‹ Saint Ambroise (340-397)Chapitre 26 sur 27 · Cantique des cantiques · texte numérisé non relu

Cantique des cantiques

178 SAINT AMBRÛISK.

«• C'est là que tu récolleras ce que tu as semé sur la « terre.... Rcposo?is-noiis dans les châteaux^ c'est- «« îi-dire dans ces lieux fortifiés et mis à ral>ri de

« l'incursion de hétes féroces de la terre Viens

« dans le sein de Jacob, repose-toi comme Lazare le «» pauvre dans le sein d'Abraham. « Puis il Tentrame avec lui dans la demeure éthérée, et les anges et les autres âmes glorieuses qui les voient passer demandent : « Quelle est donc cette àme qui s'élève « toute candide vers nous, soutenue par un appui « fraternel? » O frères chéris, heureux serez-vous l'un et l'autre si mes prières ont quelque force. Je ne laisserai passer aucun jour sans prononcer votre nom, ni aucune nuit sans que mes prières s'élèvent en votre faveur. Votre pensée sera présente à tous mes sacrifices. O Gratien et Valentinien, également beaux et également chers, que votre vie a été bornée par d'étroites limites, que le terme de vos jours est venu rapidement! Votre vie s'est écoulée plus vite que les flots pressés du Rhône Inséparables dans la vie. la mort ne vous séparera pas. Plus simples tous deux que la colombe, plus légers que les aigles et plus doux que les agneaux!... Et moi non plus, Seigneur, ne me séparez pas dans la mort de ceux qui m'ont été si chers en cette vie, et que je vive avec eux dans l'éternité, puisqu'il ne m'a pas été donne de jouir plus longtemps ici-bas de leur tendresse. »

Malgré des précautions de langage qui étaient comme un voile transparent au travers duquel tout

le monde vovait clair, les rapports dAmbroise avec le pouvoir nouveau, créé en Gaule, ne pouvaient (tre mis sur un pied de cordialité même apparente. Mais Arljogast connaissait trop bien de quelle force populaire disposait le grand évèque pour ne pas faire sentir à son fantôme d'empereur la nécessité de le ménager. Eugène dut donc écrire ;i Ambroisc en quelque sorte pour donner officiellement avis de son avènement, ce qui était une manière flatteuse de traiter avec lui de puissance à puissance. <> Je ne fis point de réponse, dit Ambroise. parce que je savais ce qui devait arriver*. »

Ambroise n'avait pas besoin en effet de toute sa sagacité ordinaire pour deviner qu'un pouvoir de circonstance, composé de Falliance étrange d'un soldat de fortune et dun pédant de collège, ne jouirait pas dune durée pacifique et qu'il n'avait rien à en attendre pour la sainte cause à laquelle il était dévoué. Ses prévisions bien que justes ne furent pourtant pas tout de suite réalisées. La députation d'Eugène avait trouvé à Constantinopk^ le palais impérial livré îi la désolation. La nouvelle imprévue de la mort de ^ alentinien, annoncée à sa sœur l'impératrice Galla, lui avait causé un saisissement qui, dans l'état de grossesse avancée oii elle était, détermina un accident mortel. Théodose perdait ainsi pour la seconde fois toutes ses joies de

I. In primordiis imperii tui scribenti non respondi. quia istud prœvidebam futurum. Ep. lvii. n" ii.

iSO SAINT AMBROISE.

famille. Ce trouble et ce deuil auraient suffi pour (qu'aucune réception solennelle ne pût être faite aux ambassadeurs d'Eugène, mais rien n'était prêt non plus pour une attitude d'hostilité déclarée tient une <^aierre à bref délai eût été la conséquence. Théodose reçut donc les députés, mais en audience privée et écouta, sans observation, le récit mensoni;er qu'ils lui apportaient et il les congédia ne leur avant fait ni question, ni réponse, se donnant ainsi le temps de réfléchir sur la conduite qu'il avait à tenir.

Arbogastaussi dut faire ses réflexions et sans aller au-devant d'une rupture qu'un tel accueil rendait à peu près inévitable, il se prépara à l'attendre sans tiopde désavantage. Il employa activement le temps qu'on lui laissait à relever l'autorité chancelante (ju'il avait créée dans l'estime des populations. Ce fut d'abord au moven d'une campagne militaire dont les tribus barbares qui bordaient le Rhin donnaient toujours un prétexte. L'expédition fut heureuse, et Eugène qui suivait l'armée put être amené au camp pour assister et donner sa signature il la conclusion d'un traité imposé aux tribus soumises. Mais, même dans ces régions reculées, le meurtrier de Valentinien ne pouvait échapper au souvenir importun d'Ambroise. Un biographe rapporte, en effet, (pi'unc fois le traité conclu, il avait convié quelques-uns des roitelets à dîner avec lui. Lnd'entre eux lui demande subitement: u Connaissez.-vous celui qu'onnomme Anibroise ? » Surpris de

la question, Arbof^ast fit pourtant bonne mine. Oui, répondit-il, je suis de ses amis, et je dîne souvent aveclui. — Ali! reprit le Barbare, voilà ce qui vous a fait vaincre, c'est que vous êtes l'ami d'un homme qui peut dire au soleil : arrète-toi, et il s'arrête. >» Cet homme dont la renommée s'étendait ainsi au delà des limites des pays connus, il fallait pourtant finir par le regarder en face, car on n'était pas un véritable Empereur tant qu'on nétait pas maître de cette ville de ^lilan qui était la capitale de la préfecture d'Italie et un passage nécessaire pour aller à Rome, et là on était sûr de le rencontrer. Si l'on ne pouvait guère conserver l'espoir de le séduire et de l'attirer à soi, force était de chercher un point d'appui pour tenir tète à la souveraineté populaire qu'il s'était acquise. De là la nécessité de se rapprocher de ses ennemis naturels, les derniers sectateursdu polvthéisme dont bon nombre restaient encore soit dans les masses superstitieuses des campagnes, soit dans les rangs de la haute administration, qui ne s'était jamais résignée qu'à regret h la révolution religieuse, soit enfin parmi ces lettrés qui, comme Eugène, n'étaient chrétiens que de nom et n'avaient de véritable dévotion que pour Apollon et les Muses. Une réconciliation du nouvel Empereur avec les débris du parti païen était inévitable et l'occasion en fut naturellement fournie par le )n-éfet du prétoire Flavien, païen lui-même, quand il vint apporter en Gaule les hommages de la Yille Eternelle. On savait si bien d'avance quelle condi-

SAINT A.MBROISE. 11

tion secrète était mise à cet accommodement, qu'il ne fut pas même besoin d'en faire expressément mention. L'autel de la Victoire ne fut pas officiellement rétabli. On promit seulement à Flavien et aux députes, païens comme lui, qui l'accompagnaient, de leur restituer tous les revenus qui avaient été enlevés k k'ur culte par les derniers édits, en leur permettant d'en faire, en leur nom et pour leur compte, tel usage, en tel lieu qu'il leur conviendrait.

Personne ne pouvait se méprendre sur la destination que cette libéralité apparente allait recevoir. Ambroise moins que tout autre. Mais il n'éprouva aucune suiprise delà manœuvre qui l'avait dictée. C'est tout au [)lus même si, tout en regrettant de voir engager une nouvelle lutte qui mettait la foi de plus d'un chrétien en péril, il n'éprouva pas quelque satisfaction d'un acte significatif qui en éclaircissant la situation, le tirait d'un véritable embarras. Quelque répugnance qu'il eût éprouvée, en effet, h acce[)ter la main sanglante (pli lui était tendue, il n'avait pourtant aucune raison pour refuser sur un simple soupçon (même très fondé assurément, mais non appuyé sur des preuves certaines) d'entrer en relation avec les l'eprésentants d'un pouvoir généralement reconnu autour de lui. Il ne lui appartenait pas de contester la validité de l'élection d'Eugène, qui, d'ailleurs, n'avait rien de surprenant ni d'irrégulier, aucun principe ni d'iiérédité monarcliique, ni de

consentement populaire n'ayant jamais réglé les hasards du mode de succession à l'Empire. Il n'avait donc pas cru pouvoir interrompre les rapports de service nécessaires entre un important ëvèché comme celui de Milan et la chancellerie impériale '. Il devait donc se demander quel accueil il aurait à faire à Eugène quand il arriverait à Milan. Mais au moment où le nouveau souverain se faisait clairement le patron d'une cause qu'il avait combattue lui-même, à tant de reprises, comme attentatoire à l'honneur de l'Eglise, il avait mieux qu'un prétexte pour s'écarter de lui et c'était le traiter avec les égards de convenance qui lui étaient dus que de ne pas relever le défi en lui adressant une protestation en face.

Il prit le parti de quitter Alilan. dès que l'arrivée d'Eugène fut certaine, en lui laissant une lettre qui dut être rendue publique et où en se conformant à toutes les règles de l'étiquette, il motivait son absence uniquement sur le devoir de veiller à la dignité de l'Eglise et au respect de la loi divine : « Ambroise, évèque, au très clément Empereur Eugène : >'e cherchez pas d'autre cause à mon départ que la crainte de Dieu qui dirige toutes mes actions et me fait rechercher la faveur du Christ

plutôt que celle des hommes Je dois vous tenir

le même langage que j'ai fait entendre à d'autres

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