‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 9 sur 60 · LA LUTTE CONTRE LES AMIENS · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE LES AMIENS

lui-même. Clettc ténacité mallieureuse lui l'ait honneur, mais il venait de subir une de ces défaites qui ne se réparent point. — La requête de Symmaque avait du moins rendu ce service au.v derniers païens de leur procurer, avec un timide credo qui les ralliât et une occasion de manifester, quelques illusions sur leur vitalité. Quant à la réponse d'Ambroise, elle eut un teretentissement que Prudence en fit le thème d'un de ses meill leurs poèmes. Il ne faut pas croire en effet qu'elle n'avait été qu'une formalité, et qu'Ambroise n'ait eu ici que la triste gloire d'achever des vaincus. Ainsi sommes-nous tentés de juger les choses à distance, quand les événements sont accomplis. Mais c'est faire les païens vaincus avant qu'ils ne le soient réellement. Ces vaincus avaient été sur le point de triompher, nous l'avons dit. M. Beugnot énumère toutes les chances qu'ils avaient pour eux, et n'attribue leur défaite qu'à l'énergique intervention d'Ambroise. Aussi appelle-t-il cette bataille gagnée l'œuvre de la vie d'Ambroise.

Toute sa vie ne tient pas pourtant dans cette lutte contre les païens. Après eux, voici qu'il a affaire aux ariens. Depuis la mort deGratien, Justine s'était installée à Milan, et elle voulait y installer avec elle la religion arienne. Elle avait déjà oublié par qui elle et son fils venaient d'être sauvés. Elle amena le consistoire à attribuer aux ariens une basilique, — ils en réclamaient une depuis longtemps, — et fit choix pour eux de la basilique Tortienne. 11 fallait prévenir l'évêque ; il fut mandé au palais. Pendant qu'il conteste fièrement à l'empereur le droit auquel il prétend sur la maison de Dieu, le peuple, qui pressent un danger pour son évêque, entoure le palais et devient si menaçant que Justine se met encore une fois sous la protection d'Ambroise. Elle l'autorise à promettre aux catholiques qu'aucune basilique ne leur sera enlevée. Mais, (juand cette promesse eut tout fait rentrer dansl'ordre, elle s'en prit àAmbroisc de l'émeute qu'il avait calmée, et prépara sa revanche.

22 SAINT AMimOISE.

Un mois après, on reclama à Ambroise non plus la basilique Portionne, qui etaitsituée hors (Josmurs,maisla basilique Neuve, beaucoup plus importante. Sa réponse fut que le prêtre ne pouvait livrer le temple de Dieu (1). Le lendemain, comme la résistance populaire grondait déjà, le préfet de la ville fit savoir à Ambroise que la cour se contenterait décidément de la basilique Portienne. On transigeait. On avait demandé le plus pour avoir le moins. Mauvais moyen d'effrayer Ambroise, s'il avait pu être effrayé. Le lendemain encore, qui était le jour desRameaux, lorsqu'on lui annonça que la cour prenait officiel lem,ent possession delabasilique Portienne, il laissa le peuple y courir, et continua impassible le sacrifice qui était commencé. Ce conflit l'effraye cependant pourla ville qu'il aime, pour l'Italie (2). Qu'on en finisse donc en se vengeant sur lui, sur ses biens qu'il ne disputera pas, sur sa personne qu'il offre joyeusement à la mort (.3). — Impuissante contre un tel homme, Justine voulut agir sur le peuple qui prenait parti pour lui, en l'intimidant par des vexations et des menaces. Elle s'y ingénia inutilement pendant trois jours. Alors la troupe fut envoyée à la foiscontre les deux basiliques. Ambroise qui, pour éviter de paraître conduire ou inspirer l'émeute (4), n'officiait ni dans l'une ni dans l'autre, mais dans une chapelle abandonnée, déclara simplement qu'il retrancherait de sa communion les soldats complices de cette violence. Bientôt on entendit un bruit d'armes, etoncrutàunassaut. Des soldats entraient en effet dans l'église où était Ambroise, mais c'était pour prier avec lui. La menace de l'évêque avait été plus forte que tous les ordres de l'empereur. Des deux pouvoirs, c'est le pouvoir moral qui avait vaincu. Que si on accuse ce pouvoir nouveau d'être

(1) Saint Ambroise, Ep., XX, 2, Templum Dei a sacerdotc Iradi non posse.

(3) Id., 8,

(4) Id., 22, Tradere basilicam non possum, sed pugnare non debeo.

Page 1