‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 54 sur 60 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

Nous ne prétendons point, dans le chapitre que nous commençons d'écrire, présenter un tableau de la morale chrétienne au IV* siècle. Pour un pareil tableau les cadres en sont trop étroits. Mais il n'est à nos yeux qu'un prolongement du précédent, et il doit, en cherchant au traité Des Devoirs des termes de comparaison, non plus seulement chez saint Ambroise mais autour de lui, achever d'en faire ressortir l'originalité et la portée. Il mettra en lumière du même coup certains caractères de la morale chrétienne considérée en dehors d'une œuvre qui en représente un élément important et la relie a la tradition classique. '

Les Pères grecs.

Il est difficile de parler de tous les Pères grecs à la fois, tellement chacun a sa physionomie propre, tellement il y a loin, par exemple, de la lière fermeté d'Athanase à la mélancolique douceur de Grégoire de Naziance. Nous voudrions cependant marquer certains traits par lesquels ils diffèrent des Pères latins, et de saint Ambroise en particulier, et nous borner ensuite à la rapide analyse de quelques unes de leurs œuvres qui nous intéressent particulièrement.

Université de Lyon. — VIII. A. 24

C'est dans l'Orient chrétien que les dogmes se discutent et se fixent. C'est plutôt dans FOccident que le christianisme prit conscience de sa morale, quoique les conséquences morales des dogmes aient de tout temps semblé présider à leur élaboration. Le génie métaphysique de la Grèce se donna carrière dans la théologie, quand la théologie eut remplacé la philosophie. Ce n'est pas seulement d'Athanase que nous voulons parler, quoique ce soit de lui surtout. Les titres seuls de ses œuvres nous renseigneraient, si son nom n'était à jamais attaché à la lutte contre l'arianisme et à la défense du Symbole de Nicée. Il a écrit sur l'Incarnation, sur la Trinité, sur la commune essence du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il a écrit contre toutes les hérésies et surtout contre celle des ariens. La liste de ses sermons et de ses traités dilTère de celles des sermons et des traités de saint Ambroise et de saint Augustin en ce que les questions de morale en sont presque absentes. (Nous avons omis à dessein de mentionner la vie d'Antoine, dont nous allons parler dans un instant.) Parmi les Pèreslatins au contraire, un seul, saint Hilaire aécrit un ouvrage en douze livres sur la Trinité. 11 semblerait a priori qu'il dût, de ce chef, tenir une place importante dans l'histoire de ce dogme et de la grande controverse à laquelle il donna lieu. En réalité saint Hilaire expose et démontre la doctrine orthodoxe avec une ampleur qui n'exclut pas l'exactitude, mais il ne fait preuve d'aucune originalité dogmatique. C'estun éloquent défenseur de lafoi, ce n'en est pas un fondateur. C'est un Latin, et l'originalité des Latins est d'un autre côté. — Cela tient aux différences intellectuelles des deux races, mais cela tient aussi, pour quelques cas, à ce que les Pères grecs sont antérieurs en date aux Pères latins, et que, pour accomplir leur œuvre qui était de fonder une religion, il fallait plus d'abstractions et de surnaturel que de prescriptions morales, les esprits ne se passionnant d'ordinaire que pour ce qui les dépasse. Si, à mesure que le iv'' siècle s'avance vers sa fin, le dogme

étant fixé, les Pères grecs eux-mêmes ressentent une sorte de lassitude métaphysique, Tamourdes formules remplace chez eux Tamour des systèmes (1). Le Grec est né dialecticien. On a beau être chrétien, on n'est pas pour rien arrière-petit-fils de Gorgias et de Protagoras, et, quand c'est un dogmatisme que l'on veut fonder sur cette dialectique, on aboutit aux distinctions à la fois les plus impérieuses et les plus subtiles. — Puis Timagination qui demeure un des traits dominants de l'esprit grec, surtout de l'esprit grec marié à l'esprit oriental, comme il l'est depuis Alexandre, se dépense à interpréter quand elle ne se dépense plus à inventer. De là cette exégèse hardie, de là cette floraison d'allégories qu'il nous faudrait décrire si nous n'avions assez parlé de cette mode singulière et contagieuse. L'allégorie sévit, nous l'avons vu, jusque dans les œuvres d'Ambroise. Mais ici encore les Latins ne font qu'imiter ; les Grecs ont été les créateurs.

Ce n'est pas à dire qu'à ces théoriciens la morale ait été indifférente. Les Pères grecs ont été des moralistes à leur façon : ils ont proche; ils n'ont pas enseigné; ils n'ont pas organisé. Quelle plus ardente prédication et plus évangélique que celle de Chrysostome? Mais chez ce Père, le moins théologien d'ailleurs de tous les Pères grecs, la théorie morale plus que toute autre est indécise. On n'y peut rencontrer que des tendances. Son plus récent historien (2) ne trouve, dans un gros volume, que quelques pages à consacrer à ce qu'il appelle « les principes de sa morale » et ne réussit môme pas à en bien démontrer l'existence. Nous avons déjà fait cette remarque qu'avant le traité Des Devoirs de saint Ambroise le Pédagogue de Clément est le seul traité didactique de morale chrétienne. Si saint Ambroise avait trouvé chez ses prédécesseurs un modèle à imiter, peutêtre n'en eût-il pas demandé un à Cicéron, et la morale chré-

[i)\'o\vl{iTtER, Histoire de laphil. rhrdtienne, Tiadwlion tVaiiraise, t. Il, p. 77. (2) Plech, Suint Jean Clirysostome.

tienne eût perdu cette occasion de se comparer avec la morale antique et de s'enrichir de ses traditions. Saint Basile, celui des Pères grecs qui ressemble le plus à saint Ambroise, — comme saint Ambroise est celui des Pères latins qui ressemble le plus à saint Basile, — saint Basile semble avoir eu l'idée du livre à faire. 11 composa un recueil de règles de morale avec développements à l'appui. Mais ces règles très-nombreuses ne sont pas reliées entre elles. Elles sont développées tantôt en un chapitre, tantôt en vingt ou trente. Il manquait à un tel livre les qualités extérieures, souvent factices, qui font qu'un livre dure. Lesautres Pères de TEglise grecque sont encore plus loin d'un enseignement méthodique de la morale. Chacun avait suivi son inspiration, l'inspiration des circonstances. Chacun avait obéi à son rêve de piété et de charité. Le souci des réalités et des possibilités est même souvent étranger à ces nobles esprits. La prédication de Chrysostome eût ramené ceux qui l'écoutaient aux premiers âges du christianisme, s'ils avaient fait plus que d'être délicieusement émus par elle. Rien non plus de l'esprit politique qui sera la caractéristique de saint Ambroise. Les grands évoques du monde grec ne sont encore que d'ardents tribuns toujours prêts pour la défense du peuple, que la tyrannie impériale donnait souvent l'occasion de défendre, des ennemis nés du pouvoir, qu'ils emploient pour le fléchir la prière ou la menace. L'Eglise, qui a déjà subi la protection de l'Etat, ne lui a pas encore accordé la sienne. Cette infériorité du sens pratique et politique chez les Pères grecs est compensée par un goût plus vif pour la contemplation. C'est la pente presque obligée sur laquelle s'engagent les âmes des meilleurs, quand des codes précis ne les attachent pas à des offices plus humbles. Si Grégoire de Naziance n'a pas été un mystique, c'est que les devoirs qui ont pesé sur lui d'un poids si lourd ont incliné violemment son esprit dans un autre sens, et l'ont poursuivi, parle souvenir, jusque dans la retraite. Mais les poésies dont, évêque démissionnaire, il emplit et console ses

loisirs, ont été appelées avec justesse des méditations reli- , gieuses (1). Les poésies de saint Ambroise sont faites pour être chantées par une foule assemblée, celles de Grégoire de Naziance sont les mélancoliques rêveries d'un solitaire. Cette différence n'est pas seulement la différence de deux esprits individuels; elle accuse, en la portant à Textrême, la différence de deux génies, celui de l'Occident et celui de l'Orient, Grégoire de Naziance est un poète philosophe que tourmente, malgré sa foi, le problème de notre destinée, tourment de métaphysicien, tourment pendant longtemps inconnu aux esprits à la fois plus bornés et plus fermes de l'Occident : « Dans le tourbillon de mon cœur agité, je laissais échapper ces mots qui se combattent : Qu'ai-je été? que suis-je? que deviendrai-je? Je l'ignore. Un plus sage que moi ne le sait pas mieux. Enveloppé de nuages, j'erre çà et là, n'ayant rien, pas môme le rêve de ce que je désire; car nous sommes déchus et égarés tant que le nuage des sens est appesanti sur nous ; et celui-là paraît plus sage que moi qui est le plus trompé par le mensonge de son cœur. Je suis, dites quelle chose ; car. ce que j'étais a disparu, et maintenant je suis autre chose. Que serai-je demain, si je suis encore ? Rien de durable. Je passe et me précipite tel que le cours d'un fleuve. Dis-moi ce que je te parais être le plus et, t'arrêtant ici, regarde avant que j'échappe. On ne repasse pas les mêmes flots qu'on a passés, on ne revoit pas le même homme qu'on a vu (2). »

Cette note attristée est la note nouvelle que Grégoire de Naziance a apportée dans la poésie. Surtout si l'on pense aux causes de sa tristesse, ce poète du iv" siècle nous semble presque un contemporain. — Mais enfin il découvre en Dieu un refuge, et regrette ses angoisses, non sans un remords de les avoir éprouvées : « Heureux qui mène une vie solitaire, et qui,

(i) Vii.LKMAiN, Tableau de Véloqucnce chrétienne au iv" siècle, p. 139. (2) Traduit par Villemain, loc. cit., p. 139-140.

374 LES CONTEMPORAINS DE SAliNT AMHROISE.

loin des hommes attachés à la terre que foulent leurs pas, élève à Dieu son âme ! Heureux encore qui, mêlé à la multitude, ne se laisse pas ravir au même tourbillon qu'elle, mais donne à Dieu tout son cœur ! Heureux qui, au prix de tous ses biens abandonnés, acquiert Jésus-Christ, et porte haut la Croix, son seul héritage (1) ! » El son chant de triomphe continue ainsi, résumant toutes les aspirations de cette belle âme qui a trouvé dans les austérités la guérison des blessures que la vie lui avait faites.

D'une grâce plus mystique encore sont les chants de Synésius sur le même thème. « Heureux qui, fuyant les cris voraces de la matière et s'échappant d'ici-bas, monte vers Dieu d'une course rapide ! Heureux qui, libre des travaux et des peines de la terre, s'élançant sur les routes de l'âme, a vu les profondeurs divines ! C'est un grand effort de soulever son âme sur l'aile des célestes désirs. Soutiens cet effort par l'ardeur qui te porte aux choses intellectuelles. Le Père céleste se montrera de plus près à toi, te tendant la main. Un rayon précurseur brillera sur la route et t'ouvrira l'horizon idéal, source de la beauté. Courage, ô mon âme! Abreuve-toi dans les sources éternelles, monte par la prière ver& le Créateur et ne tarde pas à quitter la terre. Bientôt, te mêlant au Père céleste, tu seras Dieu dans Dieu luimême (2). » Ce rêve d'extase représente pour les contemplatifs la tentation. Ces dernières paroles d'un évêque, si elles n'étaient en vers, seraient hérétiques.

Une autre conséquence de la recherche individuelle de la perfection est l'ascétisme. Nous sommes à une époque où le désert se peuple. Ce sont des solitaires d'abord, puis de véritables associations, des associations de solitaires. Le terme de monastère enferme ces deux idées contradictoires. L'ascétisme recrute l'élite de la société chrétienne, « comme dans les siècles précédents le christianisme avait recruté l'élite de la société

(1) Traduit par Viu.EMAiN, loc. cit., p. 143.

(2) Traduit par Villkmain, toc. cit., p. 223.

païenne (1). » Ce fut une religion dans la religion. Les uns ne font qu'y tremper leurs âmes pour retourner à la vie active. Tels saint Jean Chrysostome et saint Basile. Pour d'autres l'ascétisme ne fut pas seulement une discipline, mais la forme définitive de leur vie. Et, entre ces âmes exaltées par une solitude prolongée, par tontes les mortifications, sans relations avec le monde, sans vie physique, les moins résistantes offrirent à cette extase dont nous parlions tout à l'heure comme un terrain préparé. « De cette rude école du désert, dit M. Yillemain, il sortait des grands hommes et des fous. »

Par ses excès même l'ascétisme grec nous fait penser à l'ascétisme oriental, qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas entre eux un lien de parenté historique. L'Occident eut aussi ses couvents et ses moines. Mais rien ne marque mieux la différence de deux races que les caractères différents qu'y revêt une même institution. Non seulement TOccident ne mit pas son idéal dans la vraie solitude, dans la vie des ces anachorètes cloîtrés (2) dont Chrysostome lui-même se refuse à louer l'inutile vertu et qui, pour ne garder aucune communication avec les vivants, recevaient par une lucarne leur nourriture. Mais la vie monastique n'y eut pas d'ordinaire, et en particulier dans les ordres d'hommes, le caractère individualiste qu'elle garda en Orient. Ici on ne la pratique que pour la perfection personnelle, ou même pour les jouissances d'ordre mystique qu'elle procure. Là, outre ces raisons, on a en vue la défense et les progrès de l'Eglise (3). C'est une œuvre collective que l'on accomplit. Les ordres deviennent des milices. Aussi, tandis que le monachisme oriental eut une courte destinée, et s'éteignit obscurément, après avoir donné asile à l'esprit de subtilité et de chicane théologique, les moines d'Occident furent à la fois les gardiens des traditions dans

(1) Plech, Saint Jean Chrysoxtome, p. 250.

(2) Movayo; i^z-i^Xins^iv/ô;.

(3) Cf. ZiEGLER, loc. cit., p. 209.

l'universel bouleversement, et les pionniers de la civilisation chrétienne : « La vie monastique, remarque Montalembert, se fonde en Orient comme TEglise ; mais, comme l'Eglise aussi, elle n'acquiert sa véritable force qu'en Occident (4) ».

Le même homme initia le monde romain à la vie monastique, après en avoir été comme le législateur pour le monde grec : ce fut Athanase. La persécution qui deux fois le contraignit de fuir en Thébaïde, et qui trois fois l'exila à Rome, fit de lui le messager des Pères du désert auprès de leurs lointains imitateurs. Ce rôle joué par Athanase marque aussi le lien qui unit le monachisme naissant à la lutte contre l'arianisme. Disons enfin combien il est intéressant de voir le grand évêque d'Alexandrie, moine avec les moines, passant de la lutte à la retraite, et de la retraite à la lutte, premier exemple de cette association des vertus actives et des vertus contemplatives qui sera, comme nous l'avons dit à propos de saint Ambroise, un des traits distinctifs de l'épiscopat chrétien. Athanase fut à la fois un théologien et un ascète, réunissant en lui les deux grands caractères de l'Église grecque. C'est sa Vie d'Ajitoine qui fut comme l'évangile du monachisme. Cet écrit, selon l'expression de saint Grégoire de Naziance, apportait une règle sous forme de récit (2). C'était un code en action. Il est de ceux sur lesquels nous voulons nous arrêter.

Nous y voyons la vie monastique, sous l'influence d'Antoine, prendre sa véritable forme. Dans le principe les anachorètes se contentaient de mener une vie retirée aux environs des villes. Antoine les entraîna à sa suite au désert. Puis, les groupant autour de lui, il fonda ces cités de moines, asiles de piété et de justice, qu'Athanase salue en ces termes : « Quam pulchrae domus tuae, Jacob, et tabernacula tua, Israël (3) ! » Là Antoine,

(1) Montalembert, Les moines d'Occident, t. I, p. 139.

(2) S. Grég. Nazianc, Orat. 27 in Inud. S. Athan.

(3) Saint Athanase, Vie de saint Antoine, 44.

pendant près d'un siècle (car il ne meurt qu'à cent cinq ans), donne l'exemple de toutes les mortifications et de toutes les vertus. 11 cl un cilice sur le corps (1). Prendre un peu de repos, prendre quelques aliments lui semble une faiblesse dont il rougit (2). Ces aliments ne sont cependant que du pain et de l'eau, et lui-même laboure le champ qui le nourrit pour n'être à charge à personne {'S\ II lit les saints auteurs avec une attention si pieuse que sa mémoire n'en perd rien et bientôt lui servira de livre (4). Il cherche partout dans sa modestie des leçons à s'appliquer. De celui-ci il imite la douceur, de celui-là la persévérance, d'un troisième il apprend à veiller, d'un quatrième à coucher sur la dure (5), faisant en lui-même comme une collection des vertus ascétiques. 11 vit de la pensée de la mort, veillant sur son âme comme s'il devait à chaque instant la présenter au Seigneur, s'endormant comme s'il ne devait pas se réveiller (6). Quelque suggestion se présente-t-elle à son esprit dont il ait à se défendre, il se met à écrire comme pour la raconter, sûr d'arrêter en route, par la seule idée de cette publicité qu'elles redoutent, les imaginations lascives et les mauvaises pensées (7). Le démon use contre lui de tous les stratagèmes, et la partie du récit d'Athanase où sont rapportées les tentations qui l'assaillirent est celle qui frappa le plus vivement l'imagination de ses contemporains. Elle la frappa au point de donner naissance à une légende. Après les tentations vinrent les miracles. Et la gloire d'Antoine est telle que les empereurs lui écrivent (8). Il est pour l'orthodoxie, dans les grandes

(1) Saint Atiianase, Vie de saint Antoine, 47.

(2) Id., 4a.

(3) Id., 50.

(4) Id., 3.

(1) ld.,'io.

(8) Id., 81.

luttes qu'elle eut à soutenir, un auxiliaire d'autant plus précieux qu'il est en dehors de la hiérarchie ecclésiastique, et qu'il semble apporter dans les disputes des hommes la voix deDieu(l). Mais le martyre, au-devant duquel il venait, se refuse à lui et il retourne au désert comme à son élément, ainsi qu'il le dit luimême (2). — 11 a créé un type dont les imitateurs seront légion, et son influence sur la morale chrétienne sera la plus grande après celle du Christ. Mais tandis que l'influence du Christ dure encore, l'idéal ascétique n'existe dans la conscience actuelle qu'à titre d'exception, ainsi qu'il exista toujours, ou comme un phé-. nomène d'atavisme moral.

Les règles de saint Basile, non pas celles dont nous avons déjà parlé et qui s'adressaient à tous les chrétiens, mais celles qu'il formula pour les moines, témoignent d'une organisation déjà avancée de la vie monastique. On avait posé à saint Basile une série de questions, problèmes de conscience religieuse ou de discipline; les réponses qu'il y lit devinrent un règlement accepté dans tout l'Orient. Des vœux formels consacrant et consolidant les vocations, le renoncement à toute propriété personnelle, la conciliation de la vie solitaire et de la vie en commun, du jeûne et du travail, et enlin l'obligation de l'obéissance sur laquelle on n'avait jamais encore autant insisté, telles sont les nouveautés morales de ce règlement. — D'autres questions viennent ensuite et d'autres réponses plus brèves que les premières, mais au nombre de deux cent quatre-vingt-six ou de trois cent treize, selon les manuscrits, sorte de très-long appendice au précédent recueil. Cet appendice constitue, à vrai dire, le premier traité de casuistique que nous possédions. Citons, pour en marquer l'esprit, quelques unes des questions posées.

« Comment il faut entendre ce conseil : Ne vous inquiétez pas

(1) Saint Atiianase, Vie de saint Antoine, 46.

(2) Il se compare au poisson qui ne peut vivre hors de l'eau.

du lendemain (1). — Est-il permis de mentir, quelque utilité que puisse avoir un mensonge (2) ? — Faut-il appeler menteur celui qui, ayant un dessein, ne l'a pas mis à exécution (3)? » Les cas suivants feraient à bon droit partie du questionnaire d'un directeur : « Faut-il adresser les mômes reproches au religieux qui a failli et au premier pécheur venu (4)? — (Comment s'y prendre avec celui qui, méritant sur tous les autres points, pèche cependant d'un certain côté (5), » Mais c'est d'une casuistique d'un genre particulier, c'est de la direction non plus d'un homme, mais d'une communauté, qu'il s'agit le plus souvent: « Celui qui laisse pécher son voisin, quand il eût pu se mettre en travers, a-t-il péché lui-même (6j ? — Si vous soupçonnez un frère d'un péché dont il n'a pas encore été convaincu, convient-il de le surveiller pour le prendre en faute (7)?

— Quand un défaut persiste et que le coupable ne fait que s'irriter des reproches, ne vaut-il pas mieux se séparer de lui (8) ? »

— Il y a des difficultés propres à ceux qui commandent : Peuvent-ils garder la simplicité d'âme qu'exige cette parole : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (9) »? — « Si, à la suite d'un sermon, vous obtenez quelque joie du succès obtenu, faut-il l'attribuer au sentiment du bien que vous avez fait ou à un mouvement d'orgueil (10)? » D'autres questions ont un caractère tout ascétique : « S'il est permis de rire (11). — Comment on vient à bout

(1) Saint Basile, Regulse concisius disputatx, 272.

(2) Id., 76.

(3) Id., 59.

(4) Id.. 82.

(7) Id., 19.

(9)id., il3.

{iO) Id., 185.

d"im besoin excessif de sommeil (1). — Quelle peine mérite celui qui, réveillé pour la prière, laisse voir sa mauvaise humeur ou sa colère (2) ? — Comment faire pour ne ressentir aucune volupté en mangeant (3). » Mais saint Basile ajoute ces restrictions inspirées par son ordinaire modération et par une science déjà profonde de la direction : « De la mesure à garder dans le jeûne (4). — Est-ce une bonne action que de se priver en dehors de la règle, et de sa propre initiative, de tel ou tel aliment (5)? »

Un alinéa sur la colère (6) nous rappelle un passage analogue du traité Des Devoirs, de saint Ambroise. D'autres textes sur les droits et les devoirs des abbés, sur le voisinage des couvents d'hommes et de femmes, sur la confession (7), ont un intérêt surtout historique. Tous contribuent à nous prouver deux choses : les extraordinaires progrès de la vie monastique et l'orientation delà pensée de saintBasile vers les problèmes particuliers qu'elle soulève. Et nous n'avons pas parlé des Constitutions monastiques du même auteur et d'autres écrits dictés par des préoccupations analogues. La morale chrétienne ne trouve qu'en Occident sa forme sociale et laïque, pour ainsi dire. Mais l'institution monastique, qui n'a pas dit sans doute son dernier mot, n'en est pas moins venue d'Orient avec une morale propre et déjà constituée.

Saint Basile, au retour d'un pèlerinage en Egypte et en Palestine, tout plein des exemples de l'ascétisme qu'il y était allé chercher, s'était choisi à lui-même, dans sa patrie, une Thébaïde, riante Thébaïde, comme dit M. Yillemain, et qu'il décrivait ainsi dans une lettre à Grégoire de Naziance : «• Dieu m'a fait trouver

(1) Saint Basile, Regulœ concisius disputatœ, 32.

(2) Id., 44.

(3)Jd.,126.

(4) Id., 130.

(7) Id., 110. <' Convient-il, quand unesœur se confesse à un prêtre, qu'une sœur plus âgée assiste à la confession ? »

un asile conforme à mes goûts... C'est une haute montagne enveloppée d'une épaisse forêt, arrosée du côté du Nord par des sources fraîches et limpides. Au pied s'étend une plaine incessamment fertilisée par les eaux qui tombent des hauteurs; la forêt qui jette à l'entour ses arbres de toutes espèces, et plantés au hasard, lui sert pour ainsi dire de mur et de défense. L'île de Calypso serait peu de chose auprès, quoique Homère l'ait admirée plus que toutes les autres pour sa beauté... Pardonnez-moi donc de fuir vers cet asile. Alcméon lui-même s'arrêta quand il eût rencontré les îles Echinades (1) ». — Voilà un ascétisme bien différent de celui d'Antoine, et nous trouvons dans ce passage l'indication de quelques traits sans lesquels nous n'aurions donné qu'une fausse idée des Pères de l'Eglise grecque. La plupart ont conservé dans leur foi nouvelle quelque chose de ces deux religions de la Grèce antique, la religion de la nature et la religion de la beauté. Dans un traité Contre les adversaires de la vie monastique, Chrysostome fait valoir en faveur de cette vie les charmes de la campagne qu'elle met à même de mieux goûter. Grégoire de iNaziance prélude à une méditation que nous avons déjà citée par les plus exquises descriptions, donnant à sa rêverie philosophique un cadre champêtre : « Les brises de l'air mêlées à la voix des oiseaux versaient un doux sommeil du haut de la cime des arbres oii ils chantaient réjouis par la lumière. Les cigales cachées sous l'herbe faisaient résonner tout le bois; une eau limpide baignait mes pieds, s'écoulant doucement à travers le bois rafraîchi. » De même, un vif sentiment de l'harmonie des choses créées inspire plusieurs passages de V Hexaméron de saint Basile, qui servira, avec celui d'Origène, de modèle à saint Ambroise (2). Ici saint Basile n'est pas seulement le précurseur de saint Ambroise, mais celui de Fénelon et de Bernardin de Saint-Pierre.

(1) Traduit par ViLLKMAiN, loc. cit., p. 118-119.

(2) Voir notamment 3*= Homélie, 10, et 4"= Homélie, 6.

Mais, entre toutes les formes de la beauté, c'est à la beauté littéraire que les Pères grecs sont restés le plus sensibles. Les peuples auxquels ils s'adressaient leur faisaient de l'éloquence une nécessité et un devoir. Ils ne furent donc pas éloquents seulement par la force de leur pensée et de leur conviction, et comme malgré eux; ils le furent avec préméditation; ils furent des artistes ; — sauf à regretter ensuite que certains de leurs succès ne soient que des succès oratoires. Ghrysostome se plaint en effet que la foule vienne plus empressée à ses discours qu'aux prières. Déjà on préférait aux offices le sermon du prédicateur à la mode. Ainsi l'excès d'éloquence constitue un danger et comme une concurrence pour la cause môme que cette éloquence doit défendre. La sœur de saint Basile, au rapport de Grégoire de Nysse, le trouvait dans sa jeunesse gontlé outre mesure de l'orgueil que donne le savoir et d'une sorte de morgue littéraire (1 ). Grégoire de Naziance enfin fait cette remarque, oii se sent presque une âme d'homme de lettres, que la rivalité de talent, « ce qui brouille le mieux les hommes, » ne réussit pas à altérer ses relations avec saint Basile? Et il ajoute, quelques lignes plus loin, qu'ils suivaient côte à côte deux chemins toujours les mômes, l'un qui conduit à l'Église, l'autre qui conduit à l'école (2).

C'est l'esprit logique de l'Occident qui s'avisa d'une contradiction entre ces deux directions d'esprit et comme ces deux cultes. Les Pères grecs furent pour la plupart rhéteurs avant d'être évoques, et, si l'on excepte Athanase, on peut dire d'eux que, devenus évoques, ils restèrent rhéteurs, en laissant à ce terme le sens respecté qu'il avait alors. Saint Grégoire de Naziance distingue nettement deux sciences, mais dont l'une ne supprime pas l'autre : « Le premier des biens, c'est la science, et je n'entends pas seulement la nôtre, cette noble

(1) S. Grec. Nyss., Vita sanctx Macrinx, 2.

(2) S. Grec. Nazianz., Orat., 42.

science qui dédaigne les ornements et la pompe du langage pour ne s'attacher qu'au salut et à la beauté des biens spirituels; je parle aussi de la science profane que tant de chrétiens bien aveugles sans doute rejettent comme pleine d'écueils et de dangers, comme éloignant de Dieu (1) ». Saint Ambroise est, nous nous en souvenons, moins respectueux de la science profane. A peine, sous l'influence d'une vocation récente, saint Basile a-t-il quelques mouvements de dédain pour ses anciennes éludes, et en parle-t-il avec un accent qu'on a pu comparer à celui d'un autre converti, saint Augustin (2). Bientôt la paix se fait dans son àme. L'évèque ne rougit pas d'avoir été l'élève de Libanius, avec lequel il garde les meilleures relations; mais il s'en souvient et tire profit, pour ses fonctions nouvelles, de l'art qu'il a reçu de lui. Un de ses récents biographes a relevé toutes les imitations de l'antiquité dont ses œuvres sont pleines (3). Un traité de Plutarque Sur les dettes est presque tout entier transporté dans une de ses homélies. En imitant à son tour un moraliste païen, saint Ambroise eût donc pu, s'il en eût eu besoin, s'autoriser de l'exemple de saint Basile, et aucun ne lui eût semblé à lui-même plus sûr à suivre. Ajoutons qu'à la différence de saint Ambroise, saint Basile ne se croit pas tenu de déprécier le modèle qu'il imite. 11 ne fait même aucun effort pour se distinguer de lui. Il s'en distingue pourtant parce que son inspiration est double. Il est aussi nourri de la Bible que des classiques. Et par le mélange que son style opère de ces deux sources d'idées et d'images, il renouvelle la langue grecque et fonde une tradition littéraire qui survivra à cette langue même.

11 fit plus ; il joignit le précepte à l'exemple, et démontra l'utilité de la lecture des auteurs profanes pour la jeunesse chré-

(1) S. Grkg. Nazianz., Op., t. I, p. 323 et 324.

(2) Voir FiALON, Saint Basile, p. 23.

(3) FiALON, loc. cit., p. 185 et seq.

tienne (1). Saint Jérôme écrivit quelque chose de semblable, mais après quelle lutte intérieure! Chez saint Basile, cela n'a même pas lair d'une audace. Nous achèverons, par l'analyse de ce petit écrit, ce que nous avons à dire des Pères grecs. Il nous semble qu'il ajoute un Irait bien significatif à leur physionomie. Théologiens et ascètes, disions-nous d'eux tout à l'heure; il faut ajouter maintenant: et humanistes. Non que, pour saint Basile, tout soit à prendre dans l'antiquité. Le lecteur chrétien ressemblera à l'abeille qui choisit ses fleurs et ne prend que le suc dans les fleurs qu'elle a choisies. S'il agit avec ce discernement, il trouvera dans le commerce des anciens non seulement un charme , mais un profit. Et saint Basile nous cite les leçons de vertu que les poèmes d'Homère donnent à ceux qui savent les lire. Entre la sagesse profane et la sagesse chrétienne saint Basile va jusqu'à atténuer les différences, et trouve dans la conduite des sages antiques l'équivalent de cesmaxines : qu'à celui qui nous a frappé sur une joue il faut tendre l'autre, et qu'il faut prier pour ceux qui nous font du mal, en quoi il fait à l'antiquité la part plutôt trop belle. En nous mettant à l'école des païens nous ne faisons d'ailleurs que suivre l'exemple de Moïse, qui se fit l'élève des Égyptiens (2). Ainsi apparaît cette idée qu'une civilisation naît d'une autre et que la raison humaine se continue et se transmet. Quelque distance qu'il y ait entre la science profane et la science divine, la première sert à la seconde de complément et d'ornement. Elle lui est ce que le feuillage est au fruit, et l'étude de cette science profane est à l'élude de la science divine un utile prélude. Ainsi les teinturiers font subir certaines préparations à l'étoffe qui doit recevoir la teinture. Saint Basile dit encore qu'il nous faut exercer la vue de notre âme comme sur des ombres et des miroirs avant d'oser regarder en face la vérité.

(1) Saint 13asile, De la lecture des auteurs profanes.

(2) Saint Jérôme emploie le même argument. Voir dans notre cha-

Qu'eût pensé Tertullien de ces ingénieux raisonnements? — Ce qu'il faut répondre, c'est que nous ne sommes pas seulement dans un autre temps, mais dans un autre pays que celui qui a produit Tertullien.

Saint Jérôme : le monachisme.

Mais c'est surtout à des Pères latins qu'il faut comparer saint Ambroise, à saint Jérôme qui est exactement son contemporain, à saint Augustin qui est son fils spirituel ; il nous apparaîtra mieux alors comme le plus classique de tous par les idées, par les intluencos subies et exercées.

De quelque côté que l'on prenne l'histoire de la littérature chrétienne, on rencontre saint Jérôme, et déjà il a eu sa place obligée dans ce livre. Il est l'auteur de la Vulgate, l'éditeur des quatre Evangiles et des Psaumes, le traducteur et le continuateur d'Eusèbe. Ce n'est pas seulement l'histoire, mais l'histoire littéraire qu'il a fondée dans le christianisme avec son De Viris. Il a introduit dans la littérature latine un genre destiné à un grand avenir : les Vies des saints. Il a écrit des lettres dont quelques unes sont de vrais traités. Il a été mêlé à toutes les polémiques religieuses contre les origénistes et contre les pélagiens. Mais nous voulons nous borner à étudier son rôle dans l'histoire de la morale chrétienne et à noter les éléments de cette morale, nous ne disons pas qui viennent de lui seul, mais que son nom représente. Saint Jérôme n'est pas, comme saint Ambroise, préfet, puis évêque, et toujours homme d'Etat. Ce n'est qu'un moine doublé d'un homme de lettres. Mais ce moine fut près

pitre IV le développement inlilulé: Saint Jérôme et saint Atujitstin disciples de Cicéron.

Univehsité DR Lyon. — VIH. A. 2o

des femmes Tapôtre de la vie monastique. Saint Ambroise protégea les couvents, mais saint Jérôme les créa. Pendant quarante ans, à Rome d'abord, puis à Bethléem, il exhorte, instruit, gouverne les patriciennes qu il a enrôlées dans cette milice d'un nouveau genre. Ses lettres nous les font connaître, de sorte qu'il est leur historien après avoir été leur général, et nous raconte lui-même les vertus qu'il a inspirées. A ce double titre son nom est associé aux leurs, et à cette épidémie de vocations qui sévit à la iin du iv^ siècle sur les plus grandes familles de Rome. En entraînant à sa suite vers la Palestine, vers ces contrées qui étaient à la fois le berceau de la religion chrétienne et de la vie monastique, les dames romaines ardentes d'échapper à la contagion de mœurs dissolues, et de vivifier leur foi par la vue des lieux saints, saint Jérôme montra un chemin qui depuis fut souvent suivi. On peut faire dater de lui ces pèlerinages de rOccident vers l'Orient qui devaient aboutir aux croisades (1). Par là encore sa part est grande dans l'histoire religieuse.

En même temps l'action toute-puissante qu'il exerça sur ses pénitentes est le commencement d'une tradition plus modeste, mais qui restera l'une des curiosités de la vie morale propre au christianisme. 11 est le premier de ces directeurs de consciences féminines au nombre desquels il faut inscrire Bossuet et Fénelon. Entre ces deux maîtres de la direction que nous venons de nommer et saint Jérôme il y a une ressemblance. Comme eux il eut le privilège d'être le confident des âmes les plus aristocratiques de son temps, et de travailler sur une matière morale de haute qualité. Mais cette ressemblance est la seule. Le temps, le milieu, les devoirs, les hommes aussi, tout diffère. Quelle que soit la piété des grands évêques du xvii'' siècle, elle n'a pas cet emportement qui, même au iv" siècle, distingue saint Jérôme de ses contemporains. Ce moine qui s'était fait recruteur de

(1) Voir MoNTALEMBERT, Ics Moiïies d'Occidtnt, 1. I, p. 173.

moines écrit en effet, en s'adressant à un de ses amis dont les hésitations l'irritent, des phrases comme celle-ci où est exprimé un sentiment que nous avons déjà rencontré chez saint Ambroise, mais combien plus rudement : « Si ton père se couche sur le seuil de ta porte pour te retenir, passe par-dessus ton père (1). » Et il ne demande pas moins aux femmes qu'aux hommes. Il ne s'agit pas de conversion dans le sens adouci du mot, mais d'une rupture avec le monde, d'un renoncement à toutes les douceurs du luxe, à toutes les vanités de la jeunesse, de la beauté et de la naissance. Ces femmes qui supportaient mal le poids d'une robe de soie, à qui un rayon de soleil faisaitl'elïet d'une brûlure, qui, se faisant porter en litière par des eunuques, se plaignaient encore des inégalités du sol, il s'agit de les plier non seulement aux plus austères devoirs, mais aux soins les plus rebutants. Saint Jérôme fait d'elles des lampistes, des balayeuses et des cuisinières (2). Mais peut-être de l'excès même du luxe 011 elles vivaient naissait-il comme un attrait vers la mortification, et les vices d'une société en décadence constituaient-ils pour l'éclosion des vertus ascétiques un milieu favorable.

Le goût des études pieuses avait été entre saint Jérôme et ses disciples féminins le premier lien (3). Marcella fut pour lui une véritable collaboratrice. Saint Jérôme dit d'elle qu'elle était un juge autant qu'un disciple (4), et que les questions qu'elle posait étaient à elles seules instructives (5). Lui-même publia le recueil des lettres qu'il lui adressa en réponse à ces questions, et qui sont un vrai recueil d'essais critiques et polémiques. Mais elle n'est pas seulement la destinataire de lettres écrites

(1) Saint JtRÙME, Ep., XIV, 2.

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