I-.es Nymphes, y cherchant le frais
S'y viennent fournir de quenouilles.
De pipeaux, de joncs et de glais * ; Où l'on voit sauter les grenouilles^ Qui de frayeur s'y vont cacher Si tôt qu'on veut s'en approcher.
Là, cent mille oiseaux aquatiques Vivent, sans craindre, en leur repos.
Le giboyeur fin et dispos^ Avec ses mortelles pratiques.
L'un, tout joyeux d'un si beau jour.
S'amuse à becqueter sa plume ; L'autre allentit le feu d'amour ^ Qui dans l'eau même se consume, j Et prennent tous innocemment Leur plaisir en cet élément. i
l4 SAINT-AMANT
Jamais l'été ni la froidure N'ont vu passer dessus cette eau Nulle charrette ni bateau, Depuis que Tun et Fautre dure ; Jamais voyageur altéré N'y fit servir sa main de tasse ; Jamais chevreuil désespéré N'y finit sa vie à la chasse ; Et jamais le traître hameçon N'en fit sortir aucun poisson.
' Que j'aime à voir la décadencj».
De ces vieux châteaux ruinés,
Contre qui les ans mutinés
Ont déployé leur insolence !
Les sorciers y font leur sabbat;
Les démons follets s'y retirent.
Qui d'un malicieux ébat
Trompent nos sens et nous ma»tyr«iit * ;
Là se nieitent en mille- trous
Les couleuvres et tes hiboux.
' L'orfiraie *r «^^c ses cris, ûrnèbres, Mortels augures des destins, Fait rire et danser les lutins Dans ces lieux remplis de téaèbi es.
Sous un chefvrGo de bois i»«radît Y branle le squetetite horrible
D'un pauvre mimhH quî se pendSl Pour une bergère m9ensE)le, Qui d'un seul regard de pHié Ne daigna voirsen amitié.
Aussi le Cîel^ jii*g« éq/aiiohh^ Qui maintient le» lois en vigueur^ Prononça contw sa rigueur Une sentence épouvantable :
Autour de eo» ykajx ossax^nts Son ombre, ai» pekieB eûadftm«ée^ Lamente en longs géamsem&ois Sa malheureuse destinée.
Ayant, pour croUre soa effroi.
Toujours son crime devant soi.
/ Là se trouvent sur quelques marbres
Des devises du temps passé ;
Ici l'âge a presque effacé
Des chiffres taillés sur les arbres ;
Le plancher du lieu le plus haut
Est tombé jusque dans la cave,
Que la limace et le crapaud
Souillent de venin et de bave ;
Le lierre y croît au foyer,
A Tombrage d'un grand noyer.
Là dessous s'étend une voûte Si sombre en un certain endroit^,
l6 SAINT-AMANT
Que, quand Phébus y descendroit, Je pense qu'il n'y verrait goutte; Le Sommeil aux pesants sourcils, Enchanté d'un morne silence, Y dort, bien loin de tous soucis, Dans les bras de là Nonchalance, Lâchement couché sur le dos Dessus des gerbes de pavots.
Au creux de cette grotte fraîche, Où l'Amour se pourrait geler.
Echo ne cesse de brûler.
Pour son amant froid et revêche.
Je m'y coule sans faire bruit, Et par la céleste harmonie D'un doux luth, aux charmes instruit.
Je flatte sa triste manie, Faisant répéter mes accords A la voix qui lui sert de corps.
Tantôt, sortant de ces ruines.
Je monte au haut de ce rocher.
Dans le sommet semble chercher En quel lieu se font les bruines ; Puis je descends tout à loisir.
Sous une falaise escarpée, D'où je regarde avec plaisir L'onde qui Ta' presque sapée
Jusqu'au siège de Palémon, Fait d'épongés et de limon.
^ Que c'est une chose agréable D'être sur le bord de la mer, Quand elle vient à se calmer.
Après quelque orage effroyable I Et que les chevelus Tritons, Hauts sur les vagues secouées.
Frappent les airs d'étranges tons Avec leurs trompes enrouées, Dont l'éclat rend respectueux Les vents les plus impétueux 1
• Tantôt l'onde, brouillant rarène, Murmure et frémit de courroux.
Se roulant dessus les cailloux Qu'elle apporte et qu'elle rentraîne.
Tantôt, elle étale en ses bords, QueTîre de Neptune outrage, Des gfin^ noyés, des monstres morts, De vaisseaux brisés du naufrage.
Des diamants, de l'ambre gris, Et mille autres choses de prix.
Tantôt, la plus claire du monde.
Elle semble un miroir flottant, Et nous représente à l'instant Encore d'autres cieux sous Fonde.
l8 SAINT-AMANT
Le soleil s'y fait si bien voir, Y contemplant son beau visage, Qu'on est quelque temps à savoir Si c'est lui-mesme, ou son image, Et d'abord il semble à nos yeux Qu'il s'est laissé tomber des cieux.
Dernières, pour qui je me vante De ne rien faire que de beau, Reçois ce fantasgue^ableau Fait d'une peinture vivante.
Je ne cherche que les déserts.
Où, rêvant tout seul, je m'amuse A des discours assez diserts De mon génie avec la muse ; Mais mon plus aimable entretien C'est le ressouvenir du tien.
Tu vois dans cette poésie, Pleine de licence et d'ardeur, Les beaux rayons de la splendeur Qui m'éclaire la fantaisie :
Tantôt chagrin, tantôt joyeux, Selon que la fureur m'enflamme.
Et que l'objet s'offre à mes yeux.
Les propos me naissent en l'âme.
Sans contraindre la libe rté Du démon qui m'a transporté.
POÂMES 1 9
que j'aime la solitude I C'est rélément des bons esprits, C'est par elle que j^ai compris L'art d'Apollon sans nulle étude, Je Taime pour Tamour de toi, Connaissant que ton humeur Taime ; Mais, quand je pense bien à moi, Je la hais pour la raison même :
Car elle pourrait me ravir L'heur de te voir et te servir.
A Messire Philippe Coêpean*, évéque d$ Nantes,
Vous par qui j'espère être exempt De choir en réternelle flamme, Apôtre du siècle présent^ Cause du salut de mon âme, Divin prélat, saint orateur^, Juste et souverain destructeur Des infernales hérésies ; Grand esprit, de qui tout prend loij Et dont les paroles choisies Sont autant d'articles de foi ;
SAINr-AMANT
Vous qui gardez d'un soin si doux Le cher troupeau de votre maître, Lui donnant en dépit des loups, Le sacré pain de grâce à paître ; Vrai ministre d'état du Ciel, Cœur débonnaire, homme sans fiel, Qui vivez comme font les anges.
Et méritez qu'en chaque lieu On vous fasse part aux louanges Que vous-même rendez à Dieu ;
Vous, dis-je, qui, daignant chérir Les nobles travaux de la muse.
Avez voulu vous enquérir A quoi maintenant je m'amuse ; Je vous le veux dire en ces vers.
Où d'un art pompeux et divers Je ferai briller mes pensées ; Et croîs que les plus grands censeurs Les verront si bien agencées.
Qu'ils en goûteront les douceurs.
Loin, dans une île qu'à bon droit * On honora du nom de Belle *, Où s'élève un fort qui tiendroit Contre l'Anglais et le rebelle.
Je contente à plein mon désir De voir^mon Duc * à mon plaisir,
^HS^^.^
Sans nul objet qui m'importune, Et tâche à le garder d'ennui, Sans songer à d'autre fortune Qu'à l'honneur d'être auprès de lui.
Là, par fois consultant les eaux Du sommet d'une roche nue, Où pour voir voler les oiseaux Il faut que je baisse la vue.
Je m'entretiens avec Théfis Des poissons et grands et petits Que de ses vagues elle enserre.
Et ne puis assez admirer.
Voyant les bornes de la terre, Comme elle les peut endurer.
Mais elle m'en dit la raison :
C'est que le respect qu'elle porte A Dieu, qui l'a mise en prison, Ne lui permet pas qu'elle en sorte.
Il suffit qu'elle ait autrefois Logé ses monstres dans les bois /" 5 Y Pour aider à punir nos crimes.
Et qu'elle ait surpassé tes monts, Pour nous plonger dans les abîmes Où trébuchèrent les démons.
Là dessus, me représentant Les tristes effets du déluge,
ogis flottant t son refuge, i mes yeiut 5s cîeux, chés du inonde, out périr, ccroître l*onde, arir,
ïr devant moi d'aile, itoy * i fidèle ;
Esprit
prit
craintive, 3S épais l'olive, ncer la paix.
mes sens indre étofiFe, je descends biloBOphe ; 3cret mais discret,
ouverts,
Et, dans ma recherche profonde.
Je loge en moi tout Tunivers.
Là, songeant au flux et reflux, Je m'abîme dans cette idée; Son mouvement me rend perclus, Et mon âme en est obsédée.
Celui que TEuripe engloutit Jamais en son coeur ne sentit Un plus ardent désir d'apprendre ; Mais quand je veux bien Téplucher, J'entends qu'on n'y peut rien entendre, Et qu'on se perd à le chercher.
Là, mainte nef au gré du Vent Sillonnant la plaine liquide Me fait repenser bien souvent A la boussoïe qui la guide ; La miraculeuse vertu Dont ce cadran est revêtu Foule ma raison subvertie, Et mes esprits, en ce discors S'embrouillent dans la sympathie Du fer, de l'aimant et du nord...
Tantôt comme un petit bateau Dans la bonace non suspecte, J'aperçois voguer sur cette eau Le nid que l'orage respecte :
Pour lui le flot amer est doux, Aquilon retient son courroux, Saturne a Tinfluence heureuse, Et Phebus, plein de passion.
Aide, en sa chaleur vigoureuse, A faire éclore l'alcyon.
Tout ce qu'autrefois j*ai chanté De la mer, en ma Solitude, En ce lieu m'est représenté, Où souvent je fais mon estude.
J'y vois ce grand homme marin * • ^ Qui d'un véritable burin iny^r^^ ' ^ Vivait ici dans la mémoire.
Mon cœur en est tout interdit, Et je me sens forcé d'en croire Bien plus qu'on ne m'en avait dit.
Il a le corps fait comme nous, Sa tête à la nôtre est pareille.
Je l'ai vu jusques aux genoux.
Sa voix a frappé mon oreille.
Son bras d'écailles est couvert, Son teint est blanc, son œil est vert, Sa chevelure est azurée.
11 m'a regardé fixement, Et sa contenance assurée M'a donné de l'étonnement.
POÈMES a5
Un portrait qui n^est qu'ébauché Représente bien son visage ; Sous du poil son sein est caché.
Il a des mains le libre usage ; De la droite W ÇPJPSÎ^^ ^^ ^^^ Fait de nacre aussi rare qu'or, Dont les chiens de mer il assemble.
Je puis croire un Glauque aujourd'hui ; Bref^ à nous si fort il ressemble, Que j'ai pensé parler à lui.
De mainte branche de coral *, Qui croît sous l'eau comme de Fherbe, Et dont Neptune est libéral^ Il porte un panache * superbe ; Vingt tours de perles d'Orient, Riches d'un lustre variant, En guise d'écharpe le ceignent ; D'ambre son chef est parfumé, Et^ quoique les ondes le craignent^ Il en est pourtant bien-aimé.
Tantôt, lassé d'être en repos Sur un si haut et si dur siège^ Cherchant un lieu plus à propos.
Je tends aux lapins quelque piège ; Tantôt je tire aux cormorans.
Qui bas dans les flots murmurants
Tombent percés du plomb qui tue ; Us se débattent sur ce bord Et leur vie en vain s'évertue D'écbapper des mains de la Mort.
Tantôt^ nous allant promener Dans quelque chaloupe à la rade> Nous laissons après nous traîner Quelque ligne pour la dorade, ^r^f^ Ce beau poisson, qui l'aperçoit, Pipé de l'espoir qu'il conçoit, Aussitôt nous Suit à la trace.
Son cours est léger et bruyant, Et la chose même qu'il chasse En fin l'attrape en le fuyant.
Quelquefois, bien loin écarté, Je puise, pour apprendre à vivre, L'^iistoire ou la moralité Dans quelque vénérable livre ; Quelquefois, surpris de la nuit En une plage où pour tout fruit J'ai ramassé mainte coquille, Je reviens au château, rêvant.
Sous la faveur d'un ver qui brille Ou plutôt d'un astre vivant.
bon Dieu ! m'écrié-je alors, Que ta puissance est nonpareiUc
POÂHBi 27
D'avoir en un 6Î petit Oorps Fait une si grande merveille I O feu qui, toujours allumé^ Brûles sans être consumé I Belle escarboucle qui chemines.
Ton éclat me plaît beaucoup mieux Que celui qu'on tire des mines, Afin d'ensorceler nos yeux I
Tantôt, saisi de quelque horreur D'être seul parmi les ténèbres, Abusé d'une vaine erreur, Je me fein s mille objets funèbres ; Mon esprit en est suspendu, Mon cœur en demeure éperdu, Le sein me bat, le poil me dresse^ i Mon corps est privé de soutien, Et, dans la frayeur qui m'oppresse.
Je crois voir tout, pour ne voir rien.
Tantôt, délivré du tourment De ces illusions nocturnes^ Je considère au firmament L'aspect des flambeaux taciturnes ; Et, voyant qu'en ces doux déserts Les orgueilleux tyrans des airs Ont apaisé leur insolence, J'écoute, à demi transporté,
Le bruit des ailes du Silence, Qui vole dans robscurité.
Trouvé-je au retour couvert mis.
J'entretiens mon Duc à la table, En tant comme il me Test permis, De quelque propos délectable ; Je le fais rire de ma peur, Je lui dis quel spectre trompeur J'ai cru s'être offert à ma vue, El, pour noyer tout mon souci, Sur un grand verre je me rue, Où le vin semble en rire aussi .
Là, suivant les sujets du temps.
Tantôt nous parlons de la digue Où, vrai prophète, je m'attends De voir crever la jeune Ligue ; Tantôt, les cœurs tout réjouis, Nous célébrons du grand Louis L'heur, la prudence et le courage.
Et dbons que le Cardinal Est à la France dans Forage .
Ce qu'au navire est le fanai.1;^*^ )'*''^
Tantôt, sur le bruit que l'Anglois Une visite nous prépare.
Nous projetons tous les exploits De quoy la Victoire se pare.
hÊj^
Tenez-vous donc pour assuré
Que cet ennemi conjuré
Qui tant de faux desseins embrasse
En ce lieu propre à Ten punir
Sera reçu de bonne grâce,
S'il nous oblige d'y venir.
Tantôt, après minuit sonné.
Ayant chez moi fait la retraite.
D'un soin aux muses adonné, J'écris comment Amour me traite.
Tantôt méprisant son pouvoir, Quoique sans yeux, je lui fais voir Par quel moyen on le surmonte, Je me guéris des maux soufferts.
Et d'une généreuse honte Ma raison brise tous ses fers.
Tantôt, d'un son qui me ravit Et qui chasse toute manie, La sainte harpe de David Prête à mon luth son harmonie.
Puis, jusqu'à tant que le sommeil, Avec un plaisir sans pareil.
Me vienne sciller la prunelle.
Je Us ces sacrés Testaments Où Dieu, d'une encre solennelle, Fait luire ses hauts mandements.
Tantôt, levé devaAt 1© jour, Contre ma coutume ordinaire, Pour voir recommencer le tour Au céleste et grand luminaire.
Je l'observe au sortir de» JBiots, Sous qui la nuit, étant enolofij Il sembloit être en sépulture ; Et, voyant son premier rayon, Bénis l'auteur de la nature, Dont il est comme le crayon»
Ainsi, dis-je en le regardant, Verra-t-on, quoi que l'oubli fasse, Au point du dernier jour ardant ^ Ressusciter rbumain© raoe ; Ainsi, mais plus clair et plu8 beau, Verra-t-on, comme oe flambeau.
Monter au ciel le corps du juste, Après qu^aveoque majesté.
Dieu, séant en son trône auguste, L'aura par sabouobe arrêté?
Lors, d*ua souci grave et profond Me ramassant tout en moi-même.
Gomme on tient que nos esprita font Pour faire quelque effort extrême, L'immortelle et Bavante main lA-^
De ce fameux peintre romain * '
POÉMBS 3l
N'a rien tracé d'éïnerveillable Que ce penser de Tavenir, Plein d'une terreur agréable^ Ne ramène en mon souvenir.
Là, rêvant à ce jour préfis * En qui toute âme saine espère^ Jour grand, où Ton verra le fiU Naître aussi tôt comme le père.
Je m'imagine au même instant Entendre le son éclatant De la trompette séraphique, Et pense voir en appareil Epouvantable et magnifique Jésus au milieu du soleil,
A ce bruit, que je dois nommer La voix de la seconde viç, Qui semble déjà ranimer Celle que la Parque a ravie ; A ce ton qui de bout en bout Ici-bas réveillera tout, Et pour le deuil, et pour la joie, Il n'est posture, quant au corps.
En quoi mon œil ému ne croie Voir sortir du tombeau les morts.
L'un m'apparaît un bras devant ; L'autre ne montre que la tête,
Et, n'étant qu'à moitié vivant, Force Fcbstacle qui l'arrête.
Celui-ci s'éveille en sursaut ; Celui-là joint les mains en haut^ Implorant la faveur divine ; Et l'autre est à peine levé Que d'un corps dévot il s'incline Devers l'agneau qui l'a sauvé.
Près de là, le frère et la sœur.
Touchés de ce bruit dont tout tremble, y D'être accusés d'inceste ont peur,
Pour se trouver couchés ensemble.
Ici, la femme et le mari,
Objet l'un de l'autre chéri,
Voyant la clarté souhaitée.
Semblent s'étonner et gémir
D'avoir passé cette nuitée . Sans avoir rien fait que dormir.
Tel, qui n'eût su quasi marcher Autrefois, travaillé des gouttes.
Court maintenant et va chercher Du ciel les glorieuses routes.
Tel, de qui le seul ornement Fut d'être vêtu richement Et d'avoir des valets sans nombre, Ebahi de sa nudité,
N'est plus suivi que de son ombre^ Encore va-t-elle à coté.
L'un de parler est tout ravi, Vu qu'il manquait jadis de langae^ Et fait à Dieu, qu'il a servi, Son humble et première harangue ; L'autre, qui jamais du soleil N'avait vu l'éclat nonpareil, Pour être aveugle de naissance, Admire à présent sa couleur, Dont il ignorait la puissance^ Bien qu'il en connût la chaleur.
Bref, en cette apparition, Ceux qui bienheureux doivent être Sans aucune imperfection Je me figure voir renaître.
Mais les méchants désespérés.
Pour qui déjà sont préparés De l'enfer les tourments énormes.
Ne se représentent à moi Que si hideux et si difformes Que mon âme en transit d'efProi.
n m'est avis qu'en même endroit Je vois la divine balance Peser et le tort et le droit Sans faveur et sans violence.
Après ce jugement final
Donné sur le saint tribunal
Devant qui Dieu veut qu'on réponde.
Je crois que le haut élément
Ne fait déjà de tout le monde
Qu'un globe de feu seulement.
Les étoiles tombent des cîeux.
Les flammes dévorent la terre, Le mont Gibel * est en tous lieux, Et partout gronde le tonnerre, La salamandre est sans vertu, L'asbeste * passe pour fétu, La mer brûle comme eau-de-vie.
L'air n'est plus que soufre allumé, Et l'astre dont l'aube est suivie Est par soi-même consumé.
Les métaux, ensemble fondus, Font des rivières précieuses ; Leurs flots bouillants sont épandus Par les campagnes spacieuses.
Dans ce feu, le dernier des maux, Tous les terrestres animaux Se consolent en quelque sorte, . V^i Du déluge à demi vengés, y •*.
En voyant ceux que l'onde porte Aussi bien comme eux affligés.
L'unique oiseau * meurt pour toujours^ La nature est exterminée^ Et le Temps, achevant son cours, Met fin à toute destinée.
Ce vieillard ne peut plus voler ; Il se sent les ailes brûler Avec une rigueur extrême :
Rien ne le saurait secourir ; Tout est détruit, et la Mort même Se voit contrainte de mourir.
Dieu I qui me fais concevoir Toutes ces futures merveilles, Toi seul à qui, pour mon devoir, J'offrirai les fruits de mes veilles, Accorde-moi par ta bonté La gloire de Téternité, Afin d'en couronner mon àme ; Et fais qu'en ce terrible jour Je ne brûle point d'autre flamme Que de celle de ton amour.
Et vous, dont les discours sont tels. Accompagnés des bons exemples.
Que par leur fruit les vrais autels Triomphent de tous les faux temples ; Vous, dîs-je, à qui j'écris ces vers.
Où dans la mort de l'univers
Un haut renom s'immortalise.
Veuillez être leur protecteur, Et permettez-moi qu'on y lise Que je suis votre adorateur. .