‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 46 sur 60 · LK TRAITÉ « DES DEVOIRS » DE PANÉTIUS ET CELUI DE CICERON · texte numérisé non relu

LK TRAITÉ « DES DEVOIRS » DE PANÉTIUS ET CELUI DE CICERON

et la même portée (1), comme si l'imitateur de Panétius cherchait à établir entre la Grèce et Rome une rivalité de vertu. C'est là toutefois un sentiment à peine indiqué chez Cicéron. Car Rome a fait siennes les gloires de la Grèce, comme ses divinités. Disons enfin que le tragique exemple qui illustre si magnifiquement les conflits de l'intérêt et du devoir, lexemple de Régulus, appartient en propre à Cicéron, comme tout ce troisième livre qu'il remplit et qu'il éclaire. — Mais à Rome ce qui intéresse surtout Cicéron c'est le barreau et la vie politique. Son livre a l'air parfois de ne s'adresser qu'à des avocats. Celui de Panétius, nous l'avons vu, mettait Cicéron sur la voie de ces discussions de métier. Mais Cicéron a évidemment abusé de l'exemple qui lui était donné (2) et, se trouvant dans son élément, n'a pas su s'arrêter. D'ailleurs les avocats à Rome ne y,/ formaient pas une corporation, et s'adresser aux avocats c'était s'adresser à tout le monde. Comme on sent aussi dans l'œuvre de Cicéron l'homme d'Etat d'autant plus passionné pour la politique que, pour l'instant, il n'en peut plus faire. Elle traite successivement des moyens d'arriver au pouvoir et d'en user (3). C'est un manuel politique, ce qui n'est souvent pas la même chose y qu'un cours de morale. De la politique intérieure nous passons môme à la politique étrangère, aux rapports des nations entre elles, au droit international, à la guerre, à ce qui peut s'y mêler de justice et de mutuel respect (4). C'est l'application à <} l'histoire romaine des idées stoïciennes, application qui se fait ( sans effort, parce qu'il y avait entre la théorie stoïcienne du droit et le culte romain de la foi donnée une sorte d'accord préexistant. Ce peuple législateur et guerrier avait eu l'idée dune législation de la guerre.

(1) CiCKRON, jDc off., I, 22, 30, 31 ; II, 11.

(2) là., 1, 10, .37; II, 14, 19; ill, la, 16.

Il ne suffit pas de dire que Cic(5ron applique les règles morales de Panétius aux cas qui le préoccupent et au genre de vie qui Tintércsse. Ce qui est plus grave, son idéal subit Tinlluence de ces applications auxquelles il le soumet, et comme du milieu dans lequel il le transporte. Son stoïcisme revêt dès lors comme certaines nuances particulières qu'il est délicat, mais important de saisir. Ce que les Grecs appellent TrpÉTicv c'est une sorte de convenance objective de l'action considérée en elle-même, et, nous l'avons vu, comme une œuvre d'art. L'action est sa fin à elle-même. C'est de la finalité interne. Je ne saurais dire exactement en quel passage Cicéron est infidèle à celte définition, et donne au mot latin rfeconmz, qu'il propose pour traduire zpéxcv, un autre sens que celui du mot grec (1). Mais l'impression que laisse la lecture de son traité Des Devoirs^ surtout quand on chercbe dans le second livre le commentaire du premier, est que Cicéron, malgré de belles protestations, est plutôt préoccupé de Feffet à produire, h' honestiim de Cicéron diffère exactement dans la même mesure du xaXôv des Grecs. De là quelque chose de moins naturel et déplus guindé. Son critérium se déplace et se rapproche de celui de l'honneur. Ce n'est plus une morale esthétique; c'est encore une fois une morale d'homme politkrue qui, dans les suffrages de l'opinion publique7"vÔit Ja~prÔ-

messe d'autres suffrages. C'est une morale de candidat. De même, entre les deux types de vie qui se disputent les sympathies des stoïciens, la vie intellectuelle et la vie sociale, celles de Cicéron n'hésitent pas. La contemplation muette de la vérité, telle qu'Epicure et quelques stoïciens l'ont rêvée, n'est point son affaire, et ne lui inspire qu'un sentiment de mortel ennui. La science ne lui semble servir à rien si elle n'aboutit à l'action (2). L'utilité sociale est la règle suprême de la moralité. Cicéron a

(1) Cicéron, De o//'.,I, 19.

(2) /'/., I, 43. Ce chapitre est le chapitre sur la comparaison des choses honnêtes entre elles, dont Cicéron revendique la paternité.

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