‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 19 sur 60 · PHILON · texte numérisé non relu

PHILON

qiicnt, Pliilonpoussolc iiK'pris du mondo Jusqu'au pessimisme (1), et celui de la chair jusqu'à la mutilation (2). 11 a de l'universel péché une conception qui sera dépassée, mais qui n'en eût pas moins donné le frisson à un Hellène. Le judaïsme, prenant philosophiquement conscience de lui-même, ne pouvait aboutir qu'à ce genre de doctrine (3). La chute et la génération sont pour Philon une seule et même chose, ce qui explique l'infinie propagation du mal. La femme est l'élément sensible qui perd l'homme, et Philon parle d'elle comme Schopenhauer. La moralité consiste donc à défaire l'œuvre du péché, c'est-à-dire à dégager l'âme du corps qui est son tombeau. C'est la conception, on le voit, la plus ascétique qu'il soit possible d'imaginer.

Mais cette vertu ascétique n'est que le commencement de la vertu. C'est une vertu « d'enfants ». Il faut que l'idée de Dieu et de son service s'ajoute à elle, et lui donne plus de prix. « Les vertus sont bonnes en elles-mêmes ; mais elles sont meilleures si on les pratique pour honorer Dieu. » M. Ilavet, qui cite ce passage, observe que la morale qui, pour Socrate et les siens, était souveraine, se trouve désormais subordonnée (4). Croire devient par suite le premier des devoirs. Le mot rJ—:; prend une force et un sens nouveau (o). Et l'incrédulité devient un crime (6). Si encore cette foi était la récompense de la sincérité de l'esprit, et comme le signe et le couronnement du vrai mérite. Mais Dieu fait pleuvoir sa grâce où il veut (7). Nous ne sommes pas les auteurs de nos bonnes actions. « Si l'âme dit : c'est moi qui plante, elle est sacrilège... L'âme qui enfante d'elle-même

(1) Philon, l. I, p. 198.

(.3) Voir ZiKfii.KR, Gcschichte dev chrislUchen elhiU, p. 48 et seq.

(4) Havet, le Christianisme et ses origines, t. 111, p. iO'J.

(6) Philon, t. 1, p. 023; l. 11, !>. lli. (7)W., t. l,p. Îi99.

o8 LES PREMIERS MAÎTRES DE SAINT AMBROISE.

avorte (1). » Dieu se rit de nos efforts individuels; et, quand nous avons cru nous vaincre, il nous avertit par une chute de notre orgueil. Lorsque nous sommes faibles au contraire, il nous fait triompher (2). En un mot Dieu est le commencement et la fin de tout (3). Il est le commencement : la science vient de lui, comme la vertu. Pour elle aussi il y a une grâce. Toute science humaine n'est que réminiscence d'une révélation primordiale (4). Car l'homme, disons-le une fois de plus, ne peut rien par lui-même. Mais, pour retrouver en nous cette science qui y a été mise, il nous faut encore le secours de Dieu. Philon nous fait la confidence de ses propres impuissances, et des caprices divins, auxquels son esprit et son travail sont soumis ( o). — Dieu, avons-nous dit, est aussi la fin du tout. Le souverain bien de l'homme estde le posséder. Pour obtenir cette possession, il faut fuir la terre, le corps, les sens, la raison, il faut se fuir soi-même (6). Alors à Tâme brûlante de désir, jusqu'à faire trembler de fièvre le corps qu'elle anime (7), Dieu se livre : c'est l'extase.

Tels sont les principaux traits de la morale de Philon. Nous n'avons emprunté aucun d'eux au traité De la vie contemplative, dont l'authenticité est depuis quelques années contestée (8). Mais qu'il soit ou non de Philon, ce traité appartient au même courant d'idées. Il ne laisse donc pas que d'être instructif pour

(1) M. Dems {Histoire des théories et des idées morales dans Vantiqiàlé, t. Il, p. 306) a fortement commenté ces textes.

(2) Philon, t. l, p. 81.

(4) Id., t. II, p. 409.

(6) Id., p. 482.

(7) Id., p. 380.

(8) Voir Michel Nicolas, Revue de théologie de Strasbourg, 1868, p. 23-42 ; Graetz, Histoire du judaïsme, et Vernes, Revue antique, 1874, p. 293. M. Nicolas voit dans l'ouvrage en litige une sorte d'amplification du traité de Philon : Que tout homme de bien est libre. M. Renan est tout récemment

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nous. Il y est parlé d'un véritable ordre religieux. Ceux ([ui le composent demeurent loin des villes, où il y a trop de trouble el de bruit pour l'àme qu'aune fois attirée la sagesse, (ibacun habite un modeste cottage, assez éloigné de celui du voisin pour qu'il soit possible d'y mener une vie solitaire, assez rapproché pour que quelque lien de société subsiste. Telle est eneiïet l'organisation de leur vie : chacun a chez lui une chambre de piété, un oratoire où il évite toute occupation qui regarde le corps; mais il y vit avec Dieu, priant, étudiant, s'ingéniant à trouver aux Ecritures un sens caché. Six jours de la semaine se passent ainsi. Mais, le septième, tous se rendent dans une vaste salle séparée par une cloison haute de trois coudées en deux parties, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes(car c'est un ordre d'hommes et de femmes), de façon à ce que, sans se voir, hommes et femmes entendent la même parole, celle du plus ancien qui vient leur expliquer l'enseignement divin. Toutes les sept semaines un banquet frugal, que l'auteur oppose aux banquets du monde, réunit toute la communauté. On y mange, comme les autres jours, du pain et du sel, et on y boit de l'eau. Maison y chante en commun des hymnes à la gloire du Seigneur, Puis, comme dans les récits d'Aulu-Gelle, on discute tous les problèmes qui se présentent. La fête se prolonge et la nuit se passe en danses honnêtes. Il en est même une qui est longuement décrite, et que nous appellerions irrévérencieusement une figure de cotillon. Hommes et femmes, rangés sur deuxfronts de bataille, se rejoignent après quelques évolutions, pour figurer ces deux murailles d'eau qui, après avoir laissé passer les Hébreux entre elles dans la mer Rouge, fondirent l'une sur l'autre pour noyer les Egyptiens. Ainsi ces moines mettent de l'allégorie jusque dans leurs danses. A quelle date se ra[)porte cette pittoresque description? Quels sont ces solitaires dont elle parle? Ont-ils même jamais

revenu sur ccftoquoslion, etconcUU en faveur de l'altiiltution à IMiiloii luimême du traité De ta vie contemplative. {Journal ilcs aavanlf, lévrier IH'J2.)

existé? Ce sont questions maintenant soulevées. Mais un traité de Philon qui n'est pas contesté (1) nous ofTre un tableau presque analogue de la vie des Esséniens, ces quakers de la Judée. Pacifiques agriculteurs, ils ignorent le commerce et la guerre. Ils n'ont point d'esclaves, mais se servent les uns les autres. Ils mettent tout en commun. De science, ils ne veulent connaître que la morale. Toutes les persécutions n'ont pu vaincre leur sainteté. Enfin, ce sont des chastes (2). — Quand Philon n'aurait pas écrit le traité De la Vie contemplative, il n'en serait donc pas moins un des patrons du monachisme (3). Et déjà nous vovons se dessiner dans l'Orient cet idéal d'une vie menée loin du monde, rompant avec les conditions habituelles des sociétés humaines, plus méditative, plus intérieure, plus occupée de Dieu enfin, qui devait exercer sur les âmes chrétiennes une si contagieuse séduction.

Philon est le disciple de tant de gens (4) qu'il n'est, à vrai dire, le disciple de personne. Sa philosophie, et cela en fait pour nous l'intérêt historique, est un rendez-vous de doctrines et comme de races diverses. Il est supertlu de rappeler qu'il est Oriental, qu'il est Juif. Mais il est très douteux que ce Juif ait parlé une autre langue que la langue grecque. Si bien qu'il est amené à chercher pour sa pensée, pour sa foi des formules qui soient grecques. Et c'est Platon qui les lui fournit le mieux. D'oii vient cette affinité du platonisme et de l'Orient? Toujours est-il qu'elle existe, et que les autres philosophies grecques ont dû se mettre à la remorque de celle-là qui leur avait comme préparé la voie. On a signalé maints points communs à la théologie de Philon et à celle de Platon y o), sans qu'on puisse

(1) Que tout homme de bien est libre.

(2) Philon, t. II, p. 4o7 et seq.

(3) Saint Jérôme, Ep., XXII, 36, le cite comme tel.

(4j Voir Bois, Essais sur les origines de laphilosophie judéo-akxandrîne, 1890. {5j Havet, loc. cit., p. 390-395, 405 ; Delaunay, Philon d^ Alexandrie, p. 37*

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dire s'ils sont dus à des emprunts de Piiilon ou àla rencontre de leurs deux pensées. Mais ce (jui, mieux que telle ou telle purlie de son système où le génie de l'Orient se retrouvait, désignait Platon à la préférence et à Timitation de Philon, c'est l'enthousiasme qui l'anime, c'est le sens du divin qu'il a possédé à un tel degré, c'est cette notion de quelque chose de surnaturel et comme d'une grâce qui se môle à l'art, à la science et jusqu'à la vertu. Un écrivain, très délicat appréciateur des choses de l'antiquité, nous a montré dans l'équilibre des facultés, dans la mesure en toutes choses, dans l'autonomie de l'esprit, dans l'achèvement de ce qu'il y a en nous de vraiment humain, toutes qualités qui constituent le type moral d'Aristote, la perfection selon le goût des Grecs (Ij. Si cela est, la morale de Platon est moins grecque que celle de son successeur. Et l'on comprend le double sens de cette phrase si souvent citée : « Est-ce Platon qui parle comme Philon, ou Philon qui parle comme Platon (2)? »

Puis nous avons tout lieu de croire, quoique les renseignements historiques nous fassent défaut, que des philosophes existèrent qui poussèrent le platonisme plus loin que Platon. De la famille philosophique de Platon, nous ne connaissons en effet qu'une branche, celle qui, dans l'héritage du maître, prit pour elle la dialectique. Mais il serait étrange que le Platon de la dialectique ait été pour les générations qui le suivirent tout Platon, et que personne n'ait songé à recueillir et à faire fructifier les autres parties de sa pensée, d'autant que certains indices (3j marquent, pour ces mômes générations, dans la courbe des sentiments humains, un degré élevé de mysticité et de religiosité. Carnéade n'est donc pas le vrai disciple de Platon. Et d'autres, que nous ne connaissons pas, et qui lirent

(1) Oli.k-Lm'rink, la Morale d'Arislote, cli. ii.

(2) PiioTios, lUbliotk., p. 8f).

(3) Voir H.vvET, toc. cit., t. il, [k 129; I. III. ]>. 40o.

cause commune avec l'école attardée ou renaissante de Pythagore, continuèrent une tradition qui prépara l'esprit grec à sa rencontre avec l'esprit de l'Orient. Plutarque, qui vint plus tard, nous semble avoir été, malgré son bon sens réputé, l'un des derniers représentants de cette tradition, lui pour qui l'âme humaine est un instrument passif et stérile dans la main de Dieu (1), et qui lait de la vertu une condition de la science (2). La philosophie d'Ammonius Saccas et de Plotin a donc des antécédents historiques lointains. Et Philon lui-même n'avait pas eu à découvrir Platon. Du moins ce grand nom servait depuis longtemps d'étiquette à tout un ensemble de doctrines, ou plutôt de tendances, que le disciple de Socrate se fût peutêtre étonné de se voir attribuer, quoiqu'il y ait dans le développement et jusque dans la déformation des doctrines une logique secrète.

De Philon à Origéne : la gnose.

Après Philon, avons-nous dit, Ambroise eut en Orient un autre maître, Origène. Pour arriver de l'un à l'autre, nous n'avons qu'à poursuivre cette rapide histoire du platonisme, du moins dans ses rapports avec la religion qui vient d'éclore. — Lorsque le christianisme ne s'adressa plus seulement aux pauvres d'esprit, les âmes qu'il rencontra n'étaient point, tant s'en faut, des âmes neuves et vierges de toute spéculation. Bossuet a même remarqué (.3) que beaucoup de doctrines classées comme hérésies n'ont rien du tout de chrétien, et qu'issues de doctrines antérieures, ou antérieures elle-mêmes à la

(1) Plitaruie, DePyth. orac, 21.

(2) Plitarûlk, De Id. et Osir., 2.

(3) BossLET, Histoire des vai'iations, XV.

DE l'IllLUN A OIUGENK : LA GNOSE. 65

venue du Cliiist, elles seraient mieux appelées païennes. C'est ce milieu malsain qu'eut à traverser la religion naissante, comme pour éprouver sa robuste constitution, et la philosophie commença par être pour elle un danger. Cette philosophie était encore le platonisme. Tertullien appelle Platon le patriarche de de toutes les hérésies. Du moins Platon est-il comme le facteur païen de la gnose. Mais la gnose est juive aussi, et enfin elle est chrétienne, et quelques-uns ont classé les gnostiques selon la prédominance de l'un ou de deux de ces trois éléments; le christianisme, le judaïsme et le paganisme (1). Dans cette classification, faut-il ajouter, ilsne tenaient compte que de ce qu'ils connaissaient. Car la gnose est autre chose encore, et dans les origines des différents systèmes que ce nom résume une grande inconnue subsisteralongtemps : la part de l'Orient. — Si multiples cependant que soient les doctrines gnostiques, si ramifiées, si lointaines, si perdues qu'en soientles sources, ce n'est pas sans raison qu'un nom commun sert à les désigner. Car elles ont des caractères communs qu'il nous faut dire au moins pour expliquer ce qui vient après elles, et pour mesurer le chemin parcouru par la philosophie chrétienne depuis le règne de la fantaisie métaphysique, qui est le leur, jusqu'au jour où Ambroise se mit à l'école plus sage, plus pratique de Cicéron.

Tandis que, dans la tradition orthodoxe, la morale est l'essentiel, et que peu à peu le dogme se forme autour d'elle, mais en gravitant vers elle, dans la gnose tout est rêverie savante et idéalisme subtil. Si elle eût triomphé, le christianisme n'eût pas été ce qu'il est avant tout : une règle des mœurs. Nous n'avons pas à décrire ces échafaudages dans le surnaturel qui donnent le vertige à notre épais bon sens d'Occidentaux. L'idéalisme des gnostiques a de telles susceptibilités qu'ils ne croient jamais pouvoir mettre assez d'intermédiaires entre la matière et le créa-

(1) Bair, la Gnose cUrétiennc, Tubinguc, 18:3:>; Fkki'I'El, Saint Irénée.

teurque souillerait le contact de sa créature. Puis il leur semble que Texistence du mal n'est plus un problème quand ils ont déplacé et morcelé les responsabilités, et ils innocentent Dieu aux dépens des divinités inférieures. Partis de tels principes, ils renchérissent sur les inventions les uns des autres, et multiplient les êtres, comme on dira au moyen âge, au delà de toute nécessité. Jésus n'apparaît plus qu'à son tour dans la série des émanations célestes, et il apparaît dépouillé de toute personnalité et de toute humanité. Pour Yalentin, il arrive trentetroisième sur la liste des éons (1).

Comment, pour de telles aberrations, trouvait-on des disciples ? — Les systèmes gnostiques favorisaient l'esprit de secte, ce parasite du sentiment religieux. Le christianisme ne triomphera définitivement de la gnose que, lorsque avec les ordres monastiques, il donnera dans son propre sein une satisfaction à ce désir si répandu de faire partie d'un petit nombre d'élus. « Je parle pour un sur mille, » disait un gnostique (2j. Quel orgueil si l'on se sent être celui-là, et quelle raison d'être d'avance convaincu! Les gnostiques exploitèrent ces sentiments, et ils avaient une façon à eux d'éviter les objections et de répondre par un sourire qui signifiait: « Vous ne serez jamais qu'un simple lidèle... ; nous ne pouvons discuter avec vous (3). » Donc la gnose avait ses initiés. Basilide exigeait de ses adhérents un noviciat de cinq ans (4). Parfois on payait pour cette initiation (o), et on tient à sa foi quand elle a coûté. Puis, et c'est le châtiment de ces folies mystiques, comme la raison ne servait de rien pour arriver à un Dieu trop bien caché, on y arrivait par d'autres moyens. L'excès du spiritualisme aboutit au matérialisme religieux. On

(1) Voir ABBÉ DucHESNE, les Origines chrétiennes, cours lithographie, p. 155.

(2) Saint Irénée, I, xxiv, 6.

(3) Tertulliex, In Val., i.

(4) Voir ABBÉ Dlcuesne, loc. cit., p. 151. (o) JcZ.,p. 158.

DE PIIILON A ORIGÈN'E : LA (JNOSE. 6d

L'voque ce qu'on ne peut concevoir. Les conjurations, les talismans suppléent à l'impuissance de la pensde. Toute une liturgie faite à la fois de mise en scène et de mystère frappait et retenait les imaginations (1). Le mysticisme, d'abstrait, devint dévot et tomba dans des pratiques étranges. Il y eut des mots à pouvoir magique, comme celui d' aôraxas chez les basilidiens. On avait commencé par toutes les hardiesses de la pensée, on finit par la superstition.

Les conséquences morales de pareils états d'esprit ont de tout temps été les mômes. Comme les disciples du stoïcien Ariston, les quiétistes de toutes les religions ont été conduits à l'indifférence morale fondée sur un insupportable orgueil. Il y a toujours quelque danger à se mettre tellement au-dessus des autres qu'on s'affranchit de leurs devoirs. La plus grande somme de vertu est, comme la plus grande somme de bonheur, dans les voies moyennes. Or les gnostiques se croientpar leur science devenus d'une autre nature. Ils sont les spirituels et s'opposent aux charnels. « Les hommes, c'est nous, disent-ils, les autres ne sont que porcs et chiens (2). » Le gnostique est celui qui sait. Cela lui sert d'universelle dispense et d'universelle absolution. Il a pour honorer Dieu la véritable méthode qui est de le con naître tel qu'il est. Souffrir pour lui, mourir pour lui sont des façons vulgaires, à la portée de tous. Le martyre est une sottise (3). Que signifient pourle gnostique ces misères qu'on appelle des fautes ou des vices? Sa vertu est inamissible. « L'or peut traîner dans la boue sans se corrompre (4). » Puis il lui plaît d'ignorer ce que fait son corps. « A la chair ce qui est de la chair, à l'esprit ce qui est de l'esprit (5). » Toutes les promiscuités

(i) Saint Irknée, I, xxi.

(2) Épipiiam: , XXIV, ii,

(3) Glkment, Stromates, IV, 4 ; SviXT Irknée, I, xxiv, 6 ; III, xviti, S.

(4) Saint Ihénéf., I, vi, 2.

UNIVERSITÉ DE Lyon. — VI II. A. >*

ne le souillent pas, parce qu'elles ne l'atteignent pas. Gela se passe en dehors de lui. A plus forte raison les paroles que l'on dit, les fêtes où Ton va, les viandes que Ton mange sont-elles choses indifférentes (1). — Tels, par exemple, furent les Yalentiniens, libidineux et dévots, véritables théoriciens de l'hypocrisie (2).

Carpocrate alla plus loin qu'eux. Il ne se contente pas de rendre l'immoralité innocente. Pour triompher d'àmes entêtées dans leurs préjugés, il la veut obligatoire. Elle devient un moyen d'affranchir l'âme de la chair, et la communauté des femmes est transformée eu institution pieuse (3). Il faut avoir accompli tous les actes possibles pour mériter le salut. L'âme trop lente ou trop craintive pour épuiser la liste des iniquités dans une seule vie ne sera pas tenue quitte. Ce sera pour elle à recommencer. Soyons donc dès maintenant consciencieusement infâmes. La glorification du mal fut, à d'autres époques, le paradoxe de quelques esprits raffinés. Mais cette morale à rebours fut prise sérieusement alors pour une morale, et une femme qui la prêcha à Rome trouva des auditeurs (4). On appela fils de Gain, ou Gaïnites, les disciples de Garpocrate. Les Adamites ne valaient guère mieux. Leur culte consistait à figurer Adam et Eve. Ils appelaient leur église paradis, ils la chauffaient et s'y tenaient nus, ce qui ne les empêchait pas de vanter leur chasteté (.j). — Ghose à noter, tous ces rêveurs plus ou moins malfaisants n'avaient pas oublié leur Platon, et s'autorisaient de sa République^ dont ils prenaient à la lettre toutes les utopies (6).

(1) Saint Irénée, l, vi ; Origène, ïn Ezcch., lit, 4

(2) Saint Irénée, id.

(3) Sur Carpocrate voir les textes cités par Renan, VÉglise chrétienne, p. 179.

(4) Saint Irénée, 1, x.vv, 6; Clément, Stromates, II, 20 ; \l\, 17.

(5) Clément, Stromates, I, lo ; III, 4; VII, 7; Origene, De oratione, 3.

(6) Voir Renan, Marc-Aurèle, p. 12o."

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