L.\ LUTTE CO.NTRK LES AIUE.NS
exorbitant et lyranniquc, Ambroise répond par le mot de l'apotre : C'est lorsque je suis faible que je suis fort. « La tyrannie du prêtre, c'est sa faiblesse (1). » Faiblesse devant hujuelle la force dut céder. L'empereur, quoique de mauvaise grâce, retira ses troupes de la basilique. C'était lini pour cette fois. Mais Ambroise comprit que les hostilités n'étaient que suspendues (2).
Elles furent reprises au bout d'un an. Contre un évoque jurisconsulte il fallait avoir la loi pour soi. On lit donc une loi. lOlle accordait spécialement la liberté du culte à ceux qui souscrivaient à la formule du concile de Rimini. Cette périphrase désignait les ariens. Puis elle menaçait de mort ceux qui entraveraient cette liberté. Cette menace visait Ambroise. En exécution de cette loi, la basilique Portienne devait être remise aux ariens. La situation était plus délicate pour Ambroise pris entre une loi formelle de l'empire et ce qu'il considérait comme son devoir d'évèque. Il n'en persiste pas moins dans son attitude : « En répondant que je ne puis livrer l'héritage deJésus-Christ, jefais mon devoir de prêtre; que l'empereur fasse son devoir d'empereur (3). » C'est alors qu'il fut invité à quitter la ville. «Allez où vous voudrez, » lui était-il dit. On voulait se débarrasser de lui; on n'allait pas jusqu'à l'exiler. ^Nlais lui eût cru déserter en se prêtant à ce compromis. Il attendit un ordre plus formel qui ne vint pas. Ses rapports avec la cour en étaient à ce point qu'Ambroise eut la vision du martyre, dont l'Eglise n'était pas encore déshabituée. Il le voyait venir avec contentement, et ce fut un regret plus tard pour lui d'en avoir été si près sans l'avoir obtenu (4), IMais le peuple ne l'entendait pas ainsi. En vain Ambroise supplie qu'on le laisse seul en face d'un danger qui ne
(1) Saint Ambroisk, Ep., XX, 23, Tyrannis sacenlotis iiilirniitas est.
(3) Saint Ambroise, Scrmo contra Auxcniium, 18.
(4) Saint Ambroise, Ep., XXXI, 4.
lui déplaît pas (1). l'our mieux protéger son évoque contre les entreprises qu'il soupçonne, le peuple s'enferme dans la basilique, et y passe les jours et les nuits, soutenant un vrai siège.
Alacouronmanquaif d'audace, sinonde mauvaises intentions. Et pour en finir sans reculer, on fit prier Ambroise de venir conférer avec l'évèque arien devant l'empereur. On nommerait des arbitres. 31 faut voir de quel ton Ambroise repousse cette proposition. Des laïques juges d'un évèque en matière de foi! Puis s'en prenant à l'empereur même dont les désirs deviendront les jugements de ces arbitres servîtes : « Quand il s'agit d'une question de foi, c'est l'évèque qui est le juge de l'empereur chrétien, et non l'empereur de l'évèque (2). » Enfin il monte en chaire et y affirme de nouveau la même doctrine : « L'empereur est dans l'Église et non au-dessus d'elle (3). » Est-il besoin de faire remarquer quelle conception de l'État chrétien résument ces fortes paroles ? — L'évèque et le peuple s'exaltant l'un l'autre, il fut résolu qu'on achèverait la consécration de la basilique Neuve où ces événements se passaient. Mais il fallait des reliques de martyrs pour les placer sous l'autel. Ambroise indiqua oii, selon lui, devaient reposer les restes des deux frères Gervais et Protais mis à mort sous Dioclétien. Ses indications se trouvèrent justes. On cria au miracle. Les temps de persécution sont ainsi féconds en miracles. Le ciel, qui parlait à propos, donnait raison à Ambroise contre ses ennemis. Ceux-ci en restèrent là.
La lutte que vient de soutenir Ambroise contre la cour de Milan n'est pas sans analogie avec celle que Basile avait soutenue à Césarée contre Valens. Même déférence envers le pouvoir ; même résistance à ses empiétements ; même force puisée
(1) Saint Ambroise, Sermo contra Auxentium, 6.
(3) Id., 3G, Imperator inlra Ecclesiam, non supra Ecclesiam est.