne frémisse et ne s'enfle de peine j Et mon œil agité voit en leur mouvement Leurs pas sur le sablon empreints confusément.
Courage ! du païen la valeur diminue; La force de son ire est en vain soutenue, Il fléchit, et l'Hébreu, terminant le combat, L'étreint, le fait gémir, le soulève, l'abat . . , Enfin, avec le sang que ses blessures versent. Sa vie et ses esprits s'en vont et se dispersent ; Il pousse en l'air son âme et ses derniers sanglots, Et nage en un ruisseau fait de ses propres flots.
IVe ÉPISODE