np. T.-C. Décision do Justine en faveur des Ariens
naturellement sur son esprit. Mais quand il s'agît de passer à Texéeution, il fallut bien prévenir Ambroise, car il n'était pas possible de lui fermer la porte d une de ses églises, sans qu il en eût connaissance. On le manda donc au palais. Il v trouva TEmpereur environné de ses principaux officiers, qui, répétant la leçon qu'on lui avait apprise, lui enjoignit par deux mots très secs d'avoir à évacuer la basilique Portienne. « Je n'ai pas le droit de vous la rendre, répondit Ambroisc, et vous n'auriez pas le (h'oit de la prendre, vous ne vous croiriez pas permis de violer un domicile privé, et vous penseriez pouvoir vous saisir de la maison de Dieu ! — ^lais, dit l'Empereur que ce ton inaccoutumé de bardiesse étonnait, j'ai pourtant, moi aussi, le droit d avoir une basilique. — Non, nous ne l'avez pas: il ne doit avon^rien de commun entre vous et l'adultère, et c'est un adultère que de se placer en dehors de la légitime union du Christ. »
Les officiers présents intervinrent alors, et le débat prenant plus de vivacité aurait pu se proloni^er, si une rumeur tumultueuse ne s'était fait entendre du dehors. C'était une multitude émue qui assiégeait et menaçait de forcer les portes (hi palais. Le bruit s'était répandu (ju'Ambroise était appelé par un ordre m\stérieux devant des juges dont la malveillance pour lui était connue, et qu'on voulait attenter à sa personne. Les chrétiens, qui formaient l'immense majorité de la ville, accouraient en foule pour le défendre : leur irritation ne fut pas
calmée quand ils surent qu'il s'agissait seulement de leur enlever un de leurs sanctuaires. L'officier de garde qui vint leur commander de se disperser n'obtint d'eux que cette réponse : « Frappez-nous si vous voulez, nous sommes prêts h mourir pour la foi de Jésus-Christ ».
Justine se rappela sans doute alors (ce que l'exemple de Gratien venait de prouver" combien, malgré son apparence de toute-puissance, le pouvoir impérial était fragile et, passant de la violence à la faiblesse avec le rapide changement dimpression qui est propre à une femme, elle se retourna en tremblant vers Amljroise et le pria d'aller se montrer au peuple pour l'apaiser. « Mais que lui dirai-je? reprit Ambroise. — Dites-lui qu'aucune basilique ne leur sera enlevée. » Il sortit alors et sa présence, comme les promesses dont il se portait garant, eurent bientôt ramené le calme.
La journée était sauvée, mais l'honneur impérial n'était pas sauf. L'épreuve, au contraire, ne f\ùsait qu'accroître la popularité d'Ambroise et attester sa puissance; aussi, dès que le danger fut passé, on se plut à contester qu'il eût été réel. L'émeute, dit-on, étaitle fait d'Ambroise lui-même, qui l'avait provoquée, comme il était aisé de le voir, puisque deux mots de lui avaient suffi pour la dissiper*. Justine, humiliée d'avoir été dupe d'une comédie, se
I. Quod populus ad palatium venis^ct. mihi invidia commota est. — Sermo contra Aiutentium, p. 29.
laissa persuader tle elierclier dès le lendemain une revanche éclatante. EOecLivement, ce jour-là, Ambroise vit arriver chez lui des officiers d'un rang élevé, porteurs d'un commandement écrit (jui lui signifiait d'avoir à livrer, non pas seulement la basilique Portienne ((jui était Tune des moindres de la ville), mais la plus grande, la basilique neuve, véritable cathédrale élevée près de sa demeure et où il officiait habituellement. « Et surtout, ajoutèrent les messagers, faites en sorte que cette fois personne ne bouge'. »
Sa réponse fut la même qu'il avait faite à l'Empereur, et le surlendemain, qui était le dimanche des Rameaux, il se rendit à l'église même qu'on lui réclamait pour [)résider ii la soleiniité du jour.
La nef était pleine d'une assistance plus nombreuse (pie de coutume, qui l'accueillit par des acclamations. Au moment où il allait monter à l'autel, le préfet du prétoire, qui craignait de nouveaux troubles, s'approcha de lui et lui demanda à voix basse de consentir ii laisser prendre la basilicpie Portienne, lui promettant, movenninitcette concession obtenue, de faire revenir sur la nouvelle exigence. La foule témoin de l'entretien en comprit la nature et un cri s'éleva de toutes parts : vc Non, Ambroise, ne cédez rien ». 11 reprit le service, l'acheva comme il l'ordinaire, et donna même les dernières instruc-
I. Procurarein ne (juis [xjpiilus lurbarur.i moNcict. Kjnst. \x\, -x.
tioDsaux catéchumène.-, qui devaient recevoir le baptême dans la nuit de Pâques.
Sous ce calme extérieur, il n'eu était pas moins en proie à de graves inquiétudes, non qu'il songeât qu'aucune concession pût être faite sur le droit que sa conscience de prêtre et dévèque lui commandait de maintenir, mais dans les dispositions où il vo\ ait la foule, une sédition d'un instant à l'autre, et à propos du moindre incident, pouvait éclater, dont il ne pouvait ni mesurer, ni prévenir les consé- (juences. Lue fois le peuple déchaîné, comment contenir sa fureur? Le sang pouvait être versé, non pas seulement celui de ses courageux défenceurs, mais celui de soldats obéissant à leurs chefs, peutêtre de passants inoffensifs, suspectés à tort ou à raison d'être du nombre des protégés de Tlmpératrice. Puis, si l'insurrection était victorieuse, oùs'arrèterait-elle? Ne s'étendrait-elle pas à toutes les parties de l'Empire qui obéissait à Valentinien? Quel nouveau bouleversement! et quelle douleur pour lui que de telles scènes eussent lieu pour sa cause, et en apparence en son nom, dans la grande cité dont il avait été le premier magistrat! « Pendant que je célébrais, disait-il plus tard, on m'annonça que le peuple s'était saisi d'un certain Catule qu'on disait être prêtre arien. On l'avait rencontré sur la place publique. Je pleurai amèrement et pendant loblation sainte, je priai Dieu de faire eu sorte que pas une goutte de sang ne coulât au nom de l'Eglise, mais que ce fût mon sang plutôt (|ui lùL répandu
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pour le salut, non pas du peuple seulement, mais de ces impies eux-mêmes. J'envoyai des prêtres et des diacres qui arrachèrent Tliomme à la violence du peuple.... !Mon ame était ])énétrée d'iiorreur (iiiand on venait me dire cjue des lionimes armés allaient être envov es pour s'emparer de la jjasilique, je craignais (pie (pi('l([ue massacre n'en résultat qui tournerait à la ruine de cette cité et je priais Dieu de ne pas survivre à la perte d'une telle ville, qui serait peut-être celle de l'Italie tout entière. ' «
Dans cette préoccupa lion sa résolution fut prise, tout en restant intraitable sur l'exercice de son droit, de ne rien faire, ni j)ar un mot, ni par un geste, qui parut provoquer ses partisans it la r('sistance, et de laisser ainsi aux agresseurs toute la responsabilité de l'usage de la force, t^t pour mieux marquer cette altitude, il évita de paraître lui-même dans aucune des deux basiliques qu'on lui disputait, et vint faire le service dans une troisième, celle qu'on appelait le Baptistère et qui avait été récemment ouverte dans un quartier différent de la ville.
Celte attitude, à la fois hardie et réservée, mit les agents impériaux dans un assez grand embarras. Eux aussi répugnaient à engager une lutte dont rissue,dans une ville soulevée, est toujoursdouteuse. Ils espéraient qu'Ambroise se laisserait, soit intimider, soit empoiter à quelque acte provoquant qui justifierait la sévérité de la répression. Aussi, pen-