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ou un confluent , est le nom d’un ruisseau qui se jette dans la Risle, sur la limite des diocèses de Rouen et de Lisieux1. La maison du Bec, destinée à une si grande prospérité, comtnençait alors, et il convient de rappeler comment elle fut fondée. Ce récit nous replacera mieux que toutes les réflexions au milieu des sentiments et des nufeurs de ce temps-là.
Né dans les dernières années du dixième siècle, Herluin , fils d’Ansgot, d'une noble famille d’origine danoise*, proche parent par Héloïse, sa mère, des comtes de Flandre, avait été élevé, pour la profession des armes, chez Gislehért, comte de Brionne, petitfils du duc Richard 1er, et qui fut un des régents de la duché pendant que Robert était à la croisade. Herluin était un homme de guerre ardent et brave. Il avait trente-sept ans lorsque, un jour, dans une
* Bckkr, mot Scandinave, ou Beke en saxon, d’où Bolbcc, Caudebee, le Bec , ruisseau qui prend sa source au Bas-Coudrai, commune de Callevilte, canton de Brionne, Eure, traverse Saint- Marlin-du-Parc, le Bec-Hellouin, et se jette dans la Risle près du hameau de Caumont, sur le territoire de Pont-Aulhou. On connaît aussi en Normandie le Bec-Thomas , le Bec-au-Cauehois, Sainl- Martin-du-Bec-Crespin, etc., etc.
* Nous emploierons ce mot de Danois qui est le mot du temps, mais qui désignait moins les peuples du Danemark que ceux du littoral de la Norwége. Depuis la fin du huitième siècle, ceux-ci couvrirent la mer de pirates, et opérèrent des débarquements dans presque toutes les parties de l’Europe. De ces invasions des hommes du Nord ou Normands, la plus célèbre est celle qui eut lieu sous les ordres de Hrolf (Rollon, Rolf, Rou), fils du Jarl de Mo re, vers 886. De là la dynastie et la noblesse de Normandie.
bataille que sou seigneur, entré dans le Viraeu avec 3,000 hommes, livrait à Engelran, comte de Ponthieu, il fit vœu au milieu de la mêlée de se consacrer au service divin. Sauvé du péril, il renonce aux combats, aux exercices du corps, aux brillants habits, aux choses mondaines, il se néglige; il laisse croître sa barbe et ses cheveux. Le comte veut lui donner un message [mur le duc Robert; la mission avait trait à des questions de paix et de guerre ; il la refuse, et Gislebert, irrité, ordonne la confiscation des biens de sou vassal. « Prenez tout ce qui est à moi, dit fierluin, pourvu que tout soit restitué aux pauvres qui n’ont mérité nulle colère. » Et sommé de s’expliquer, il ne demande que la permission d’aller s'enfermer dans un couvent. Le comte, surpris, lui pardonne, et lui rend ses domaines, donnés bientôt, par acte authentique, à la vierge Marie'. Herluin, lui-même, entreprend de construire une église sur sa terre, au lieu nommé Bonneville, à deux milles du Bec; il y travaille de ses propres mains, et, en même temps, à près de quarante ans, il apprend à lire. Pour mieux s’instruire dans la disci-
1 Bonneville sur le Bec, Eure, est dans le canton de Montfortsur-Kisle. Nous avons le telle de la charte de donation (Laiifr. op., Docum, t. II, p. 350, Oxford, 1844). Herluin y donne, en présence et de l’aveu de ses deux frères, le tiers qui lui appartenait de la terre de Bonneville et de ses dépendances, les terres du Pelit Quevilli, Seine-Inférieure, et de Surci, Eure, ainsi que la terre de Cernai-sur-Orbec, Calvados. Cette charte ne peut remonter moins haut que les premiers mois de 1035. Cf. W. Geraet., dans D. Bouquet, t. XI, p. 35.
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pline monastique, il veut s’introduire dans quelques couvents; mais, dans l’un, on le prend pour un voleur, et on le chasse en le chargeant de coups; dans l’autre, il voit à la procession des moines impudents étaler de riches vêtements, rire ou se battre bruyamment entre eux. L’incertitude le saisit, et il allait renoncer, si une vision nocturne n’eût raffermi sa résolution. Herbert, évêque de Lisieux, consacra la rustique église sous l’invocation de la sainte Vierge le 24 mars 1031 , institua la communauté, coupa les cheveux d’Herluin, et le reconnut pour abbé d’un nouveau couvent de moines noire de la règle de saint Benoît (1034). Héloïse, sa mère, resta près de lui pour se consacrer, comme une servante, aux soins et aux œuvres de la maison. La vie y était rude; la pauvreté y touchait au dénûment. 11 fallait que l’abbé maniiU la bêche et la truelle, et prît sur son repos pour enseigner ses frères, sur ses nuits pour s’instruire lui-même. Le lieu avait été mal choisi, l’eau y manquait, et un incendie vint à détruire une partie des constructions récentes. Selon la commune croyance, qui tenait les songes pour des avertissements célestes, l’abbé reçut d’en haut l’ordre de transporter ailleurs la maison de Dieu. Il alla se fixer au confluent des deux cours d’eau, dans le lieu qui s’appelle encore, en souvenir de lui, le Bec-Hellouin (1039). C’était un site resserré au milieu des bois;» Herluin n’y possédait en patrimoine qu’un morceau de terre. Ses frères lui abandonnèrent leur portion,
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et le comte lui lit dou de trois moulins et de la forêt de Brionne. Une nouvelle église fut élevée là le 24 février 1 041 .
Cependant l’al>bé sentait que la tâche excédait ses forces, surtout la tâche de donner l'instruction, et il s’inquiétait de cette pensée lorsque, un jour qu'il travaillait à construire un four, il vit arriver un inconnu qui paraissait étranger et sans ressources. C'était un ltab'en, depuis quelque temps établi en Normandie, non pas Anselme encore, mais Lanfrauc, de Pavie. Né en 1 005, d’une famille sénatoriale de celte cité, Lanfrane avait étudié avec succès les lettres et les lois à Bologne, où déjà florissait l’enseignement du droit. Après s’être distingué dans sa ville par des plaidoyers et quelques écrits, il conçut le désir de porter au delà des Alpes sa réputation de jurisconsulte et de dialecticien. Les écrivains normands disent qu'alors leur province était citée pour la culture des sciences et riche en écoles excellentes. Ce qui est certain, c'est que nous voyons Lan franc traverser notre pays du midi au nord, s’arrêter dans la ville d’Avranches avec quelques étudiants, et ouvrir une école. Déjà il avait pris part aux controverses qui agitaient ces contrées ; il s’était rencontré, lié peut-être avec le célèbre Bérenger de Tours, dont les téméraires doctrines sur l'Eucharistie semblèrent un moment, comme une nouvelle hérésie, envahir la Gaule septentrionale. 11 paraît même avoir soutenu victorieusement contre lui