‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 25 sur 109 · CONQUÊTE DE L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE L ANGLETERRE

sur le clergé, il fallait de l’art et du temps. Heureusement pour le roi, la religion même venait en aide à sa politique. Le clergé anglo-saxon était ignorant, grossier, déréglé. Quoique l'histoire, écrite en général par ses ennemis, ait pu exagérer ses désordres, ils sont prouvés, au moins dans une certaine mesure, par les mœurs mêmes de la société qui le soutenait. Guillaume, qui, ainsi que tout homme né pour commander, aimait la régie, pouvait penser et certainement se plaisait à dire qu'il travaillait à la réforme de l'Église. A la faveur de cette idée, qui se propageait alors dans l’Europe entière, et qui servait de principe à de pieuses entreprises comme de prétexte à d'audacieuses usurpations, il s’assurait la sympathie et la sanction de la cour de Rome. On sait tiue les deux papes qui occupèrent le saint-siège, de 1054 à 1073, furent choisis sous l'influence de cet Hildebrand qui devait leur succéder avec tant d’éclat. C’est dire assez quel esprit animait alors l’auguste puissance qui fut la plus grande singularité du moyen âge, et qui, dans cet empire de la force, rêva la souveraineté morale du monde.

D’ailleurs, le Normand s’était de bonne heure ménagé la protection romaine. L’alliance paraissait facile à conclure. Les guerres continuelles avaient en Angleterre amené le relâchement de la discipline ecclésiastique. Les établissements dont jadis le roi Canute était allé chercher l’inspiration à Rome même étaient tombés en désuétude. Le denier de

Saint-Pierre, cet impôt dont il avait prescrit au profit du saint-siège la perception annuelle dans tout son royaume le jour de la fôte du prince des apôtres, avait cessé d’être levé exactement, et l’origine danoise de ce tribut achevait de le rendre odieux aux Saxons*. Les évêques de leur sang étaient accusés à Rome de luxure et de simonie. Si le souverain pontife ne conférait pas l’épiscopat, il donnait de sa main, aux archevêques en personne, ce pallium qui était comme le signe de leur autorité apostolique; et le pallium avait été refusé à des Saxons. L'Ëglise d’Angleterre ne tenait plus que par de faibles liens à la métropole de la chrétienté. Aussi, Guillaume, dès longtemps en possession de la faveur papale, grâce aux habiles négociations de Lanfranc, n’avaitil pas eu de peine à obtenir, au moment de son départ pour la conquête, que le pape proclamât son bon droit et bénît ses armes. Une bulle avait été publiée en sa faveur, et Alexandre U lui envoya un anneau avec une boucle de ses cheveux en signe d'affection , un étendard consacré en signe de protection. L’étendard fut déployé à la bataille de Has-

1 Ce tribut appelé diversement, Romescot, Peterpence, S. Pétri denarius, établi dans plusieurs États de l’Europe, remontait en Angleterre aux jours de l’heptarcliie, et parait avoir été payé dès le temps d’ina, roi de West-Anglie (710). Les rois danois le rendirent plus fixe et plus considérable. Il fut surtout régularisé par Canule. Guillaume le Conquérant le rétablit et le fit payer exactement (Ans., Op., Annot. in Epist., p. 371; Selden, not. in Endir, p. 112; Lingard, Ant. de l'Éyl. angl.-sax., ch. III, p. 12-t, trad.).

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