‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 11 sur 109 · ANSELME MOINE AU BEU · texte numérisé non relu

ANSELME MOINE AU BEU

son compatriote. Comme lui, peut-être excité par son exemple, conduit du moins par des vues semblables sur le même théâtre, il s’était transporté en Normandie, puis fixé dans la ville d'Avranches, et delà il venait, en 1059, à l’âge de vingt-cinq ans, chercher la piété ou la science, sans doute l’une et l’autre, dans les murs du couvent du Bec, devenu trop étroits pour les clercs nombreux que la renommée d’un maître habile y attirait de lointaines contrées. Là se trouvaient réunis des auditeurs de toute origine, de toute condition, riches, nobles, savants, dont les libéralités augmentaient quelquefois le domaine sacré; là venaient étudier de profonds sophistes , comme dit un auteur, des hommes destinés à toutes sortes de célébrité : le Milanais Anselme de Bagio, qui devait être un jour le pape Alexandre II ; Ives et Guitmond, devenus plus tard les évêques renommés de Chartres et d’Aversa; bien d’autres réservés également à l’épiscopat ou au gouvernement des abbayes, « rares docteurs, prudents nautonniers, conducteurs spirituels à qui Dieu confia, pour la guider dans le stade du siècle, les rênes de l’Église1. » A peine Anselme fut-il sur les bancs,

* Profundi sophislîc. Ord. Vit., I. III, t. II, p. 14. Plures egregii doelores el providi uautæ et spiriluales aurigæ, quibus ad regeudum in hujus sæculi stadio dirinilus habenæ commissæ sunl ecclesiæ (id., ibid., I. IV, p. U6). Beccum magnum et famosum iiteratnrs gymnasium. Guitra , De Euchar., 1. 1, p. 441 in t. XVI II Bibl. pair., Lugd. — On cile en outre comme ayant alors étudié au lier, Guillaume, archevêque de iiouen, Foulque, évêque de

qu'il se (il distinguer du maître, et devint le plus cher de ses disciples. Non content de s'instruire lui-môme, il instruisait ses compagnons. Comme dans sa ferveur religieuse il bravait les veilles, le froid, les privations, il réfléchit que si, revenant à d'anciennes pensées, il prenait l'habit monastique, les austérités de sa vie, sans devenir plus grandes, lui profiteraient davantage, puisqu'elles feraient partie des devoirs de sa profession. Son goût pour le cloître n’avait sans doute jamais complètement cessé ; il se prononça comme une volonté. Cependant le futur novice hésitait encore. Où se faire moine? se disait-il. Au Dec ou à Cluni, tout le fruit de ses éludes serait perdu. A Cluni, l'étroite discipline de l’ordre; au Bec, la sujiériorité de Lanfranc, ne lui laisseraient rien à faire. Mais, d'un autre cûté, s’il lui fallait un couvent où il pût se rendra utile et montrer sa valeur, il n’était donc pas encore dompté? le mépris du monde ne régnait donc j>as encore dans son Ame? Etait-ce vraiment chercher la vie religieuse que de songer à briller, à se distinguer des autres, à s’en faire honneur? Et cette pen-

Reauvais, Hernoste, Gondulfe cl Ernulfe, de Rochester, Jean, de Tuscule, Gislebcrl Crespin, abbé de Westminster, Henri, de Bataille, Richard, d’Ely, Paul, de Saint- Alban, Roger, de Eessai, Guillaume, deCormeilles.Lanfranc, de Saint- \Vandrille,Willcram, de Saint-Pierre de Mersebourg, le poêle Roger de Caen, Milon Crespin, Guiberl de Nogent , et peut-être Anselme de Laon, qui fut un des maîtres d’Abélard. Uist. lût. de Fr., t. VII, p. 79, et l. X, p. 171.

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