DE PHILON \ ORIGÈNE : CLÉMENT D'ALEXANDRIE
scène tirée des Evangiles : un bon jeune homme, et qui croi lavoir observé tous les commandements demande au Sauveur ce qui lui reste à faire. Et le Sauveur lui répond : « Si vous voulez être parfait, vendez tout ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, il vous sera rendu un trésor dans le ciel, puis venez et suivez-moi . » A ces mots le jeune homme s'éloigna tout marri, car il avait de grands biens. Et Jésus, se tournant vers ses disciples, leur dit par deux fois : « Qu'il est donc difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieuxl » La casuistique chrétienne adoucit les rigueurs de cet arrêt par une distinction qui tiendra bientôt, nous le verrons, une grande place, celle des conseils et des préceptes. La pauvreté volontaire est, comme nous dirions aujourd'hui, un devoir large plutôt qu'un deVoir strict. Clément, pour qui la richesse a dans l'économie sociale le sens que nous venons de dire, s'en est tiré d'un autre manière, et sa méthode ordinaire d'interprétation vient ici à son secours. 11 faut prendre la divine boutade au sens figuré. Jésusa voulu dire: «Défaites-vousdevosbiens sansvousen défaire, défaites-vous en enesprit, en pensée, détachez vous d'eux, ce qui est une façon d'apprendre à s'en servir, comme on doit s'en servir, pour autrui (1). » De même, dans le Pédagogue^ beaucoup de défenses qui semblaient faites d'une façon absolue sont reprises, quelques lignes plus loin, avec un nouveau sens. Servezvous des meubles que vous possédez, quelque luxueux qu'ils soient (2) ; buvez dans une coupe d'albâtre, si vous en avez une (3). L'essentiel est que votre cœur soit dégagé de ces vanités et n'y attache point trop d'importance. Mangez ce que vous voudrez : « ce qui entre par la bouche ne souille pas l'homme (4), » pourvu que la volupté ne s'y mêle point. Une femme enfin peut se parer modestement pour retenir un mari volage, si son cœur à elle
(1) Clément, Sur le salut des )-iches, 14.
(2) Clémem, Pédagogue, 11,9, i2.
sait rester chaste sous cette parure (1). — C'est la morale stoïcienne de l'intention, et il est difficile de pousser un peu loin la réQexion et l'analyse sans aboutir à elle. Toutefois, quand il s'agit de pédagogie divine ou humaine, c'est-à-dire d'une discipline de débutant qui doit faire prendre aux âmes un pli, nous préférerions des exigences moindres, mais nettement définies. Une règle fixe est pour une jeune bonne volonté l'appui le plus solide.
Ce qui est d'un stoïcisme plus apparent encore, c'est cette distinction même d'une vertu moyenne et provisoire et d'une vertu vraie que la première permet d'attendre, quand elle ne la remplace pas tout à fait. La définition de cette vertu vraie ne sera pas la même chez Clément et chez les stoïciens. Mais jusqu'ici il n'est question que de conformité à la raison (2). La vie chrétienne, dans cette première forme, n'est qu'un composé d'actions raisonnables (3). Clément emprunte même aux pliilosophesgrecs leur psychologie, leur classification des facultés (4), des passions (o), leur terminologie enfin, et nous parle comme un bon stoïcien, de y.a-ipOwiJ.a et de ■/.-xHp.z^). La vertu stoïcienne est à la vertu chrétienne ce que la philosophie de Platon est à la foi, une introduction. Et nous en sommes à cette introduction. Toutefois, comme il est facile déjà de voir poindre ce qui va suivre, et comme on sent autour de soi une tout autre atmosphère d'idées! Celte comparaison établie entre l'enseignemenl des Ecritures et la direction d'un pédagogue est aussi vague que peu stoïque. Ce qui est moins stoïcien encore, ce sont toutes les subtilités dont Clément entoure et complique cette comparaison. Dieu est notre Père et l'Église est notre Mère. Mais c'est Jésus- Christ qui nous nourrit de sa parole comme dun lait approprié
(1) Clément, Pédagogue, III, II.
(4) Jd.,III, 1.
(5) Id., I, 13.