CONQUÊTE DE L’ANGLETERRE
tings; là où celui des Saxons était tombé fut foudé cette abbaye qu'on appela, en langue normande, Y Abbaye de la Bataille. La conquête de l’Angleterre fut donc, ou peu s’en faut, bénie comme une croisade. Les violences qui la suivirent, même exercées contre des prêtres ou des moines, coupables ou suspects de résistance à l’étranger, parurent en cour de Home des nécessités politiques, et n’y éveillèrent que bien faiblement la sévérité et la sollicitude. On savait mal en Italie ce qui se passait en Angleterre, et l’on y était disposé à tolérer tout ce qui pouvait affermir l’autorité d’un prince animé de sentiments tout catholiques. Enfin, comme pour consacrer celte grande dépossession de l’Église nationale, on vit, en 1070, arriver en Angleterre les deux cardinaux Pierre et Jean, et Ilermenfred, évêque de Sion, légats du pape. Ils venaient sans doute pour renouveler et régler l’alliance entre l’autorité pontificale et la dynastie nouvelle; mais aussi pour établir et agrandir la première, en procédant, en son nom, à l’épuration du clergé, et en sanctionnant, par leur présence, une reconstitution normande de l’Eglise. Les évêques saxons furent cités à Winchester, devant une assemblée ou concile ecclésiastique et laïque. Us devaient justifier de leur foi et de leurs mœurs. De graves désordres leur étaient communément reprochés, et il faut bien croire que l’accusation n’était pas toute calomnieuse. L’objet avoué était la réforme; le grief réel, le soupçon d'un fond
d’hostilité patriotique, et le but caché, l’intrusion des créatures et des amis du roi. A la tête du clergé, on distinguait Stigand, archevêque de Canterbury 1 . Il avait été porté populairement sous Edward à ce siège, le premier de l’Angleterre, en place de Robert de Jumiéges, expulsé par le peuple, et qui était allé s’en plaindre à Rome, vers l’époque où Lanfranc y paraissait en négociateur. Le pape, du moins celui qui fut plus tard regardé comme seul légitime, avait excommunié Stigand, tandis que son concurrent, Benoît X, lui envoyait le pallium. Bravant l’anathème, le prélat s’était montré le partisan d'Harold. On a dit même qu’il l’avait sacré; certainement il avait secondé de tous ses efforts la résistance à l’invasion. Lui-même, il avait pris les armes et soutenu la royauté passagère d’Edgar Étheling, qu’on essaya d’opposer au Conquérant. Mais quoiqu’il eût fait soumission au dernier après la victoire, il refusa de le sacrer dans Westminster. C’étaient autant de crimes d’Etat qu’on ne pouvait pardonner. Il le sentit, et ne comparut point au concile de Winchester; il s’enfuit en Écosse. Son élection fut déclarée nulle, mais
‘ Nous avons écrit au titre Cantorbéry pour suivre l’usage, mais le nom est Cauterbury. Le Durobernum des Romains était en breton Durtvhern, ou Caer-Ceint , la ville du Kent, dont les Saxons ont fait Cantwarabyrig. Cartium dans César, du breton liant, angle, est l’angle sud-est de la Grande-Bretagne. If’aro en composition signifie les habitants, Bxjrig, lieu fortifié, vienqdu primitif Burh, d’où Borough et Bury. C’est donc le Bourg des hommes du Kent, en latin Canluarena.