‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 10 sur 109 · ANSELME DEVIENT MOINE AP BEC · texte numérisé non relu

ANSELME DEVIENT MOINE AP BEC

quelqu'une de ces joutes de pure dialectique où se plaisaient alors les beaux-esprits.

Un jour, il se rendait d'Avranches à Rouen, lorsqu’eu traversant un bois non loin des bords de La Risle il fut attaqué et dépouillé par des voleurs, qui rattachèrent à un arbre, et l'abandonnèrent, la tête enveloppée dans son capuchon. Seul ainsi, à l'entrée de la nuit, perdu, menacé d une mort certaine, • il voulut prier, et il se trouva que l’érudit, le jurisconsulte, le philosophe Lanfranc ne savait pas une prière par cœur. 11 eut honte et douleur de son ignorance, fit serment de la réparer, de se donner à Dieu, et vers l’aurore il entendit venir des voyageurs, qu'il appela, les priant de le délivrer, et de lui indiquer le monastère le plus humble et le plus pauvre. On lui nomma celui du Bec. C'est cette aventure qui amenait Lanfrauc, dévalisé, eu présence de ilerluin, occupé à bâtir son four (1042). « Dieu te conserve, dit Lanfrauc. — Dieu te bénisse, répond l’abbé. Tu es Lombard? — Je le suis. — Que veuxtu? — Me faire moine. » Ilerluin dit alors au frère Roger, qui travaillait auprès de lui, de lire au nouveau venu la règle du couvent. Lanfranc déclara qu’avec l’aide de Dieu il l'observerait. Il fut agrée*, et baisa les pieds de son abbé. On dit cependant que celui-ci l'accueillit d’abord avec un peu de défiance, et le soumit à un sévère noviciat. Lanfranc garda le silence pendant trois ans, et encore, quand il lisait au réfectoire, le prieur lui reprochait-il de mal dire

le latin ; un moine normand devait peu s’accommoder de l'accent d’un docteur bolonais. Un jour il trouva mauvais que Lanfranc eût fait long l’avant-dernier e dans le verbe docere , et Lanfranc en fit aussitôt une brève, estimant, dit son biographe, que la désobéissance était un plus grand péché qu’une faute de quantité. Mais, après le temps d’épreuve, on reconnut un maître dans le novice. Peu propre à un travail manuel, il entreprit de procurer d’autres ressources à l’établissement, en y ouvrant une école, et c’est lui bientôt qui devint prieur. Dès lors (1 040), l’école du Bec fut célèbre : à la piété vive, mais inculte et un peu grossière, succéda, non sans résistance, la foi savante et la douceur des mœurs. Toutes les sciences du temps furent enseignées avec éclat, lanfranc passe pour avoir restauré autour de lui la langue latine ; on prétend même qu’il savait du grec. Grâce à cette flexibilité d’esprit , qualité infaillible des hommes supérieurs de son pays, il fut bientôt reconnu pour éminent tout à la fois dans la théologie, dans la dialectique, dans l’érudition, dans les affaires de l’Église et du monde ’.

Ce fut au tour d’Anselme de suivre, quelques années plus tard, à peu près le même itinéraire que

* Marlyrologium sanctorum ordinis D Benedieti , cum obs. R. P. D. Hug. Ménard , Paris, 1629. Obs., 1. I; B. Lanfranci op Ed. D. D’Achery, Paris, 1647, ou de J. -A. Giles, Oxford, 1 84 4 ; append., Ckronicon Beccense, Vit. Herluini, Vit. Lanfr.; Ans. op., annot. in F,p., p. 550, 553; Wilelm. Gemmetic., dans Ducbesne, p. 261 ; Maltnesb. gest. pontif. angl , 1. I, p. 205.

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