‹ Saint Ambroise (340-397)Chapitre 3 sur 27 · I . S. Basile. Ep. cvn · texte numérisé non relu

I . S. Basile. Ep. cvn

nait ie conseil après l'exemple. L'empereur Valentinieii ne put en effet loni^lemps remplir la promesse qu'il lui avait faite de lui «garantir la paix de son administration épiscopale. Frappé lui-même d'une apoplexie foudroyante, en pleine campagne, au milieu d'une expédition dirigée contre des tribus sarmates qui envahissaient la Pannonie, il laissait sa succession ii deux héritiers qui ne paraissaient guère plus l'un que l'autre en état de la recueillir. L'aîné, Gratien, qu'il avait nominalement associé à l'Empire, achevait à peine sa seizième année ; l'autre, appelé Valentinien comme son père, né d'un autre lit, était un enfant de quatre ans, Gratien était un honnête jeune homme d'un naturel doux et droit, mais qui n'était pas exempt de faiblesse comme il le fit voir tout de suite en se laissant persuader de partager avec son frère la dignité impériale. Ce n'était assurément qu'une apparence, puisque l'enfant restait placé sous la tutelle de sa mère; mais cette mère, Justine, seconde femme de Valentinien qu'il avait épousée contre les lois de l'Église, du vivant même de la première, s'était déjà fait connaître par un esprit d'intrigue et d'ambition. Loin d'être touchée de l'affection que Gratien témoignait pour son jeune frère, elle ne voyait en lui que le fds de la rivale qu'elle avait supplantée, et ne songeait qu'à donner cours à tous les sentiments de sa jalousie maternelle; ainsi se formait autour d'elle un centre de rivalité et d'opposition que devaient aigrir et envenimer bientôt les dissidences religieuses. Car il

suffit que Gratien se fût montré, dès les premiers jours de son règne, fidèle observateur de la vraie foi, pour que tous ceuK que froissait la profession nettement orthodoxe d'Ambroise vinssent se grouper autour delà mère du petit Empereur afin d'exploiter à leur profit tout ce que cette qualité pouvait lui donner de crédit et d influence ^

Encouragés par cet appui qui leur fut tout de suite secrètement donné, ils ne craignirent pas de demander qu'on leur laissât la jouissance d'une des basiliques de la ville dont ils prétendaient que la possession, leur étant acquise, devait leur être conservée. Ce fut à Gratien lui-même qu'Ambroise dut recourir pour empêcher, qu'en face de lévêque, s'élevât une chaire rivale dont la présence seule bravait son autorité. Gratien fit preuve dans sa réponse de cette indécision de caractère qui 1 aurait rendu incapable d'exercer le souverain pouvoir, s'il eût dû continuer à en porter seul le poids. > osant prendre une décision positive, il se borna à faire fermer réijlise contestée et à la mettre sous le séquestre, se réservant, quand il viendrait lui-même à Milan, d'en fixer l'attribution définitive.

La situation ainsi troublée aurait pu donner lieu à de i^i'^ves désordres si, au même moment, de sombres et étranges nouvelles, arrivées d'Orient, n'étaient venues v faire une diversion douloureuse

I. Mort de Valenlinien I, avènement de Gratien et de Valenlinicn II, 3-5 ans après T. -C.

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et donner en même temps lieu à Ambroise de montrer tout le parti que TÉtat et TEglise pouvaient tirer de son dévouement et de son courage.

Valentinien élevé au pouvoir par une élection militaire improvisée, ne s'était trouvé lui-même ni de taille, ni de force à garder en main le gouvernement de tout l'Empire. Adoptant une division que l'étendue des conquêtes de Rome avait fini par rendre habituelle et presque nécessaire, il avait abandonné tout TOrient à son frère Valens qu'il laissait régner seul à Constanlinople. Valens était un esprit étroit, médiocre et bas, qui ne possédait aucune des qualités fortes bien que bornées par lesquelles Valentinien savait faire respecter son pouvoir. Subissant toutes les influences de secte et de cour qui avaient égaré Constance, il avait eng-agé avec plus de passion encore l'autorité impériale dans la défense de Tliérésie, puis irrité des résistances qu'il rencontrait, il avait fait de l'Église d'Orient le théâtre d'agitations constantes et de sanglantes persécutions. Sa lutte avec Basile de Césarée, qui osait lui tenir personnellement tête, avait fixé un instant tous les regards, et comme intimidé par la popularité du grand évêque il n'était pas sorti de ce conflit à son avantage, il s'obstinait de plus en plus dans cette voie funeste, avec toute l'exaspération de son orgueil blessé : faisant ainsi d'une question religieuse, où il n'avait aucun droit d'intervenir, sa propre et presque son unique afiPaire, et cette préoccupation, devenue chez lui à peu près exclusive,

CONSEILLER IXTDIE DE GRATIEX. 21

joua un rôle principal clans une étrange et désastreuse détermination qu'une circonstance tout à fait imprévue Tamena à prendre.

Parmi les nations établies sur les frontières de la domination romaine et qui menaçaient constamment sa sécurité, la plus puissante, celle des Goths, était presque la seule avec laquelle l'Empire entretînt des rapports qui. bien que toujours orageux, avaient pris un certain caractère de régularité. C'étaient des voisins incommodes, avec lesquels pourtant on pouvait vivre. Leur forme de gouvernement était monarchique et on traitait avec leur souverain. Ces relations étaient devenues surtout plus fréquentes et plus faciles depuis que des missionnaires dévoués leur avaient porté la foi chrétienne, et que la masse de leurs tribus s'étant convertie, un des leurs, Ulphilas avait reçu la dignité épiscopale. Enfin cétait dans leurs rangs que l'Empire allait souvent chercher des recrues pour remplir les vides devenus trop nombreux dans les légions romaines.

Ce fut donc déjà avec une certaine inquiétude qu'on apprit que cette nation semi-policée, dont on ne craignait plus trop les attaques, était ellemême en proie à l'invasion de hordes tout à fait barbares, venues d'un pavs lointain, de race inconnue et d'un aspect farouche dont le nom même les Huns) était très difficile à prononcer et surtout à écrire dans la langue grecque. Puis la surprise accrut l'inquiétude et fit place à l'eâroi. lorsque l'évêque

Ulpliilas se présenta à Constanlinople avec une députation suppliante, annonçant que sa nation tout entière, ne pouvant tenir tète l\ ces féroces agresseurs qni portaient partout avec eux le massacre et le pillage, demandait à trouver un asile sur le territoire impérial, promettant qu'en échange de cette généreuse hospitalité tous les fugitifs s'engageraient h vivre en sujets soumis et fidèles dans les limites des domaines qu'on leur aurait assignés^ On peut aisément imaginer le trouble que causa dans les conseils de Valens une proposition si imprévue. Personne n'était préparé à voir, du soir au lendemain, des concitoyens dans des ennemis d'autrefois devenus à une date si récente, des alliés si peu sûrs. Etrangers qu'ils étaient aux mœurs comme aux lois de l'Empire, quelle foi ajouter à leur promesse de soumission et de fidélité dont eux-mêmes, peut-être, ne comprenaient pas les conditions? Avec de tels compagnons, l'accord serait-il durable et même la vie commune longtemps possible ?jN 'étaitce pas, disaient des conseillers sensés, introduire soi-même des loups dans la bergerie? Mais d'autres, poussant la prudence plus loin et même jusqu'à la timidité, répondaient que, même vaincus et fugitifs, les Goths étaient encore assez forts et assez bien armés pour qu'il fût difficile de disputer le passage du Danube à leurs efforts désespérés et qu'il valait mieux subir leur présence aux conditions qu'ils

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