‹ Saint Anselme de CantorbéryChapitre 30 sur 109 · ANSELME ABBÉ DU BEC · texte numérisé non relu

ANSELME ABBÉ DU BEC

mêmes. Ces scènes se renouvelèrent plus d’une fois; mais l'insistance des frères l’emporta, appuyée par le souvenir du conseil ou de la prédiction de l’ancien archevêque de Rouen.

Avant d’être institué canoniquement, il fallait obtenir l’agrément du duc de Normandie. C’était le roi d’Angleterre, qui se trouvait précisément sur le continent. On députa vers lui ; il ne refusa pas, mais ajourna sa réponse jusqu’à ce qu’il fût à Brionne. De là il envoya au Bec le comte Roger de Beaumont, Guillaume de Breteuil et Roger de Bienfaite, pour juger par leurs yeux des dispositions de la communauté. Ils revinrent bientôt avec la réponse la plus satisfaisante, et reçurent l’ordre d’aller chercher le nouvel élu. Anselme se résigna donc, et se rendit à la cour. Le suzerain lui fit joyeux accueil, et l’investit de son abbaye par le don du bâton pastoral, comme c’était l’usage de la contrée, mais sans exiger aucun serment d’hommage. Il ordonna ensuite à un évêque qui se trouvait présent de ramener l’abbé, et de l’installer dans son nouveau poste. Mais Anselme, humble et désolé, refusa de porter les insignes de sa dignité , et de rien faire qu’il ne fît étant prieur. Les religieux pensèrent qu’il fallait hâter la cérémonie de la bénédiction ; mais à qui la demander? Le protecteur des deux moines italiens, Maurile, n’était plus depuis douze ans. Jean II, son successeur, en disgrâce auprès de son seigneur, frappé d’ailleurs d’infirmités sans remède, gardait

à grand’ peine un titre vain et menacé. Son siège était considéré comme vacant. On prit donc les ordres du roi ; il décida qu’un des suffragants sacrerait le nouvel abbé, et l'évêque d’Évreux, Gislebert II, surnommé la Grue, qui avait assisté à la dédicace de l'église du Bec, donna à Anselme la bénédiction le 22 février 1079; d’autres disent le jour de la fête de la Chaire de Saint-Pierre, ce qui reporterait la solennité au 1 8 janvier. Anselme re7 çut la consécration sans faire aucune profession, c’est-à-dire sans subordonner son autorité à aucune juridiction supérieure.

Mais le fardeau qu’il acceptait n’en était pas moins pesant; et à peine l’eut-il sur les épaules qu’il s’en remit à d’autres , peut-être à Baudric , qui devint son prieur, du soin minutieux des affaires, pour s’occuper uniquement de l’instruction et de l’amélioration de ses frères, en se réservant du temps pour la vie contemplative. Si, par hasard, quelque intérêt considérable de la communauté exigeait son entremise, il ne cherchait que la prudence dans la justice, car il détestait le gain de l’iniquité, et ne souffrait point que son couvent ou les siens s’enrichissent par la fraude. Quand, dans les affaires contentieuses, il lui fallait exercer son droit de juridiction sur les vassaux de l’abbaye, il s’asseyait, tranquille et calme, entre les plaideurs, ne répondant aux paroles insidieuses que par quelque trait de morale ou quelque pensée de l’Évangile. Parfois

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