‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 18 sur 109 · PREMIERS OC VR AGES « ANSELME · texte numérisé non relu

PREMIERS OC VR AGES « ANSELME

à Lanfranc la première copie de sou ouvrage encore sans titre, qu’il appréhende les critiques; et, peu après, il s’empresse de répondre à celles du docte prélat. Il se montre souvent inquiet que l’ouvrage ne soit imprudemment publié par fragments et sans les développements qui le justifient. Nulle part il ne paraît en peine du fond des doctrines; sous ce rapport, son assurance est entière. Il croit, avec raison, s’appuyer sur une base inébranlable ; mais il craint les jugements des timides, des ignorants, des malveillants. Ce n’était pas au onzième siècle une tentative indifférente et simple; ce ne le serait peutêtre pas au nôtre, du moins pour un prêtre, que de prétendre retrouver Dieu, hors de la tradition, dans les profondeurs de la pensée humaine, et l’Eglise n’a pas renoncé à s’alarmer quand la foi cesse un moment d’être la foi dans le témoignage, /Mes ex attdilu, pour devenir la foi dans la raison. Quoi (l’étonnant qu’un docteur en renom n’ait pu tenter alors, sans inquiétude, l’œuvre difficile et hardie qui égara souvent les plus sincères génies?

Ce travail le mit sur la voie d’un travail plus original peut-être. Il conçut l’idée de rechercher s'il ne serait pas possible de renfermer dans un seul et même argument tout ce qu’on croit et tout ce qu'on enseigne touchant l’existence et la substance divine. Ce fut d’abord comme une pensée unique qui l'obsédait à toute heure. Il en perdait le manger, le boire, le sommeil, et, ce qui l'affligeait le plus, il

se sentait préoccupé et troublé jusque dans lo service de Dieu. 11 ne pouvait dire matines attentivement. Inquiet et scrupuleux, mécontent, d'ailleurs, de n’avoir pas encore réussi à embrasser son sujet tout entier, il finit par craindre que son idée ne fût une tentation du démon ; il s'efforça de la repousser. Mais plus il y travaillait, plus elle revenait l'assaillir. Voilà enfin qu’une certaine nuit, aux prières de vigiles, la lumière se fit dans son esprit : tout lui apparut avec clarté; son cœur se remplit d'une immense joie. Il crut reconnaître un coup de la grâce, et, dans le premier feu de sa découverte, il écrivit tout le fond de son argumentation sur des tablettes de cire qu’il confia aux soins d’un moine. Quelques jours après il les redemande ; on les cherche, ou ne les retrouve pas. Aucun frère ne sait ce qu’elles sont devenues. Anselme se hâte de réparer sa perte, et trace une nouvelle rédaction des mêmes pensées sur d’autres tablettes, qu'il recommande au même dépositaire. Celui-ci les cache dans le coin le plus secret de son lit, et le jour suivant, sans s’être aperçu de rien, il les trouve brisées en mille pièces sur le carreau ; il en ramasse les morceaux, et les porte à Anselme, qui les recueille, les rapproche, et parvient avec peine à retrouver à peu près l’écriture. Cependant, pour éviter de nouveaux dommages, il fit transcrire le tout sur parchemin w noinine Domini. C'est ainsi qu'il composa ce petit livre, œuvre d'un contemplatif éloquent et subtil

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