XXX
(9)/J., XLIX; Cf. XXXI.
cachent jusqu'à leur visage (1). Et saint Jérôme n'est pas de ceux qu'on peut accuser de mièvrerie.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des relations de saint Jérôme avec ses pénitentes de tous les jours. Mais ce directeur est aussi un conquérant d'àmes, toujours en quête d'une vierge ou d'une veuve qui vienne s'ajouter à son troupeau. Adresse-t-il à une veuve une lettre de consolation, elle peut être sûre qu'elle se tournera en exhortation, et qu'un remède à sa tristesse va lui être offert, si puissant qu'il en changera l'objet et que, comme Blésilla, ce qu'elle devra regretter ce n'est plus son mari, mais de s'être mariée. Que du moins elle saisisse l'occasion que lui crée son veuvage et fasse de nécessité vertu (2). Saint Jérôme est l'adversaire déclaré des secondes noces, contre lesquellesil apporte les mêmes arguments que saint Ambroise. Il en ajoute un qu'il tire de l'état précaire de l'empire. Quel homme épouser quand tous ceux qui ne fuient pas devant les barbares partent pour les combattre? On a le choix entre la honte et l'insécurité. Le beau moment vraiment pour fonder une famille (3) ! Ainsi les invasions eurent cette conséquence inattendue de décourager des secondes et même des premières noces. Les barbares étaient pour saint Jérôme des alliés. — Ses alliés ce sont encore ces livres pieux dont il entoure la veuve (4), et qui la sollicitent doucement vers la conclusion à laquelle il veut l'amener. Ses ennemis ce sont tous les serviteurs d'un luxe dont ils vivent, et saint Jérôme passe en revue cette domesticité rapace d'une grande dame, cet homme d'affaires trop bien frisé, ce danseur et cet acteur efféminés, ce page tout pimpant et l'immanquable frère de lait (o). Que la veuve fuie ces trop intéressés conseillers. Qu'elle fuie les
(1) Saint Jérôme, Ep., XLtV.
(2) Id., LIV, 6.
(3) Jrf.,CXXlV, 18.
(4)7d., LXXIX, 9.
(5)/t/., LIV, 13; LXXIX, 9.
nourrices et les porteuses d'enfant qui cherchent un emploi (I), et, s'il lui faut de la compagnie, qu'elle se contente d'une compagnie de son sexe. Qu'encore elle la choisisse parmi les veuves et les vierges, et qu'elle se souvienne que l'on juge des mœurs des maîtresses d'après celles des servantes (2). Saint Jérôme fait entendre ces remontrances non seulement aux veuves qu'il croit, les connaissant, disposées à les entendre, ou qui, de quelque façon, l'ont autorisé à prendre envers elles ce rôle de directeur (3). Pour le service de Dieu, il oublie toute convenance, ne craint pas de passer pour un intrigant, et poursuit de ses conseils, qu'elle n'a point demandés, une illustre veuve qu'il ne connaît même point (4). Cette poursuite donne la mesure de son zèle, en même temps que les excuses dont il l'entoure indiquent les limites que les mœurs lui imposaient. Pour les vierges il fait mieux. Il les prend dès le berceau et dirige toute leur éducation vers l'état auquel, avec la complicité de leur mère, il les destine. C'est un curieux phénomène moral, quoique souvent répété, que celui de ces vocations imposées et des éducations appropriées. Dumoins, à la date où nous sommes, n'y a-t-il en jeu que des intérêts pieux. Et nous avons dit ailleurs que l'ardent souci du bien d'autrui avait souvent étouffé dans le christianisme la notion du droit que chacun a de disposer de lui-même. Donc Laeta avait voué au Seigneur, avant même qu'elle fût conçue, sa fille Paula. Ainsi, dans l'ancienne loi, on offrait à Dieu les premiers-nés. Et saint Jérôme institue la pédagogie nécessaire à l'affermissement de cette vocation. Paula sera élevée au milieu des Psaumes et des Cantiques ; elle apprendra à parler en prononçant les noms des apôtres et des patriarches. Elle n'entendra rien dans sa jeunesse qu'elle ait à oublier
(1) Saint Jérôme, Ep., LIV, o.