‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 17 sur 109 · PREMIERS OUVRAGES D'ANSELME · texte numérisé non relu

PREMIERS OUVRAGES D'ANSELME

peuvent tenir à savoir si le mauvais ange a péché pour n’avoir pas voulu accepter le don de persévérance. Mais la question s’agrandit, lorsque l’auteur, recherchant la nature du mal, n’y voit que la négation du bien, et en conclut énergiquement que le mal n’est rien. C’est encore là une idée métaphysique du ressort de la raison pure. Si tout n'est pas original dans ces trois traités, très arides par la forme (et l’originalité n'était nullement alors la prétention de la philosophie), le choix des doctrines atteste du moins l’élévation de l'esprit du philosophe, comme la discussion en manifeste la force et la subtilité.

Du reste, ces trois ouvrages en supposent et en rappellent un plus important, où se rencontre, dans sa sublimité, la pensée première de saint Anselme. Le dialogue de la Vérité part de cette idée, que la vérité n’a ni commencement ni fin. Or, où Anselme a-t-il dit cela? Dans un ouvrage antérieur qu’il faut placer bien au-dessus des essais qui l’ont suivi ; dans une méditation philosophique d’un ordre supérieur; dans le De Divinitatis essenlia Monologium ’. Ici il ne dialogue [dus ; il cesse d'enseigner par la discussion; mais, devançant la métliode de recherche de Descartes, et prenant au début une forme qui sera souvent, après lui, employée par la philosophie, et qu i convient surtout à celle où l'esprit, se repliant en soi, poursuit dans l'analyse de ses idées propres le

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secret de la nature des choses, il se représente seul avec lui-même, et cherchant dans le silence de l’autorité, sans le secours de la sainte Ecriture, par les simples forces de la raison , ce que c’est que Dieu ; et il le trouve tel que la foi le révèle. Sa prétention est de prouver invinciblement que Dieu est tel et ne peut être autre. C’est ce qu’on pourrait appeler une démonstration à priori du dogme de la Trinité; c’està-dire <iue si le Nouveau Testament n’avait pas parlé, la raison bien inspirée, la raison bien conduite aurait dû tomber sur la notion chrétienne de la Divinité.

En exposant plus loin dans ses principes la philosophie d’Anselme, nous ferons mieux connaître cet écrit, qui doit compter parmi les monuments durables de l’esprit humain. Disons seulement que le caractère éminemment philosophique de cet ouvrage, la nouveauté de la méthode plutôt que des conclusions, la hauteur de la doctrine peu accessible à l'enseignement vulgaire, inspirèrent à de certains lecteurs un peu de défiance, à l’auteur quelques craintes, à des amis quelques scrupules. Luimême s'en explique dans la préface. En vain se confie-t-il à la pureté de ses intentions et de sa foi ; en vain prend-il soin d’assurer que la nouveauté de ses idées n’est qu’apparente, et que sa doctrine de la Trinité ne diffère pas de celle de saint Augustin, ce qui confirme son orthodoxie sans beaucoup ôter pourtant à son originalité; on voit, quand il adresse

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