PASSAGE DE LA MER ROUGE
Une troupe d'oiseaux de longtemps priaonnière
MOIBB BAVVà ig5
Dans Teumiyeux séjour d'une obscure volière, Où, la laissant languir^ un niattre dédaigneux En a remis la charge à des gens peu soigneux. Qui font que bien souvent la malheureuse endure, Sur de tristes rameaux dépouillés de verdure, Et la soif et la faim, et qu'au lieu de chanter. Elle traîne sa voix et Fuse à lamenter, Si quelque doux moyen à sa liberté s'ouvre.
Et que de l'air des champs le bien elle recouvre, Elle peut figurer les excès du plaisir Dont se sent Israël émouvoir et saisir :
Car, ainsi que les uns, d'un fidèle ramage Bénissent le soleil qui dore leur plumage, Les autres tout de même, au sortir de ce lieu, Par des hymnes sacrés rendent louange à Dieu, g? Mais j'aperçois déjà cette excessive joie D'une extrême frayeur être faite la proie ; Ce peuple s'est à peine à l'Egypte ravi.
Que de toute l'Egypte il se voit poursuivi.
Le monstre, en qui n'ont pu tant d'âpres médecines De la rage obstinée arracher les racines.
L'orgueilleux Pharaon, qu^un coupable regret Comble d'un repentir félon, noir et secret.
Aussitôt en son cœur rétractant sa parole.
S'arme, jure sa perte, et sur un char qui vole. Ceint d'escadrons épais, s'élance après ses pas. Et pousse devant soi Paudace et le trépas.
Au bord de l'onde rouge il l'atteint et Tassiège ;
igô SAINT- AMANT
Il crie en se dressant : Le voilà dans le piège,
C'en est fait, je le tiens, il est pris, l'enchanteur,
Qui de ces fugitifs est le beau conducteur ;
A ce coup il verra sa finesse trompée ;
Je ferai tout passer par le fil de Tépëe.
Là, d'un côté les monts et de l'autre les flots
Tiennent à mon souhait ces perfides enclos ;
Et quand bien cette mer ne serait pas vermeille,
Enflammé du courroux qu'en mon sein je réveille,
Je la ferais rougir du sang que j'épandraî
Dès l'horrible moment que sur eux je fondrai.
Jacob, qui de sa paix sent troubler la bonace Par le bruit furieux d'une telle menace, Que le vent de l'effroi porte jusqu'à lui.
S'étonne, est accablé sous un mortel ennui ; Et, dans le désespoir, l'insolence et la crainte, Osant faire à Moïse une outrageuse plainte, Sans songer au futur, sans égard du passé, Vomit avec aigreur ce langage insensé :
Donc, ô présomptueux, pour plaire à ton envie, Nous devions en ce bord achever notre vie !
Quoi ! les gouffres du Nil manquaient-ils de cercueils Qu'il en fallût chercher autour de ces écueils? Où nous as-tu conduits ? Crois-tu qu'il soit possible De soutenir ce camp en armes invincible ? Sommes-nous des poissons,sommes-nous des oiseaux Pour franchir aisément ou ces monts ou ces eaux ? O folle ambition I ô gloire déréglée I
moïse salve 197
vanité d'une âme en son faste aveuglée !
de régner sur nous trop superbes désirs !
Que vous nous coûterez de sanglants déplaisirs ! Ne valait-il pas mieux nous laisser dans nos chaînes^ Dont la longue soufiFrance avait dompté les gênes, Que de nous amener, sous un prétexte feint.
Non pour un sacrifice en un lieu haut et saint, Mais pour être immolés nous-mêmes à la rage De la mer qui conspire avecque ton courage.
Ou pour nous voir demain livrer à la merci D'un cœur par notre fuite au double rendurci ?
Moïse, généreux, excusant ce tumulte, Jette les yeux au ciel, avecque Dieu consulte. Et, d'un saint mouvement aussitôt inspiré.
Les regarde et leur tient ce discours assuré :
Peuple, chasse ta peur : cette puissante armée Que tu vois contre toi de colère animée Eprouvera tantôt le bras de TEternel, Et rendra par sa fin son renom solennel, Ils mourront, les bourreaux ; une juste vengeance En exterminera l'abominable engeance ; Ils vont être payés des maux qu'ils nous ont faits ; Leur tyran nique orgueil va crever sous le faix. Hébreux, n'en doutez point, les merveilles passées Se croiraient autrement de vos cœurs effacées. De votre peu de foi vos yeux se fâcheraient, Et tous vos sens un jour vous le reprocheraient. Allons, c'est assez dit, le Tout-Puissant l'ordonne :
igS
SAWT^AMANT
Déjà paraît en Tair une ardente colonne
Qui, montrant le chemin que nous devons tenir,
Sera notre soleil dans les nuits à venir.
A ces graves propos les plus mutins se taisent, De la sédition les bruits confus s'apaisent ; La peur s'évanouit, et l'applaudissement Est le signe certain de leur consentement.
Aussitôt, à marcher toute chose étant prête, Le sacré camp déloge, et Moïse, à la tête S'avançant à grands pas avecque son germain, Hausse, pour frapper Tonde, et la verge et la main. L'abîme, au coup donné, s'ouvre jusqu'aux entrailles; De liquides rubis il se fait deux murailles Dont l'espace nouveau se remplit à l'instant Par le peuple qui suit le pilier éclatant.
D'un et d'autre côté, ravi d'aise, il se mire ; De ce fond découvert le sentier il admire.
Sentier que la nature a d'un soin libéral Paré de sablon d'or, et d'arbres de coral *, Qui, plantés tout de rang, forment comme une allée Etendue au travers d'une riche vallée.
Et d'où l'ambre découle ainsi qu'on vit le miel Distiller des sapins sous l'heur du jeune ciel.
Là des chameaux chargés la troupe lente et forte Foule plus de trésors encor qu'elle n'en porte : On y peut en passant de perles s'enrichir. Et de la pauvreté pour jamais s'affranchir ; Là 4e noble cheval bondit et prend haleine