LVII
2. Non moleste tulit quia non pro meis commoditatibus, sed quod ipsi et animse proderat, in conspectu régis loqui non confundebar.
3. Ne Romula virtus Non sit anus, nôrit nec gloria parta senectam.
(Prud. contra Sjmmachum. V, 5 10 et suiv.)
nouveaux hommages venaient rendre ù la république vieillissante une seconde jeunesse. »
Mais pendant que Tliéodose employait ainsi utilement le temps de sa présence en Occident, non à jouir du vain plaisir d'un triomphe, mais à consolider les fruits de sa victoire, l'Orient, où sa main ne se faisait plus sentir, commença ii s'agiter. C'était la faiblesse de l'Empire que l'action personnelle du chef était partout nécessaire, et que là, où elle cessait de s'exercer, les progrès de la décomposition intérieure qui minait ce corps usé apparaissaient à la surface. Déjà pendant que durait encore la lutte contre Maxime, sur la fausse nouvelle d'un échec des troupes impériales, les Ariens de Constantinople, relevant la tête, s'étaient rués sur les catholiques et avaient mis le feu à tout un quartier oîi se trouvait la demeure de l'évêque Nectaire qui jouissait, on le savait, de la confiance de Théodose. Le lendemain, ii la vérité, l'erreur étant reconnue, ce furent les catholiques, à leur tour, qui ne surent pas modérer la joie de leur triomphe et leur désir de vengeance. Des désordres assez graves éclatèrent, surtout dans les campagnes. Dans la province d'Osroène en particulier, sur les rives de l'Euphrate et au pied du Taurus, le zèle aveugle de quelques moines se donna carrière : et soit des juifs, soit de j)etites sectes hérétiques eurent à se plaindre d'actes de violence et de destruction qu'aucune agression n'avait motivés.
La contrariété de Théodose en apprenant cesnou-
velles, qui lui arrivaient des points les plus divers et se succédaient rapidement, lut extrême. Il ne pouvait voir sans impatience cette paix, qu'il espérait avoir rétablie par la constance de ses efforts et par la sévérité de ses mesures, compromise, dès qu'il n'était plus là pour v veiller lui-même, par les passions ou les fantaisies de quelques cerveaux exaltés. Il eût volontiers sévi contre tous les perturbateurs, sans distinction. Mais son jeune fils Arcadius, qu'il avait laissé à sa place ii Constantinople, après lui avoir conféré le ran^^ d'Aug^uste, intercéda en faveur des Ariens qui témoignaient leur repentir et supplia son père de ne pas lui faire inaugurer son règne par des rigueurs. Théodose, qui chérissait ses enfants, crut devoir consentir à sa demande. Restaient les catholiques auxquels il en voulait peutêtre davantage, parce que, comblés des témoignages de sa bienveillance et protégés par ses édits, ils n'avaient aucune raison pour enfreindre une légalité désormais tout entière dirigée en leur faveur. C'était une espèce d'ingratitude qui le pavait mal de ses bienfaits; et ce n'étaient pas seulement, lui disaiton, quelques moines furieux dont il avait à se plaindre, l'évêque de Callinique, chef-lieu de la province d'Osroène, était accusé de les avoir excités et encouragés. L'importance de la personne accroissait la gravité du fait; aussi, sans vouloir examiner si l'imputation était fondée. Théodose répondit à ses agents qui lui demandaient ce qu'ils avaient à faire : « Vous connaissez la loi, exécutez-la. quel
qu'en soilTapplication. » C'était condamner Tévêque h rétablir à ses frais les bâtiments qui avaient péri clans le trouble, entre autres une synagogue juive.
Anibroise s'était momentanément absenté de Milan, et ces graves incidents, qui ne le regardaient pas directement, ne furent pas tout de suite portés à sa connaissance. Quand il en fut informé, il en éprouva une émotion assez vive pour en faire tout de suite d'Aquilée, où il séjournait encore, le sujet d'une réclamation adressée à Tliéodose. Il y avait, en effet, plus d'un point de cette décision, trop rapidement prise, qui pouvait donner lieu à de justes critiques. D'abord la complicité de Tévêque dans le fait incriminé n'était rien moins que certaine. On le frappait sans Tavoir appelé, ni entendu. Puis, du moment qu'on faisait, avec éclat, dans une grande ville, un acte de clémence en faveur d'hérétiques qui se reconnaissaient coupables, pourquoi n'en pas étendre le bienfait aux fidèles d'un diocèse reculé et inconnu, dont le tort n'était pas démontré PEnfin n'y avait-il pas quelque moyen plus convenable de réparer le dommage causé, que d'imposer au premier pasteur d'une église chrétienne une sorte d'amende honorable publiquement faite au\ descendants des meurtriers du Christ?
Si les plaintes d'Ambroise eussent été ainsi motivées par ces considérations de convenance et d'équité, on peut présumer, d'après la modération et le bon sensdontThéodoseavaitsouventfait preuve, qu'elles eussent été favorablement accueillies. Mais tel n'est
AMBROISE ET THÉÛDOSE. 137
point, il faut bien le reconnaître, le caractère de répître d'Ambroise qui nous a été conservée. Ce n'est ni un plaidoyer en faveur de iévèque, ni un appel à un juge mieux informé, encore moins un recours en grâce : c'est une protestation formelle, appuyée sur un principe d'un dogmatisme absolu. Coupable ou non de l'excès de zèle qu'on lui reproche, un évêque ne peut, en aucun cas, pour aucune cause, être contraint de contribuer à la construction d'un édifice où la foi chrétienne pourra être méconnue ou attaquée. Cette participation indirecte à la prédication de l'erreur serait, de sa part, un sacrilège : vouloir l'y contraindre par la force ce sérail le réduire à une lâche faiblesse ou à une résistance qui devrait être poussée au besoin jusqu'au martyTC. Et le raisonnement, bien que sous une forme oratoire, est exprimé dans des termes d'une généralité telle que de l'incident du jour et de l'évêque en cause l'application peut s'étendre a tous les chrétiens de tous les temps. L'excès logique est ici évident, car il est certain qu'en pratique, dans plus d'une circonstance analo^^^ue, la prudence maternelle de l'Eglise n'a pas poussé si loin la rigueur. C'est peut-être le seul écrit d'Ambroise où on ne retrouve pas la mesure et la justesse d'expression qui sont les qualités propres de son éloquence.
Cette remarque faite, il est impossible de ne pas admirer avec quel art est présentée cette requête si difficile à faire admettre par un souverain contre une mesure dt^jà prise, aussi bien que les dévelop-
pemenls pressants et souvent pathétiques qui l'appuient. Quel mélange de dignité et de respectueuse indépendance dans ce début :
M Bienheureux empereur, je suis habituellement tourmenté de sollicitudes, mais jamais je n'ai eu une préoccupation aussi vive qu'en ce jour où je vois que j'ai h me prémunir contre le danger de prendre part à un sacrilège. Je vous prie d'écouter mes paroles, car si je suis indigne que vous m'écouliez,je suis donc indigne aussi d'olîVir le sacrifice pour vous et de recevoir les confidences de vos vœux et de vos prières. N'entendrez-vous pas dans sa propre cause celui que vous avez entendu dans la cause de tant d'autres? mais il appartient à un empereur de ne pas craindre la liberté de la parole : il appartient à un prêtre de ne pas déguiser sa pensée*. »
Puis, après une allusion délicate à la chute de Maxime qui avait suivi de si près un acte de faiblesse du même genre que celui qu'on veut (aire commettre à son successeur : « Voyez, dit-il, dans quelle voie vous vous engagez. Vous avez autant à craindre le courage de l'évèque que sa faiblesse; s'il est courageux, vous en ferez un martyr; s'il laiblit, c'est vous qui aurez amené sa chute, car, quand un faible succombe, c'est celui qui Ta fait tomber qui est surtout responsable\ Ne craignez-vous pas
1. Neque impériale ost libcrtatcm dicondi ncgarc. ncqne sacerdotale <juod sentias non dicere. Ep. xl, 2.