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PRÉFACE DU PASSAGE DE GIBRALTAR

Puisque^ selon Topinion du plus grand et du plus judicieux de tous les philosophes, le principal bat de la poésie doit être de plaire, et que la joie est ce qui contribue le plus à Tcntretien de la santé, laquelle est une chose si précieuse en cette vie qu'elle a été préférée par les plus sages à la sagesse même, je tiens pour maxime indubitable que les plus gaies productions de ce bel art, qui, laissant les épjnes aux sciences, ne se compose que de fleurs, doivent être les plus recherchées et les plus chéries de tout le monde. Ce n'est pas que je veuille mettre en ce rang les bouffonneries plates et ridicules qui ne sont assaisonnées d'aucune gentillesse ni d'aucune pointe d'esprit, et que je sois de l'avis de ceux qui croient, comme les Italiens ont fait autrefois à cause de leur Berni, dont ils adoraient les élégantes fadaises, que la simple naïveté soit le seul partage des pièces comiques. Je veux bien qu'elle y soit, mais il faut qu'elle soit entremêlée de quelque chose de vif, de noble et de fort qui la relève. Il faut savoir mettre le sel, le poivre et l'ail à propos en cette sauce ; autrement, au lieu de chatouiller le goût et

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de faire épanouir la rate de bonne grâce aux honnêtes gens, on ne touchera ni on ne fera rire que les crocheteurs. Aussi les plus habiles de cette nation ont bien changé de sentiment depuis qu'ils ont vu la Secchia rapita du Tassoni où Théroïque brille de telle sorte, et est si admirablement confondu avec le burlesque, qu'il y en a quelques-uns qui, par un excès de louange, osent bien la comparer à la divine Jérusalem du Tasse. Il est vrai que ce genre d'écrire, composé de deux génies si différents, fait un effet merveilleux ; mais il n'appartient pas à toutes sortes de plumes de s'en mêler, et, si l'on n'est pas maître absolu de la langue, si l'on n'en sait toutes les galanteries, toutes les propriétés, toutes les finesses, voire même jusqu'aux moindres vétilles, je ne conseillerai jamais à personne de l'entreprendre. Je m'y suis plu de tout temps, parce qu'aimant la liberté comme je fais je veux même avoir mes coudées franches dans le langage. Or, comme celui-là embrasse, sans contredit, beaucoup plus de termes, de façons de parler et de mots que l'héroïque tout seul, j'ai bien voulu en prendre la place le premier, afin que, si quelqu'un y réussit mieux après moi, j'aie à tout le moins la gloire d'avoir commencé. On peut dire qu'il est de ces pièces comme de ces ballets grotesques qui, étant dansés 4'ordinaire par les plus excellents baladins sur les lirs -du mouvement le plus admirable, plaisent plus aux spectateurs, avec

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leurs babils étranges,leurs masques bizarres et leurs postures merveilleuses^ que ne font ce» baàtets sérieux, ces moralités muettes^ dont les démarcha sont trop ajustées^ et où, le plud souyent, il ne se Yoit fien de beau qu^ Féclat et la magnificeneé..^

A MONSEIGNEUR LE COMTE rrARPAJON ET DE RHODES

MARQUIS DE SEVERAG

Conseiller du Roi en ses conseils, chevalier de se* ôfdi'es(i).

♦ . * Je n*avais que deux frères^ que les armes des M ahométans m^ont raris : le premier fût tué en un furieux combat qui se donna à rembottchure de la mer Rouge, entre un vaisseau malabare q«i rere» nait de la Mecque et un vaisseau français qui •'sd allait aux Indes Orientales, sur lequel, tous d«a< poussés de la belle curiosité de voir le monde et de rhonorable ambition d'acquérir de la gloire, il» s'étaient embarqués ensemble au sortir des éttt4«i' Le second, après avoir reçu cinq ou six plaies en ce

(i) En tête de la troisième partie des (Éavre$ (1649)- La Suite de la preoiièfë partie et la seôOfl^e pvtlé nt sont précédées que de déoicaces sans Intérêt Httifërv.

combat^ dans le navire ennemi qu'ils avaient abordé ; après avoir fait tout ce qu'un généreux désespoir, ou, pour mieux dire.

Tout ce que la fureur, méprisant tout obstacle. Inspire au sein d'un frère irrité du spectacle ,

après avoir été renversé d'un coup de pique dans la mer : après s'être sauvé plus d'une lieue à la nage, tout blessé qu'il était ; après s'être vu en mille autres périls devant que de revenir d'un voyage si long, si hasardeux et si pénible ; après avoir servi dans la cavalerie sous le renommé comte Mansfeld ; après avoir eu l'honneur d'être cornette colonelle d'un régiment français sous eet admirable roi de Suède, en ses plus fameuses expéditions, et pour qui j'ai fait ces vers, tirea d'une pièce que j'ai perdue :

C'est cet astre du Nord, ce prince glorieux Qui même dans la tombe entre en victorieux ; C'est ee flambeau de Mari, dont l'ardeur consommée Triomphe en s'éteignant, et laisse une fumée Qui, ne valant pas moins que sa vive splendeur, Embaume et remplit tout d'une éternelle odeur ;

enfin, dis-je, pour achever ma narration, ce brave et pauvre cadet, dont on me pardonnera bien en ce lieu ce petit mot pour lui servir d'histoire, d'éloge et d'épitaphe, après avoir commandé plusieurs campagnes navales un des vaisseaux de notre puissant monarque Louis le Juste, d'immortelle et précieuse

mémoire, sous la charge de cet iavincible héros^ monseigneur le comte de Harcourt, avec qui vous êtes lié d'une amitié si parfaite, finit glorieusement ses jours par les mains des Turcs en Tîle de Candie, il y a deux ans, étant colonel d'un régiment d'infanterie française au service de la séréaissime république de Venise, qui Ta trouvé digne de ses regrets, et qui m*a fait Fhonneur de m'en faire écrire avec des termes et des louanges capables de me consoler de sa mort ; et l'encre illustre qu'elle a daigné employer à cet effet paie avec une usure très avantageuse pour moi et très reconnaissante pour lui le sang qu'il a répandu pour elle. Mais, Monseigneur, la perte de mes deux frères n'est pas la seule cause qui m'oblige à vous faire cette digression, que la douleur et la nature ne rendent que trop excusable et trop légitime. J'ai encore d'autres raisons de ressentiment à joindre à celle-là. Feu mon père, qui commanda autrefois, par l'espace de vingt-deux années, une escadre des vaisseaux d'Elisabeth, reine d'Angleterre, en fut trois tout entières prisonnier dans la Tour-Noire, à Gonstantinople; et, comme s'il y avait quelque fatalité barbare secrètement affectée à la destruction de notre famille, peut-être parce qu'elle porte le nom de ce grand Gérard qui fut le célèbre instituteur de ce bel ordre des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ordre si redoutable à ceux qui professent l'infidèle secte de Mahomet, un de

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mes oncles gémit longtemps sous les cruelles chaînes des Turcs, et deux de mes cousins germains ont perdu la vie en combattant généreusement contre eux. Cela, Monseigneur, n'est-il pas assez remarquable et assez étrange pour être écrit en quelque lieu que ce soit, et surtout à vous, qui aimez les hautes aventures, et qui les iriez chercher par mer et par terre jusques au bout du monde ? Et n'ai-je pas sujet de dire encore une fois, en reprenant mon discours de votre voyage de Malte, combien je vous suis obligé plus que tous les autres d'avoir entrepris avec tant d*ardeur et tant de résolution la défense d'une place que menaçaient d'attaquer ceux qui ont persécuté ou fait périr la plupart de mes parents, et desquels il semble que, par un dessein officieux et par un châtiment anticipé sur le dernier outrage même, vous eussiez voulu prendre la vengeance pour moi ?. . .

Celle-ci, étant comme pour ma dernière main dans le coup de partie que je joue, où il y va de mon reste, devrait être une des plus entendues et des plus circonstanciées que j'aie encore faites. Mais la répu-

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gnance que j'ai à écrire sur ces matières-là, jointe au peu de satisfaction que Ton en reçoit, les uns disant, si elles sont trop longues, que c'est un livre qui est tout préface, comme certain ballet de la vieille cour, où se représentaient les tout-pour^ points et les tout-haut-de-chausses ; les autres disant, si elles sont trop courtes, que cela ne yalait pas la peine de mettre la main à la plume ; ces chosesi dis^ je, bien considérées, m'avaient presque fait résoudre à n'en point faire du tout. Néanmoins, l'oUigation où je me vois de répondre aux demandes et à la curiosité de quelques-uns de mes amis, tant sur quel« ques pièces dont j'avais parlé dans mes autres vola*' mes que pour éclairoir quelques endroits de celui-ci, m'oDt porté à les satisfaire en quelque sorte.

Je dirai donc que le poème de Samson^ lequel je m'étais avancé de promettre dans mes premières œuvres, et dont il y avait déjà environ quatre ou cinq cents vers de faits qui ont été'perdu8,ne se doit point attendre, et que le siècle présent non plus que la postérité n'en diront ni bien ni mal ; car le déplaisir que j'eus de cette perte m'en fit laisser l'entreprise, et je n'y ait point songé depuis, ne m'en ressouvenant pas même d'un seul mot.Peut-étre a-ce été autant pour mon bonheur que pour mon désavan^ tage; et peut s'en faut que je ne dise que je voudraii avoir aussi bien perdu toutes les autres pièoee que j'ai faites ensuite, quand je viens à me représenter

la difficulté qu'il y a de plaire à tout le monde, et de quelle façon les plus grands et les plus beaux ouvrages sont traités aujourd'hui. Ce n'est pas que je ne sache que ceux qui exposent les leurs au public exposent leur réputation à Taventure, et que la fortune se mêle de présider quelquefois avec autant d'empire sur ces ehoses-là comme sur toutes les autres. Ce n'est pas même que je n'avoue que chacun a droit de dire son avis de tout ce qu'il voit et d'en parler selon son goût; mais, la plupart du temps, il est si étrange et si dépravé, et ses jugements sont si dépourvus de jugement qu'on a raison d'en appeler à un avenir où, à tout le moins, et comme il est croyable, la préoccupation aveugle et la jalousie personnelle ne régneront plus. 11 est vrai que ce n'est pas une chose de si grande importance qu'il s'en faille désespérer, et que la gloire d'un honnête homme, laquelle consiste en des choses bien plus solides que celles-là, ne doit pas même s'en formaliser ni s'en plaindre. Aussi, laissant faire aux envieux et aux médisants tout ce qu'ils voudront,sans que j'en aie aucun ressentiment, pourvu que mon propre et véritable honneur n'y soit point intéressé, je poursuivrai à rendre compte de mon petit fait, et dirai en bon franc bourgmestre du pays des IdylleSjComme m'a si galamment vespérisé, pour ne pas dire baptisé avec de l'encre, le très cher M. de Furetière, en son excellente Nouvelle allégorique^ que

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pour répondre à ceux qui me demandent ce qu*est devenu certain ouvrage de ma jeunesse, mêlé de prose et de vers en raillerie, et qui portait pour titre le Roman des Fleurs ou la Fleur des Romans ydaris lequel, par une invention assez gentille et assez particulière, faisant trouver toutes les fleurs, toutes les plantes et tous les arbustes au mariage de Zéphire et de Flore, en Tune des Iles Fortunées, j'en disais l'histoire naturelle, les propriétés et les aventures,et dont, si je voulais m'étendre,je pourrais dire encore ici Tordre et la disposition ; je répondrai, dis-je, qu'il est demeuré imparfait entre les mains d'une personne à qui je l'avais prêté, et qui l'est allé lire en l'autre monde sans en avoir laissé aucune copie. Cette digression est un peu longue et embarrassée; mais peut-être quelqu'un sera-t-il bien aise de la voir et de la démêler, pour se servir de ce même dessin quelque jour. Au reste, je me viens d'aviser que j'ai déjà fait une table à la fin de ce recueil, où l'on pourra trouver une partie de ce que je voulais dire en ce lieu touchant les pièces qui y sont contenues; c'est pourquoi j'y renvoie le lecteur, et l'avertirai seulement en gros que, cette impression ayant été faite à bâtons rompus, comme on le pourra voir par la signature et par le chifiFre, les choses n'y sont pas mises en l'ordre qu'elles seraient si elle avait été faite tout de suite. Je le dis même en quelque part des avis que j'ai trouvé à propos d'y joindre pour

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beaucoup de raisons. Et quant à ce qui est des épî- ^ammes, je puis jurer en vérité qu'elles sont presque toutes âgées de plus de vingt ou vingt-cinq ans: car qui est-ce qui serait assez hardi pour se mêler d'en faire, après avoir lu celles du rare monsieur de Gombaud? Je n'ai pas laissé néanmoins de les donner à la presse, puisqu'on les a désirées, et qu'il y en a quelques-unes qui avaient déjà couru en manuscrit; et, si j'avais vu ce que mon très cher et très singulier ami monsieur Colletet, un des premiers de notre Parnasse, a fait voir depuis peu sur cette sorte de poème, où, sans doute, il n'aura rien oublié à dire, je ne dirais pas qu'on n'y doit figurer la plupart du temps deux personnes, et que les Equivoques et les Allusions n'y sont permises que dans quelques Impromptus. C'est ce que je crois y avoir observé...

Pour employer plus sérieusement que je n'ai fait autrefois le peu de talent que j'ai en la poésie, et pour faire quelque chose à la gloire de celui qui me l'a donné, il y a quelques années que j'entrepris cet ouvrage. J'y ai travaillé à diverses reprises, j'ai

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été des sept ou huit ans, tout de suite, sans y faire un seul vers ; et enfin, quand je suis venu à le regarder de pied ferme pour y donqer la dernière main, et que j*en ai bien considéré toutes les parties, j'ai ftiit celui qui, après de longs voyagen, tels qu'ont été les miens, se retrouvant e;i sa propre maison champêtre, et venant à revoir son jardin, en change aussitôt toute la disposition, il fait dresser desf allées où il n'y en avait point | il fait arraeh^r un arbre d'un oôté pour le transplanter de Pautre ; change la figure de son parterre; tâche à ftiire venir au milieu quelque fbntaine qui Fembelltsse ; Toi^e de quelques statues ; raoeommode les espaliers et les renouvelle ; si bien qu*enoQre que oe soit tpujours le même fonds et le même encloEi, à peine est-il reoonnu de eaux qui l'avaient vu auparavant. On ii'a pat toujours les mêmes goûts ; ce qui nous semblait excellent hier ne nous semble plus bon aujourd'hui, et tel a admiré une chose en sa jeunesse qui la trouve mauvaise quand Fâge vient mûrir son jugement. Cela se rencontre surtout aipf productions de l'esprit : nous aimons nos enfants, quelque mal faits et quelque vicieux qu'ils soient. Mais quand, par le temps, nous venons insensiblement à perdre l'amour de la nouveauté, qui est presque naturel en tous les hommes, nous commençons à en reconnaître les défauts, et, faisant de notre aveugle tendresse une sévérité raisonnable, ne songeons plqç ^u'4 le§ eu ff^frigef , Je

pourrais dire mille choses là-dessus, lesquelles ont été dites par d'autres avec plus d'éloquence que je ne saurais faire ; c'est pourquoi je les omettrai pour passer à mon sujet.

Quelques-uns qui croyaient que je donnerais le titre de Poème héroïque à cat ouvrage s'étonneront peut-être d'abord que je ne lui donne que celui . d'Idylle, lequel est à peine connu en notre langue, et qui n'est employé d'ordinaire qu'à de petites matières narratives et fabuleuses, comme on le peut voir dans les Grecs et dans les Italiens ; mais quand ils auront vu de quelle nature est le dessin que je traite, et qu'ils sauront que j'en ai consulté notre illustre académie, j'espère qu'ils en seront satisfaits ; j'ai trouvé plus à propos d'étendre l'un que de raccourcir l'autre. Je sais ce que demande l'épopée. Je n'ai ni principal héros agissant, ni grandes batailles, ni sièges de villes à produire ; mon ouvrage n'est que d'un jour entier, au lieu qu'il faut que l'épique soit d'un an ou environ. Le luth y éclate plus que la trompette ; le lyrique en fait la meilleure partie, et néanmoins, comme presque tous les personnages que j'y représente sont non seulement héroïques, mais saints et sacrés; comme, dis-je, tout incapable et tout indigne que je suis, j'ose y représenter Dieu même en sa gloire et en sa magnificence, autant qu'il est possible à la bassesse d'une plume comme la mienne, je crois que je hii aurais donné le titre

de divin, il y aurait eu plus de justice que de présomption à le faire.

J'y ai mêlé des épisodes pour remplir la scène, s'il faut ainsi dire ; et sans m'arrêter tout à fait aux règles des anciens, que je révère toutefois et que je n'ignore pas, m'en faisant de toutes nouvelles à moi-même, à cause de la nouveauté de l'invention, j'ai jugé que la seule raison me serait une autorité assez puissante pour les soutenir; car, en effet, pourvu qu'une chose soit judicieuse, et qu'elle convienne aux personnes, aux lieux et aux temps, qu'importe qu'Aristote Tait ou ne l'ait pas approuvée? Il s'est découvert des étoiles en ces derniers siècles qui lui auraient fait dire d'autres choses qu'il n'a dites, s'il les avait vues ; et la philosophie de nos modernes ne demeure pas toujours d'accord avec la sienne de tous ses principes et de toutes ses définitions...

Comme chaque science, chaque profession, et chaque art ont de certains mots affectés dont ils se servent particulièrement, de même la poésie a-t-elle les siens, dont elle se peut servir quand bon lui semble, sans qu'on l'en puisse reprendre avec justice. J'insérerai parmi ceux-là quelques mots ou nouveaux ou vieux, que le seul privilège héroïque a droit d'admettre et que je ne crois pas avoir mal employés en quelques rencontres, entre autres le mot maint, qui est très commode, étant tout ensemble

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singulier et pluriel, et qui a été jugé dans Tacadémie même pour infiniment meilleur dans cette sorte d'ouvrages que celui de plusieurs ou de beaucoup, lequel sent bien plus la prose que les vers. Une grande et vénérable chaise à l'antique a quelquefois très bonne grâce, et tient fort bien son rang dans une chambre parée des meubles les plus à la mode et les plus superbes ; et mes rares et illustres amis qui ont travaillé ou qui travaillent à des poèmes de cette nature m'avoueront que, quand il y aurait mille fois plus de mots en notre langue qu'il y en a, encore trouveraient-ils qu'il n'y en aurait pas assez à leur gré pour diversifier la grandeur et la beauté de leurs expressions. Pour moi, quoi qu'on dise de la grecque et de la latine, quelque copieuses qu'elles soient et quelques avantages qu'elles aient dessus la nôtre, je ne crois pas que les Homères et les Virgiles ne les trouvassent pauvres et défectueuses, à comparaison, de la richesse et de l'abondance de leurs pensées, et qu'il ne leur restât toujours dans l'esprit quelques images qui ne pouvaient passer jusqu'au bout de leur plume : c'est mon sentiment ; un autre dira le sien. ..

Je prévois encore que ceux qui n'aiment que les Imitations des anciens, qui en font leurs idoles, et qui voudraient que l'on fût servilement attaché à ne rien dire que ce qu'ils ont dit, comme si l'esprit humain n'avait pas la liberté de produire rien de

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nouveau^ diront qu'ils estimeraient plus un larcin que j'aurais fait sur autrui que tout ce que je leur pourrais donner de mon propre bien ; et je serais de leur goût s'il en était comme d'un certain homme qui^ traitant un jour quelques-uns de ses amiS) et les pressant de boire d'un vin qui était assea médiocre, leur disait à chaque coup : Messieurs, il est petite mais au moins il est de mon goûtl Quand un delà troupe, ne pouvant en avaler sans grimace, ne peut s'empêcher de lui dire brusquement^ et presque en colère î Plût à Dieu qu'il fût de celui d'un autre, et qu'il fût meilleur !

Il est vrai que je ne me plais beaucoup à me parer des plumes d'autrui, comme la corneille d'Horace, et que la plupart du temps je ne m'amuse à faire que des bouquets de simples fleurs tirées de mon propre parterre ; la description des moindres choses est de mon apanage particulier ; c'est où j'emploie le plus souvent toute ma petite industrie; mais peut-être quelqu'un en jugera-t-il comme fit autrefois Celui qui dit qu'il trouvait que la nature avait acquis plus de gloire et s'était montrée plus ingénieuse et plus admirable en la construction d'une mouche qu'en celle d'un éléphant. Ce n'est pas que j'embrasse avec plaisir et avec ardeur les matières les plus difficiles et les plus relevées, et que, quelques leçons de tempérance et d*humilité que je fasse à mon génie, il ne présume en soi-même que, si je lui eusse

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donné un àhaimp où^ selon toute retendue de Théroïque, il eût eu lieu de montrer tout son courage et toutes ses forces^ il se fût, possible^ acquitté avec autant d'honneur des plus ^andes choses que des plus petites* Ce n'est pas^ dis^-je» que^ dans une certaine vanité secrète dont la Muse a bien de la peine à se défendre, il ne croit aroir produit quelques ëohAntillons qui peuvent légitimer en quelque sorte la bonne opinion qu'il *a de lui^ et faire voir qu'il n'eiSt jamais mieu^ dans son élément que lorsqu'il s'enfonce dans les sujets les plus graves et les plus sublimes; mais c'est une flatterie de Tamour-propre que j6 désavoue tout À fait, et que je ne veux écouter en aucune des façons du monde.

Enfin^ pour achever de justifier quelques points de mon ouvrage^ et particulièrement sur ce que je rendâ des personnes habiles à la peinture et k la tapisserie en un temps où il semble que les arts n'étaient pas enôore inventés^ il suffira que je dise que cela n'était pas une merveille entre les Egyptiens, puisque^ leurs lettres hiéroglyphiques étant presques toutes autant de figures et de représentations d'animaux et d'autres choses^ il fallait de nécessité absolue que tous ceux qui savaient écrire sussent por* traire; outre qu'ils se vantent dans Polydore Virgile d'avoir eu la peinture beaucoup de siècles avant les Grecs. Et quant à ce qui est de oe que je fais nager des femmen^ c'est une chose toute commune non

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seulement à toutes celles des pays orientaux, mais à toutes celles de TOccident et du Midi...

Dans un combat d'Elisaph et de Mérary contre un crocodile, je les fais accompagner de deux ichneumons privés; et parce qu'il y en a beaucoup qui s'imaginent, à cause qu'on les appelle ordinairement rats de Pharaon, que ce ne sont que de méchants petits animaux que la seule antipathie fait comploter avec le roitelet à la ruine de ce monstre, le plus dangereux, le plus grand et le plus horrible de tous les serpents, comme tous les naturalistes l'affirment, je dirai ce que j'ai vu d'un ichneumon à Paris, et que quantité d'autres personnes ont pu voir comme moi. 11 est presque de la forme d'un blaireau, mais bien plus haut de jambes et d'un corsage bien plus menu, et bien plus allègre. 11 a la tête approchant à celle du furet, les yeux vifs, le poil long et hérissé, comme les dards du porc-épic, et entremêlé tout de même de gris et de noir, et celui-là que j'allègue était si hardi, si fier et si courageux, que je le vis [non seulement se défendre contre deux ou trois lévriers à loup, mais se jeter sur eux tout le premier avec tant d'impétuosité et tant de vigueur qu'on eut toutes les peines du monde à lui faire lâcher prise.

Pour le crocodile, bien qu'il soit assez connu partout par ceux que l'on voit pendus dans les cabinets des curieux, chacun ne sait pas qu'il y en a

de vingt- cinq, voire de trente pieds de long, et que c'est un animal qui croît tant qu'il vit; et partant, ce n'est pas peu de chose que deux hommes ayant pu en venir à bout.

A la fin de ma pièce, jefais une description d'une nuit dans laquelle je m'arrête à parler, entre autres choses, de certains vers luisants qui volent co mme les mouches, et dont toute l'Italie, et tous les autres pays du Levant sont remplis. Il n'y a rien de si agréable au monde que de les voir, car ils jettent de dessous les ailes, à chaque mouvement, deux brandons de feu gros comme le pouce, et j'en ai vu quelquefois tous les crins de nos chevaux tout couverts, et tous nos propres cheveux mêmes. Ils volent en troupe comme des essaims d'abeilles, et l'air en est si plein et rendu si éclatant qu'on verrait à se conduire aisément sans autre lumière, n'était qu'on est ébloui de leur nombre et de leur agitation.

Mais je ne m'aperçois pas que je fais insensiblement un commentaire au lieu d'une préface ; toutefois, puisque cel a sert à l'intelligence de mon sujet, il ne se faut point mettre en peine de ce que l'on en dira ou non. Et je m'assure que ceux qui n'ont pas tant voyagé que moi, et qui ne savent pas toutes les raretés de la natuge pour les avoir presque toutes vues comme j'ai fait,ne seront point marris que je leur en apprenne quelque particularité...

Je voudrais bien, pour conclusion, dire quelque

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petit mot en passant de mon Btyle^ et de la mfttii^ que j'ai observée â faire mes vers* Si j'en âVftis li loisir, je dirais que je ne suis pas de Tavis de ceux qui veuleut qu'il y ait toujours un ôeûâ abâolumêût achevé au deuxième ou au quatrième. Il faut quelquefois rompre la mesure afin de la diversifier; autrement eela cause un certain ennui à Toreifie, qui ne peut provenir que de la continuelle uniftffmlté ; je dirais qu'en user de la sorte c'est ce qu'ea termes de musique on appelle rompre la cadeiiOé, ou sortir du mode pour y rentrer plus agréable* ment; je dirais la difiFërence qu'il y doit avoir du style qui narre au style qui décrit. Je dirais que le premier doit être quelquefois simple et quelquefois figuré, selon la qualité des matières que Ton traite ; que le dernier doit être toujours ftouteflu de mots propres, justes et significatifs ; et qu'enfin toutes sortes de styles, excepté le bas, peuvent trouver leur place légitime dans un grand poème. Je dirais encore qu'il est presque impossible de faire d'ex" eellents Vers, à cause de l'harmonie et de la représentation, sans avoir quelque particulière connaissance de la musique et de la peinture, tant il y a de rapport entre la poésie et ces deux autres sciences, qui sont comme ses cousines germaines ; et quand j'aurais dit tout cela bien au long, et avec toutes les circonstances requi8es,je n'aurais pas dit la Centième partie de ce qui peut s'en dire.

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Au reste, comme je suis tombé malade d'une maladie très périlleuse pendant rimpression de ce livre, et que je n'en suis pas encore trop bien remis en fkidaat cette préface, que j'ai brochée à la hâte et qui en portera peut-être les marques, je n'ai pas eu le moyen d*en revoir exactement toutes les épreuves, et par ainsi, il s*y*est glissé quantité de fautes, tant en la ponctuation qu'en l'omission ou au changement de quelques lettres; et plus que toul,en mettant de grandes lettres au lieu de petites, et de petites au lieu de grandes ; ce que j'ai remarqué lorsqu'il ne s'y pouvait plus donner ordre. Cela se corrigera en une seconde édition, si l'ouvrage mérite d'être réimprimé. Cepén*dant, je prierai le lecteur d'être indulgent à mes fautes propres, et d'épargner une plume qui n'a jamais paôsé sous la férule.

J*oubliaîs à dire que j'ai divisé cette pièce en douze parties ; et qu'encore qu'elles soient tellement liées les unes aux autres qu'on les puisse lire tout d'une teneur, ou s'arrêter où l'on voudra, j*ai cru que les pauses n*en seraient point trouvées mauvaises à l'endroit où elles sont.

A SAMUEL BOCHART (i)

A la Verrerie, à Roueo, ce 5 mars i654.

Auparavant que de vous rendre très humblement grâces, comme je fais avec toute la reconnaissance possible, de la chère et obligeante lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire touchant le Moïse que je vous ai envoyé, j*ai songé à vos judicieuses remarques, et j*ai voulu voir s'il n'y aurait point moyen d'y répondre. Mais comme je ne suis pas trop chargé de livres, et que ma paresse ne se peut donner la peine d'en aller chercher ailleurs, vous vous contenterez, s'il vous plaît, de ce que ma mémoire présente, mon petit jugement et quelques auteurs me peuvent fournir à cet effet. Je vous dirai donc, Monsieur, avec toute la déférence et tout le respect qui vous sont dus, qu'encore que j'aie lu autrefois la plupart des auteurs que vous m'alléguez et qu'il me ressouvienne fort bien qu'A y en ait quelques-uns qui, selon votre présente remarque, mettent la cour d'Egypte à Soan, autrement Tanis, j'ai cru que je me devais arrêter à l'opinion la plus commune et la plus célèbre, qui Ta fait à Memphis, et qu'il peut y avoir aussi bien des roseaux en ce

Ji) Cette lettre rëpond à une critique de Bochart, qui n'a pas été retrouvée.

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lieu-là qu'en un autre, puisqu'il s'en trouve presque dans toutes les rivières. Le bon du Bartas^ qui n'était pas un ignorant, dit en parlant de la nuit qui dure trois jours :

La palpable noirceur des ombres memphitiques.

Il dit encore en un autre endroit, parlant de Moïse adopté par la fille de Pharaon :

Et celui-là, qui doit d*un bras haut élevé Foudroyer sur Bubaste, et de honte éternelle Flétrir la cour de Memphe, est agrandi par elle.

Donc il croyait que la cour de Pharaon fûtàMemphis,et,fsi je l'ai cru comme lui, Joseph, Philon Juif, et plusieurs autres, ne fout voir rien de contraire. Si je ne suis pas le seul qui fasse naître Moïse plus de 300 ans après l'entrée des Israélites en Egypte, cela m'est excusable, et je l'ai tiré de ce que dit Joseph, ch. 5, liv. 2, p. 56, où il met en tête les afflictions des Hébreux en Egypte par l'espace de 400 ans. Mais je ne trouve pas, sauf votre meilleur avis, que moiv Mérary m'oblige à me rendre à ce que vous dites : car outre qu'il y peut avoir plusieurs hommes de même nom, celui-là n'est qu un personnage supposé, n'^n plus que monEHsaph, et je n'ai pas prétendu le donner comme un des trois enfants deLevi. En tout cas, le fameux anachronisme de Virgile touchant Didon m'autorise et me garantit, et montre assez authentiquement qu'il est permis d'en faire dans les poèmes

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héroïques. Vous me direz peut-être. Monsieur, que mon ouvrage n'en porte pas tout à fait le titre ; mais, étant à peu près do même nature, je le lui aurais pu faire porter si j'en eusse voulu croire quelques-uns des plus capables. Pour le vœu que je fais faire à Jacob de bâtir un temple, il est très vrai que je n'entends qu'un autel particulier, encore que Dlodate (Genèse, 28, 22) le tourne Casa di Z)/o, et je n'ignore pas que ce fut Salomon qui, sur le dessin de David, fit bâtir celui que l'on pouvait nommer à bon droit la merveille du monde.

Quant à l'hyperbole /wir Vtndroitle pluadar,qae direz-vous lorsque vous repenserez à tous ceux des grands poètes? et qu'est-ce au prix de celui de l'Arioste, qui fait voler des éclats de lance si haut qu'ils montent jusqu^à la sphère du feu d'où ils redescen^ dent en terre tout allumés ? Qu*6st«ce en eompa<* raison des efforts que le Stace fait fairç à Gapanée sur les murailles deThèbes? Aussi, Monsieur, ditesvous très pertinemment que cela est permis au métier; mais je crois que c'est plutôt par un endroit légitime que par une excuse licencieuse; autrement, il n'y aurait rien qui excitât l'admiration, et c'est une des choses les plus propres et les plus particulières qui soient en ce genre d'écrire. Oserai-je dire à une personne qui le sait incomparablement mieux que moi qu'il y a des façons de parler dans la saîate Beriture même où il ne faut pas y prendre tout aq

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pied de la lettre i qu'elle use de figures quelquefois, et que quand Samson défait et tue mille hommes, lui tout seul, d*une mâchoire (ce que je liens indubitable pourtant), il y paraît quelque chose qui passe rhyperbole et le merveilleux, IJ est vrai que» Pi§u l'assistait spécialement, et que, Tassistant, rien ne lui était impossible; mais, en vérité, ne pouvitit-^il pas assister aussi bien celui que je fais combattre pour la défense de son grand et fidèle serviteur Moïse ? Ne pouvait-il pas donner des forces ejftraordinaires aussi bien à Tun qu'à Tautre?

Je veux que tant de naturalistes que vous m'alléguez tiennent que les écailles du crocodile sont impénétrables à toutes sortes d'atteintes. Ils n'en étaient peut-être pas mieux informés que nous, et, quand cela serait, c'est d'où je tire la grandeur de mon action. Par le palmier, j'entends celui qui porte les dattes, et non les cocos. Il ne laisse pan d*étre bien plus haut que ne l'ont écrit les anciens, n s'en trouve en l'Egypte, et pas l'autre arbre qui produit la liqueur qu'on appelle vin de palme, et qui ne porte point de fruit : j'entends le palmiste qui est de la hauteur que vous dites ou environ. J'en parle non sur le rapport d'autrui, mais pour en avoir vu en divers lieux, et il n'est pas incroyable qu'il ne s'en trouvât, dès lors, sur le bord du Nil, outre que de pareilles suppositions doivent bien être souffertes 4 ceux qui ont droit de tout feiqdra, ou, pour mieux

dire, de mentir impunément. Pour ce qui est de Saba et de ce que je dis de Moïse, en parlant de à: // revient voir le Nil, je savais bien qu*il n'avait que faire d'en partir pour le voir, et c'aurait été une erreur bien grossière à qui sait tant soit peu de géographie de n'avoir pas|remarqué que cette Saba, que Çambyse nomma depuis Meroé, du nom de sa sœur, est dans une île toute environnée de ce fleuve et de ceuxd'Astap et d'Astobar, selon Josèphe. Mais la faute vient de ce qu'ayant retranché, pour certaines considérations, quantité de vers entre deux en cet endroit, et entre autres ceux-ci, qui ne sont peutêtre pas à mépriser :

Cette grande Saba dont les tours fastueuses S'élèvent fièrement sur ses eaux tortueuses De trois fleuves profonds, qui, fermant son fossé, Font voir dans leur cristal son orteil renversé;

la faute, dis-je, vient de ce qu'étant tombé malade pendant l'impression de mon livre, le correcteur n'a pas pris garde à un mot raturé dans la copie de ce retranchement, et je ne m'en suis non plus aperçu depuis ; autrement je l'aurais mis en l'errata.

Il faut donc lire: Il revint à Memphis, L'hyperbole de Pharaon en ces mots : Quoi donc que V univers, etc., est un excès artificieux, et je l'ai fait parler ainsi à dessein, comme un fou et un arrogant qu'il était. Vous voyez de même de quelles figures son discours est composé, combien les mouvements

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en sont rompus, et combien toutes les marques de son orgueil, de sa colère et de son extravagance y paraissent. De ce qu'il appelle les Hébreux infâmes circoncis, je présuppose qu*il ne Tétait point, et, puisque vous-même êtes incertain qu'il le fût, quoi que rapportent Hérodote et Diodore des Colches et des Egyptiens, je crois n'avoir point erré, les Hébreux se pouvant appeler circoncis, s'il faut ainsi dire, par éminence sur tous les autres peuples qui l'étaient. Cette réponse sert à ce qui est dit de la circoncision dans ma préface .

J'ai peint la mer Erythrée de couleur rouge, selon la créapce vulgaire, et à cause des sablons que l'on tient lui donner cette couleur lorsqu'elle est émue, parce que la chose est plus rare, et que cela me fournirait une plus belle manière d'écrire; non que j'aie ignoré tout ce que vous dites d'Edom, de qui j'étais bien informé que le nom lui en venait véritablement. . .

Au reste, Monsieur, si j'avais eu l'honneur de vous consulter avant l'impression'de mon ouvrage, il serait exempt des fautes que vous y remarquez, et de bien d'autres encore qui s'y trouveront sans doute. Mais je m'assure que, toutefois et quantes que, par un excès de générosité charitable, vous entreprendrez de me défendre contre vous-même, vous me ferez triompher d'un des plus grands hommes du siècle. Tous les yeux ne sont pas si

clairvoyants que les vôtres; tout le monde ne va pas puiser dans la vraie et profonde source des choses, comme vous faites. Nous nous contentons de boire dans les ruisseaux les plus petits et les plus éloignés qui en partent. Excusez-moi donc, s*il vous plaît, Monsieur; soyez mon protecteur plutôt que mon juge, et faites-moi la grâce de croire que je suis autant que votre mérite, votre vertu, votre savoir, votre ancienne réputation et notre ancienne amitié le demandent,

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

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