‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 15 sur 60 · SAINT AMBROISE TYPE DE L^EVÈQUE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

SAINT AMBROISE TYPE DE L^EVÈQUE CHRÉTIEN

concordance de leurs âmes, Ambroise sembla, pendant toute une période, ne prêcher que pour Augustin (1). « La maladie te presse, disait-il un jour devant lui, ta conscience coupable te brûle, ton péché t'écrase, ton àmo est dans l'angoisse. Connaistoi toi-même et demande un remède à la prière. Demande le secours de ce médecin qui descendit du ciel pour ceux qui étaient malades, disant : — Ce ne sont pas les gens bien portants mais ceux qui soullrent qui ont besoin du médecin (2). » Monique suivait l'action bienfaisante exercée sur son fils par la parole de l'évoque, et elle Faimait de toute sa reconnaissance maternelle, elle l'aimait, comme dit Augustin, pour le salut de son fils (3). L'enthousiasme religieux qui se propagea pendant la persécution arienne gagna Augustin, quoique la chaleur de l'Esprit Saint le laissât encore froid (4), selon ses propres expressions. Et certes c'était bien le spectacle qu'il fallait pour fixer cette âme hésitante que celui d'un homme sûr de sa foi, sûr de son droit, et les maintenant si haut, sans qu'on pût appeler son énergie rudesse, et naïveté sa certitude. Car il avait, et Augustin l'avait éprouvé, autant de douceur que de fermeté, et c'était par son éducation, comme par son talent, l'évêque avec lequel un professeur de rhétorique pouvait se trouver le plus d'idées communes et de ressemblance. Peu après, Augustin annonça à Ambroise sa conversion, et lui demanda des conseils pour ses lectures. Et il continua toujours de l'appeler son père, parce que, disait-il, il l'avait engendré àJésus-Christ. Et il ajoutait: « Tout le monde romain lui rend hommage,... et la foi catholique n'a pas d'interprète plus sûr (5). »

(1) Bainaru, Histoire de saint Ambroise, liv. V, ch. 4.

(2) Saint Amrroise, In Psalmum CXVIII, sermo xix, 2.

(3) Saint Aigistin, Conf., V, 2. Ambrosium propler saluteni moani maxime diligi'bat.

(4) Id., IX, 7.

(5) Saint Augustin, Contra Pelagium, I, 3.

Tel est l'homme dont nous allons étudier la place et le rôle dans l'histoire de la morale chrétienne. C'est le représentant du christianisme dans les derni(>res luttes contre les païens, c'est, dans l'Occident, le représentant de l'orthodoxie contre l'arianisme, c'est le conseiller de Théodose, enfin c'est le maître d'Augustin. Avons-nous tort de penser que cela donne à son Traité des Devoirs quelque autorité? Et ce que nous avons dit de son éducation, de son esprit, de son cœur, n'explique-t-il pas déjà qu'il ait pu se sentir pour Cicéron quelque affinité, sans que Cicéron d'autre part ait pu lui suffire. — Si nous nous demandions, parmi les figures qui nous sont plus familières, à qui le comparer, c'est à Bossuet que nous penserions. Nous y avons déjà pensé. Bossuet, par les imitations qu'il a faites de saint Ambroise, nous autorise à cette comparaison (1). 11 ne s'agit pas de comparer leur éloquence. Ce serait faire tort à saint Ambroise. Il ne s'agit pas de comparer le rôle politique que les événements leur ont fait. Ce serait faire tort à Bossuet. Mais celui-ci, sans qu'il lui fût besoin pour cela d'aucun titre officiel, fut le chef reconnu de l'Eglise de France, de la môme manière que celui-là fut le chef de l'Eglise d'Occident. Mais leurs idées sont coulées dans le même moule, et leurs âmes sont de la même trempe. Ambroise eût volontiers tiré une politique de l'Écriture sainte, et sa rigide orthodoxie eût souscrit à cette définition : « L'hérétique est celui qui a une opinion (2). » Ne leur reprochons pas de n'être pas originaux. Car ce serait là pour eux un signe de vérité, et mériter ce reproche eût été leur ambition, s'il en avaient eu. Leur conduite a la même sûreté que leur pensée. Il leur manque presque pour parler et plaire à notre imagination quelque faiblesse par où l'humanité

(1) Voir Baunaud, Histoire de saint Ambroise, p. 466, 473 et 569. Le dernier rapprochement nous semble contestable.

(2) Cité par Brlnetiére , Revue des deux Mondes, 1«'' août 1891, p. 661.

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