LA LUTTE CONTRE LES ARIENS
dans un égal mopris de la mort; môme inviolabilité de fait due à l'autorité du caractère et aux sympathies de tout un peuple. Entre tous les évèques qui avaient applaudi autrefois à réleciion d'Ambroise, Basile s'était fait remarquer par raffection et l'élévation de ses conseils. 11 fut dès lors comme le frère aîné d'Ambroise dans l'épiscopat, son modèle, si l'on peut dire qu'un tel homme avait besoin d'un modèle. Ambroise s'est inspiré de quelques-uns des écrits de Basile. Peut-ôtre s'inspira-t-il aussi de sa conduite. (Juoi qu'il on soit, ils représentent à eux deux la dernière lutte contre l'arianisme, en même temps que la victoire de l'Eglise sur l'État en Occident comme en Orient.
Ce fut pendant les plus mauvais jours de cette persécution arienne, et pour occuper les longues heures qu'Ambroise passait enfermé dans la basilique avec ses fidèles, qu'il introduisit dans la liturgie le chant alternatif et les hymnes(l). Le chant alternatif venait de l'Eglise d'Orient, et l'emprunt qu'en fait Ambroise témoigne de la connaissance qu'il avait des usages orientaux; les rites, comme les idées, s'échangeaient d'un bout à l'autre du monde chrétien. Les hymnes imaginées par Ambroise pour rompre la monotonie du chant des psaumes achevèrent une lente évolution de la poésie chrétienne. Partie de la forme hébraïque, elle en vient définitivement à la forme grecque. Et le changement opéré par Ambroise est assez important pour qu'on ait appelé hymnes ambrosiennes toutes celles qui furent composées sur ce type nouveau. Ambroise est donc le père de tout le lyrisme chrétien, et avec
(1) Nous avons comme témoins saint Ambroise lui-même, Sernw contra Auxentium, 34. Hymnorum quoquc moorumcarminibus docoptum pnpulum ferunt.... Certalim onmes sludenl liileni fatiri ; — le biou:iaplie trAinbioisi', Paulin, qui avait fait paili(! de son clergé, 13 : Hoc in tcmpore priniuin antiphonti?, liymni et vigilia-, in Ecclesia mediolanensi celebrari ea-perunl ; — et saint Augustin, Conf., IX, 0.
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le lyrisme clirélion, de tout lelyrismemodernc(l). Nos actes ont ainsi des conséquences que nous ne prévoyons pas. Et, par lui, le lyrisme moderne se rattache à la poésie classique. Car ses hymnes sont, d'après un juge compétent, « le fruit le plus mûr de l'assimilation de la culture antique par le christianisme(2). » Nous dirons de sa morale à peu près ce que nous disons de sa liturgie. — Il n'est pas jusqu'au fond des hymnes où nous ne puissions retrouver quelque chose de l'esprit et de la tradition romaine. Sans doute elles sont dos prières, sans doute les préoccupations de la lutle contre les ariens s'y font sentir dans l'affirmation répétée des mérites du Sauveur. Mais deux d'entre elles, les deux premières, sont plutôt morales que dogmatiques. Moraliser en vers, cela est chrétien sans doute, mais c'est aussi romain (3).
Dans sa lutte contre la cour arienne, Ambroise allait avoir à subir une protection inattendue. Maxime, espérant se faire un parti en Italie, écrivit à Yalentinien une lettre pleine de remontrances sur sa politique religieuse, puis le menaça d'intervenir. Voilà Justine et Yalentinien encore une fois contraints de faire appel à la patriotique loyauté d' Ambroise. Et Ambroise part de nouveau pour Trêves défendre contre celui qui se mêle de le protéger ceux qui, hier encore, le persécutaient. Dans son entrevue avec Maxime il le prit de très haut. L'ambassadeur disparaît môme en lui devant l'évêque quand, revenant sur le passé, il reprocha à Maxime le meurtre de Gratien : « C'était ton maître, c'était un innocent. Que le meurtrier songe à la pénitence, s'il veut obtenir grâce devant Dieu (4). » Maxime avait voulu faire montre de zèle religieux en mettant à mort l'hérétique
(1) Voir Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, trad. française, t. I, p. 187.