‹ Saint-Amant: La solitude: La contemplateur; La jouissance; Le palais de laChapitre 31 sur 46 · M0I6E SAUVÉ · texte numérisé non relu

M0I6E SAUVÉ

Où venait de souffler une lourde baleine ;

Là passent à pied sec les bœufs et les moutons,

Où naguères flottaient les dauphins et les thons ;

Là Tenfant éveillé, courant sous la licence

Que permet à son âge une libre innocence,

Va, revient, tourne, saute, et par maint cri joyeux

Témoignant le plaisir que reçoivent ses yeux.

D'un étrange caillou, qu'à ses pieds il rencontre,

Fait au premier venu la précieuse montre.

Ramasse une coquille, et, d'aise transporté,

La présente à sa mère avec naïveté ;

Là, quelque juste effroi qui ses pas sollicite,

S'oublie à chaque objet le fidèle exercite ,

Et là, près des remparts que l'œil peut transpercer.

Les poissons ébahis le regardent passer .

Soudain, à son retour, le grand flambeau du monde Venant à découvrir l'ouverture de Tonde Par où l'Hébreu se sauve et trompe la fureur Qui bouillait dans le sein du barbare empereur. Les payens étonnés accourent à la tente Où ce tyran se flatte en sa cruelle attente, Lui disent de Jacob l'étrange évasion, Et le remplissent d'ire et de confusion...

11 prend son glaive, il sort, il écume, il frémit, Et déjà sous le poids son char plie et gémit ; Ses rapides chevaux, d'une course effrénée.

Secondent brusquement son ardeur forcenée ; Un nuage poudreux s'élève sous leurs pas :

D'aller périr en ronde ils ne s'attendent pas ; Ils font trembler la terre ; et toi, tjnran impie Que le dard en la main déjà la mort épie, Toi, prodigue d'orgueil, tu ne sais pas non plus Qu'en un tombeau flottant tu vas être reclus...

Ve ÉPISODE

LE CALMfi

Ces propos achevés, le Calme et ses compagnes Prennent soudain leur vol sur les molles campagnes; L'ange brille à la tête, et des flots aplanis Les vents séditieux aussitôt sont bannis ; Zéphire et le beau temps, suivant leur course ailée, D'un branle agile et doux rasent Fonde salée, Désembarrassent l'air de nuages épais.

Et de leurs doigts sereins partout sèment la paix. Les nageurs écaillés, ces sagettes* vivantes Que nature empenna d'ailes sous l'eau mouvantes, Montrent avec plaisir en ce clair appareil L'argent de leur échine à Tor du beau soleil. Enfin l'ange et sa troupe en un moment se rendent Sur la terre où du Nil les rivages s'étendent; Borée, à leur abord de l'Egypte chassé, S'en retourne en prison sous le pôle glacé ; Le fleuve est un étang qui dort au pied des palmes De qui l'ombre, plongée au fond des ondes calmes, Sans agitation semble se rafraîchir.

moïse sauve 201

Et de fruits naturels le cristal enrichir ; Le firmament s'y voit, l'astre du jour y roule; 11 s'admire, il éclate en ce miroir qui coule, Et les hôtes de Tair, aux plumages divers.

Volant d'un bord à l'autre, y nagent à l'envers, La Rumeur est muette aux approches de l'ange, Elle n'a plus de bouche; en yeux elle se change ; Que s'il en est quelqu'une, elle provient des sons De mille rossignols perchés sur les buissons, Où, faisant retentir leur douce violence.

Ils rendent le bruit même agréable au Silence, Et d'accents gracieux lui forment un salut Qui se peut égaler aux charmes de mon luth.

A l'air du temps si beau mille bandes légères. Mille bruyants essaims d'abeilles ménagères.

Vont boire le nectar en des coupes de fleurs Où de l'aimable Aurore on voit rire les pleurs ; Le gentil papillon voltige sur les herbes.

Il couronne leurs bouts de ses ailes superbes, Et, par le vif émail dont se pare son corps, Qui des plus beaux bouquets efFace les trésors, Fait qu'il semble aux regards que l'abeille incertaine Dans ses diversités se trouve comme en peine. Et que son œil confus, suspendant son désir, D'une fleur ou de lui ne sache que choisir.

SAINT-AMAMT

Vie EPISODE

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