‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 16 sur 109 · PREMIERS OUVRAGES 1)’ ANSELME · texte numérisé non relu

PREMIERS OUVRAGES 1)’ ANSELME

et le bon sens, une question qu’ Aristote n a qu implicitement résolue et qui s’agitait dans l’Ecole, l’auteur montre une connaissance exacte de la doctrine des catégories et une parfaite expérience du syllogisme. Sa solution est que le grammairien est qualité comme significatif, et substance comme appellatif ; c’est-à-dire que ce mot désigne une qualité qui, attribuée à l’homme, devient une substance, ou d’adjectif, substantif. 11 faut voir quelle subtilité la démonstration d’une. chose aussi simple exigeait alors d’un dialecticien.

Des trois autres ouvrages, il en est deux, surtout le premier, qui appartiennent à la philosophie plus qu’à la science de l’Écriture sainte. Ce n est qu en identifiant toute science avec la foi qu’on peut voir dans le De Veritale autre chose qu'un traité de métaphysique. 11 y est établi dialectiquement que la vérité est ce qui est, et quelle sorte de vérité réside en toutes choses ; que la vérité n’est donc que la conformité à ce qui doit être ( rectitudo ), et, par conséquent, se résout définitivement dans Injustice. Or Injustice est en Dieu; elle a en Dieu son principe

et 336). OrEadmer n’a pas encore parlé de la promotion de Laitfranc k l’épiscopat, et nous avons fait comme lui. Pour ne pas interrompre le récit plus tard, je laisse ici tout ce qui concerne les quatre Dialogues, le Uonologium et le Proslogium; mais je crois qu’ils ont été composés entre 1070 et 1078, c’est-lt-dire seulement dans la période de temps où nous allons entrer.

' Logique, Cat. I, c. I, § 3; c. II, § 2 et 11 ; c. VIII, § 17, 27 et 30.

et son essence : donc, comme Dieu, la vérité ne commence ni ne finit, la vérité est éternelle, la vérité est unique. Le second ouvrage, qui traite du Libre Arbitre , touche déjà de plus près à la théologie; car le problème, posé dès le début, est celui-ci : Comment concilier le libre arbitre avec la grâce, la prédestination et la prescience de Dieu? Mais l'auteur abandonne aussitôt la question [jour celle-ci : Comment, si le libre arbitre se confond avec la faculté de faire le mal, les anges, Dieu même, peuvent-ils être libres? A cela il fait la réponse, connue en philosophie, que la faculté de pécher diminue la liberté, au lieu de l’accroître, et que ce n’est pas en tant que libre que l'arbitre fait le mal. Sa liberté est, au contraire, la puissance de conserver la rectitude de la volonté pour la rectitude même; puissance, toutefois, qui ne suffit pas à elle seule, que le péché affaiblit, et qui a ljesoin d’un secours divin. En somme, la liberté la plus parfaite est une volonté droite. Elle est indéfectible dans Dieu. La liljerté imparfaite de l'homme n’est pas moins réelle, [jour être sans cesse offusquée par le mal, amoindrie par le péché, et l'ouvrage se termine par une analyse et une justification scientifiques de la définition de la liberté. Or, pour être chrétienne, cette théorie n’en est pas moins usitée en philosophie. Nous n’en pouvons pas tout à fait dire autant du troisième dialogue. La question de la chute du Diable , ou comment le Diable a-t-il pu pécher, n'intéresse que les théologiens. Eux seuls

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