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LACTANCE. ibl
trait (après bien d'autres qii'onumère notre auteur) donne enfin à la vertu chrétienne une marque propre : le mépris de toute volupté. Cette ver^u ne va pas sans combat contre soi-même et sans mortification. Le livre, où cette esquisse d'une vie selon Dieu est proposée, a un titre qu'il faut citer et retenir : Du véritable culte.
C'est au contraire sous un titre tout classique : De la vie heureuse, que le dernier livre traite des sujets qui le sont le moins, de l'immortalité de l'àme et de la raison d'être de toutes choses. Ces deux sujets d'ailleurs n'en font qu'un. Car le monde a été fait pour l'homme, et l'homme pour connaître Dieu, le servir, et mériter par là l'immortalité. Mais Lactancene se contente pas de cette vision de l'avenir. Il prétend apporter des prédictions plus concrètes et plus précises. Le monde, après un labeur de six grands jours, dont chacun dure mille ans, jouira, dans un septième jour de mille années encore, du repos que lui procurera le règne du Christ. Ce septième jour approche. Mais avant que le sixième touche à sa fin, une crise se produira qui sera marquée par la chute de la puissance romaine, à laquelle il semble à Lactance que le sort du monde soit lié. Jusque dans ces rêveries apocalyptiques le Romain se retrouve, et, pour lui, le règne de l'Antéchrist se confondra avec la domination de l'Asie sur l'Italie (1). Après cette crise et après les mille ans enfin qu'aura duré le règne du Christ, toutes les puissances mauvaises tenteront un dernier assaut, et Dieu fera le départ définitif des impies, qu'il enverra au feu éternel, et des justes, qui deviendront semblables aux anges. — La conclusion de tout ceci, c'est qu'il faut songer aux rigueurs de ce jugement, et ne vivre que pour l'éternité.
Que peut avoir de commun Cicéron avec un millénaire ? — Mais le millénarisme, outre qu'il avait été une transition peut- Il) L\CTANCE, I)iv. inst , VU, l!i.
être nécessaire vers Fidée trop philosophique et trop vide d'immortalité, n'était plus toujours pris dans le sens grossier où l'avaient pris les judéo-chrétiens (1), et il était à cette époque conciliable avec le plus haut degré de culture. En fait nous sommes déjà édifiés sur le compte de Lactance; nous savons que sa conversion ne lui avait rien fait oublier, et que, comme beaucoup de ses illustres prédécesseurs dans l'apologie, il était resté philosophe en devenant chrétien. — 11 était de plus resté cicéronien. A quel point son style est plein de Cicéron, c'est ce dont on ne peut se faire une idée, quand on ne l'a pas lu. iXon seulement il écrit un latin élégant, oratoire, et par là ressemble à son modèle; mais s'il est une expression plus proprement cicéronienne, on est sûr de la retrouver chez Lactance. Tous les faits de l'antiquité qu'il rapporte ont été précédemment rapportés par Cicéron (2). Son érudition philosophique, dont nous parlions tout à l'heure, a bien l'air de venir de la môme source (3). Il parle de Cicéron avec piété : c'est l'incomparable orateur, le premier des écrivains latins (4), le plus grands des philosophes (5), (ce que nous sommes aujourd'hui moins disposés à admettre). 11 appelle sa parole presque divine (6). Quand il est forcé de le contredire, c'est avec une nuance de regret. 11 lui cherche des excuses (7), ou s'efforce de le montrer réparant lui-même son erreur (8). Mais, quand
(1) Voir en particulier saint Ambroise, Enarr. in Fsalm. I, 54.
(2) Tous les rapprochements, pour le fond et pour la l'orme, ont été faits avec tant d'abondance par les éditeurs qu'il suffit d'y renvoyer. Voir entre autres Lactance, édition Migne, t.I, p. 282, 290, 368, 760, 763.
(3) Voir Lactance, Div. inst., lit, 7.
(4) Ici., III, 13.
(5) /'/., III, 14. Idem perfeclus orator, idem summus philosophus ; Cf., l, 15 ; III, 1 ; VII, 1.