Saint Au^Mistin. Conf., 1. vi. chap. m
trinal où il semble avoir eu rintenlioa expresse d'établir une comparaison entre la morale de FÉvangWe et celle qu'avant le Christ avait enseignée la philosophie.
Le titre du livre [De officiis ministrorum ^ des devoirs des prêtres^ est h peu près textuellement emprunté au plus fameux ouvrage moral de Cicéron. A la vérité, Fauteur fait profession de n'adresser ses conseils qu'à ceux qui prétendent au sacerdoce, mais cette restriction n'est qu'apparente, ou du moins, il oublie souvent d'en tenir compte, car ce sont tous les fidèles et, en réalité même, tous les hommes qui sont également intéressés et dans les questions qu'il pose et dans les solutions qu'il y donne. Dans l'exposé qu'il fait de diverses catégories de devoirs, il adopte le plan tracé par le moraliste romain qui n'avait fait que reproduire les idées dun philosophe, Panétius. dont les ouvrages ne nous sont pas parvenus. Il cite les noms de ces deux maîtres et se recommande de leur autorité, mais c'est à la condition de commencer par faire dériver l'obligation morale d'une source élevée qui ne leur était pas connue : la volonté de Dieu révélée par sa parole. « Venez, mes enfants, dit-il en commençant, écoutez-moi, je vous inspirerai la crainte du Seigneur. ^' Puis Cicéron admettait que la conduite de riiomme peut être dirigée par deux considérations différentes, l'honnêteté d'un acte ou son utilité, et c'est après avoir examiné l'un et l'autre de ces mobiles, qu'il décide ce qui doit être fait
quand l'iioiinète et l'utile ne s'accordent pas. C'est une distinction qu'Ambroise ne veut pas l'aire et une comparaison que, suivant lui, on ne doit pas établir, car il n'y a d'utile que ce qui est honnête. L'utile n'est pas ce qui contribue au bien de la vie présente, mais bien ce qui assure le bien éternel de la vie future. C'est tout au plus même si, envisagés de ce point de vue, tous les avantages qui paraissent aux hommes utiles ou agréables, jouissances, richesses, pouvoir, ne sont pas le contraire même de l'utilité puisqu'ils peuvent l'égarer et le corrompre. « Ces biens prétendus sont moins que rien, on ne perd rien en les perdant, c'est ce bien prétendu qui est une ruine, on n'est pas ruiné pour en être privée »
Puis après avoir rattaché ainsi toutes les obligations morales à un seul principe et attribué tous les ac^tes permis ou commandés à un seul mobile, le respect et l'amour de la loi divine, quand il passe à l'application de ces règles fondamentales, ses avis sont dictés par un esprit de sagesse et de mesure qui sait s'approprier avec un art intelligent à toutes les conditions de la vie commune. Il évite tout ce qui pourrait donner au fidèle l'apparence d'une humeur insociable, ou faire douter qu'il soit apte à remplir les devoirs imposés à tous. Il va ainsi
I. Niliil est quidquid in sacculo est : qui exiguum habet non minuit, quia a niliil est quod amittit. Rcs sine dispendio est quod totuiu dispendiuni est. De offîciis m'inistrorum, 1. I, 28, i54, l55, ii, i5, 18.
CONSEILLER INTLME DE GRATIEX. 53
au-devant de plus d'un reproche fuit aux clnétiens d'alors par leurs adversaires et que des Iiistoriens, qui ne rendent pas justice au rôle de lEglise, leur font encore même de nos jours.
Que n'avait-on pas dit et que ne répète-t-on pas encore aujourd'hui sur la répugnance témoignée par les premiers chrétiens pour la profession des armes, provenant, dit-on, de leur indifférence pour les maux et les dangers de la patrie romaine? Ambroise, tout plein d'un sentiment tout opposé, ne veut pas admettre ce soupçon. Aussi quand il traite de la vertu de courage, il la divise en deux parties; il y a d'abord ce qu'il appelle le courage domestique, c'est-à-dire la force dame que l'homme doit exercer sur lui-même pour maîtriser ses passions et ne pas se laisser abattre par les épreuves et les maux de la vie ; mais il y a aussi le courage guerrier, celui qui doit faire face à renncmi. « Plusieurs, dil-il, ne font cas que de celui-là : et il ne faut pas qu'on puisse croire que nous ne l'estimons pas comme s'il avait fait défaut aux nôtres, " et pour repousser cette imputation, il rappelle les grands exemples de vaillance patriotique donnés par Josué. Gédéon, et les Macchabées.
C'est bien la même inspiration qu'on retrouve dans une de ses prédications où, traitant d'un passage où il est dit que le Christ ne fit aucun miracle dans la Galilée, sa patrie : a Qu'on n'aille pas croire, s'écrie-t-il, que nous regardions l'aflection de la patrie comme un sentiment sans valeur. Comment
celui qui aimait tous les hommes ne nous aurait-il
pas appris à aimer nos concitoyens*? «
Quand il traite aussi de la vertu de bienfaisance, h laquelle il laisse encore le nom que lui donnait Cicéron (bien que celui de cliarité fût assurément sur les livres de ceux ii qui il parlait), il ne la renferme pas dans l'ensemble des règles froides et compassées tracées par le moraliste romain qui recommande à chacun de proportionner soigneusement ses bienfaits à ses movens afin de ne pas faire tort à ses héritiers : u Au contraire, dit-il, il faut savoir se priver soi-même pour donner. Il faut chercher et trouver la misère qui se cache : grande est votre faute, s'il v a, à votre connaissance, un de vos frères (jui languisse dans le dénûuient, qui souffre de la faim et des privations et qui soit mis aux fers, peut-être conduit au supplice pour une cause injuste quand vous pourriez l'en tirer, et que votre argent ait ainsi à vos yeux plus de valeur que la vie d'un homme*. Personne ne doit craindre de s'appauvrir en secourant les pauvres; car le Christ était riche et il s'est fait pauvre pour subvenir h notre misère. » Jamais Cicéron, ni Sénè(jue, ni même Marc-Aurèle n'avaient tenu pareil langage.
Mais on rejirochait souvent i\ la charité chrétienne de |)iodiguer ses bienfaits sans mesure ii ceux qui n'étaient pas dignes de les recevoir et de dissiper ainsi des ressources précieuses, (juclcjucfois