‹ Saint Ambroise et la morale chrétienne au IVe siècleChapitre 8 sur 60 · L\ LUTTE CONTRE LES PAÏENS · texte numérisé non relu

L\ LUTTE CONTRE LES PAÏENS

vernement, dont Ambroise usera, est indique clans cette menace. Avec la conscience de l'empereur, c'est l'empire entier ([ui dépend de l'évoque. On fit droit à la demande d' Ambroise. 11 ret^ut communication de ces arguments savamment agencés et qui avaient opéré une telle séduction sur l'entourage de l'empereur. Il y répondit avec autant d'art que d'emportement et de superbe dédain. L'opinion du consistoire, décidément assez mobile, fut retournée. Quant à l'empereur que l'éveque avait habilement supplié de ne pas défaire ce que son frère avait fait, il avait déjà condamné les païens et leur autel.

C'était un enfant que les hasards de l'histoire avaient appelé à prononcer ce jugement qui marquait le divorce irrévocable de l'empire et du paganisme. Car la lutte engagée autour de l'autel de la Victoire avait ce sens plus élevé. Dressé en plein Sénat, où il perpétuait une sorte de paganisme officiel, cet autel était vraiment un anachronisme. Mais cet anachronisme entretenait les illusions de ceux qui regrettaient le passé, et, par l'acharnement de leurs protestations, ils donnèrent eux-mêmes de l'importance à leur défaite. C'est un des honneurs de la carrière si pleine d' Ambroise d'avoir, dans ce grand débat, représenté le christianisme. Le Sénat, de son côté, s'était fait représenter par ce Symmaque, dont nous avons déjà parlé, esprit si mesuré qu'une requête passant par sa bouche semblait avoir le bon droit pour elle. On a souvent comparé l'un à l'autre leurs deux plaidoyers. Celui de Symmaque est plus académique, plus purement cicéronien. Mais on y sent une conviction molle, celle que l'on met à plaider les causes perdues. L'ardeur de sa foi rend saint Ambroise éloquent d'une éloquence bien dillérente de celle de son adversaire. Symmaque avait réclamé, en même temps que le rétablissement de l'autel de la Victoire, la restitution de certains biens-fonds destinés à entretenir les Vestales et d'autres prêtres païens. Saint Ambroise part de là pour opposer à ces prêtres mercenaires le désintéressement des prêtres chré-

tiens: « Notre richesse à nous, c'est notre foi ;... ce qui est à rÉgiise est aux pauvres. » Et à ces rares Vestales dont la virginité provisoire revient si cher à l'Etat, il compare en un beau mouvement ces innombrables vierges chrétiennes, cette milice de la pudeur (plrbem pudoî'is), qui n'ont à attendre ni honneurs, ni richesses, et dont les vœux sont éternels. Il lui faut plus d'art pour démontrer à Symmaque que, malgré ses airs de modération, et la bienveillance que son dilettantisme religieux témoigne à tous les cultes, il réclame en réalité pour le sien un privilège. Pourquoi le paganisme en effet serait-il la religion officielle du Sénat où siègent tant de chrétiens? Par respect pour le passé? Mais qu'est-ce que le passé a de si respectable, en tant que passé? Un tel respect nous ramènerait, si nous étions logiques, non seulement au paganisme, mais à la barbarie, mais au chaos. Ambroise semblait donc ne revendiquer ici que l'égalité des cultes devant la loi, et le droit au progrès. Ces derniers arguments furent sans doute ceux qui firent le plus d'impression sur les politiques du consistoire impérial, qui avaient cru d'abord faire acte d'équité et de libéralisme en inclinant du coté du Sénat (1),

Le Sénat ne se tint pas pour définitivement battu. 11 porta plus tard l'affaire devant Théodose, pendant son premier séjour en Italie, puis en appela de Valentinien enfant à Yalentinien plus âgé. Il fit une tentative près de l'usurpateur Eugène, mais dont le succès fut éphémère comme ce règne. Il n'est pas impossible enfin qu'Honorius ait eu à subir de suprêmes sollicitations (2). Les espérances du Sénat ne prirent finqu'ayecl'empire

(1) Voir sur cette afTaire de l'autel de la Victoire : Villemain, L'éloquence chrétienne au iv« siècle, Symmaque et Ambroise ; Belgnot, Histoire de la destruction du paganisme, 1. VIII, cli. vi ; Piecii, Prudcnre, ch. m, -2; et surtout BoissiER, La fin du paganisme, I. VI, ch. i.

(2) Voir sur ce problème historique la discussion de M. Plecii, Prudence . 19G.

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